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27 mai 2005 - Kosovo : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Le Représentant permanent du Luxembourg prononcera tout à l’heure une intervention au titre de la Présidence de l’Union Européenne. Je m’y associe par avance.

Je voudrais tout d’abord saluer la présence du Ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moller, qui nous honore de sa présence ; remercier M. Nobosja Covic, Président du Centre de Coordination pour le Kosovo, pour sa présence et son intervention ; remercier aussi M. Soren Jessen-Petersen pour son exposé et pour le travail que lui et les personnels de la MINUK accomplissent sur le terrain.

Monsieur le Président,

Nous avons devant nous un excellent rapport du Secrétaire général sur la situation au Kosovo. La France partage pleinement ses constats sur les progrès significatifs réalisés par les Kosovars. Je me félicite en particulier que la sécurité soit aujourd’hui rétablie dans l’ensemble du Kosovo, grâce à l’effort de tous et particulièrement de la KFOR qui fait admirablement son travail. Des efforts importants sont encore nécessaires dans beaucoup de domaines, comme le souligne justement le Secrétaire général : mais nous sommes conscients que la mise en œuvre des " normes pour le Kosovo " sera un effort de longue haleine. L’essentiel est d’avoir engagé cet effort et de le soutenir.

La France mesure aussi la valeur des " signes encourageants " venus de Belgrade et s’en réjouit. Nous savons combien, après des années d’épreuves, il est difficile d’accomplir des gestes de réconciliation. Mais cela est indispensable si nous voulons hâter la solution du dernier conflit au cœur de l’Europe. L’offre du Président Tadic de rencontrer prochainement le Président Rugova mais aussi le projet de rencontre entre les Premiers Ministres de Serbie et du Kosovo sont encourageants. Pristina et Belgrade doivent intensifier leurs contacts à tous les niveaux, politiques et techniques.

Je voudrais aussi réaffirmer notre souhait de voir la Serbie-Monténégro être pleinement associée au processus de négociation qui se dessine. En retour, il faudrait que les autorités à Belgrade en finissent avec une tactique d’obstruction qui empêche les Serbes du Kosovo de participer aux institutions publiques du Kosovo. La " politique de la chaise vide " comporte un risque majeur : que l’Histoire du Kosovo s’écrive sans les Serbes du Kosovo. Nous en appelons à la raison dans ce moment crucial où va se jouer le sort de ce territoire.

Monsieur le Président,

La France soutient la recommandation du Secrétaire général des Nations unies de lancer l’évaluation globale et de nommer un " Envoyé spécial " à cet effet. Le Conseil s’est en effet engagé en décembre 2003 dans une stratégie globale visant à sortir, en pleine conformité avec la Résolution 1244, d’un insupportable statu-quo. Un des éléments-clés de cette stratégie consistait à effectuer un bilan global de la mise en œuvre des " normes " à la mi-2005 : le moment est venu de dresser objectivement, sereinement ce bilan. C’est une question de cohérence pour le Conseil et pour la communauté internationale.

Je voudrais souligner que le résultat de cette évaluation globale n’est pas acquis d’avance. Ceci n’est pas une simple clause de style. Il faudra laisser à l’Envoyé spécial le temps nécessaire pour faire son travail, sans l’enfermer dans un calendrier artificiel. Nous devrons ensuite délibérer sur la suite à donner à ses recommandations. Nul ne peut les préjuger. Ce sont les progrès qui détermineront le calendrier.

Mon pays soutient aussi les conditions que le Secrétaire général fixe pour la poursuite du processus.

Tout d’abord, les progrès doivent s’intensifier, en particulier dans les domaines prioritaires touchant les droits des Serbes au Kosovo. Il s’agit en clair de savoir si et comment les Serbes du Kosovo pourront continuer à vivre au Kosovo ou à y revenir, dans des conditions conformes au droit, à l’équité et aux normes qui prévalent aujourd’hui en Europe. De grands efforts doivent encore être faits pour rendre pleinement effectifs les droits des Serbes du Kosovo dans des domaines tels que la liberté de mouvement, les conditions de base favorables au retour des réfugiés et des personnes déplacées (notamment la question des droits de propriété et celle de l’économie), la protection des lieux serbes de culte et de mémoire.

Nous attendons aussi des progrès concrets décisifs dans le domaine de la décentralisation. Mais ne nous y trompons pas : c’est un enjeu pour le Kosovo dans son ensemble, et pas seulement pour une minorité. Il serait regrettable que des confrontations ethniques ou des luttes politiciennes partisanes retardent la réalisation de cet objectif-clé pour la modernisation des institutions publiques kosovares.

Je voudrais souligner que nous maintiendrons une grande vigilance sur ces questions en particulier grâce aux rapports trimestriels que le Secrétaire général continuera à fournir au Conseil de Sécurité. Je forme l’espoir que nous pourrons continuer à avancer dans le règlement de ce conflit pour le bénéfice de tous les habitants du Kosovo et de toute la région.

Je vous remercie M. le Président.



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