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27 septembre 2000 - La situation au Kosovo : Intervention M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

L’exposé détaillé du représentant spécial du Secrétaire général, en complément du rapport du Secrétariat, démontre l’ampleur de la tâche accomplie par la Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo, dans tous les domaines, depuis l’été 1999. M. Bernard Kouchner nous a aussi dépeint de façon très précise les dispositions qui ont été prises par la MINUK, un mois avant les élections municipales du 28 octobre, pour créer les conditions nécessaires au bon déroulement de cette étape importante.

1. Depuis sa création, le travail de la MINUK, opiniâtre et méthodique, a donné d’heureux résultats. Ma délégation tient ici à les saluer et à rendre un hommage chaleureux à Berard Kouchner et à toute l’équipe qui l’entoure.

La Mission des Nations unies a dû lutter sans relâche, en particulier, contre les actes de violence ethnique, les discriminations et les violations des droits de l’homme : autant d’embûches inacceptables qui sont tendues par les extrémistes pour retarder la nécessaire réconciliation au sein de la société kosovare. L’Union européenne les a condamnées sans ambiguïté.

Mais grâce aux efforts des Nations unies, au dialogue mené par le Représentant spécial avec les responsables des communautés, ainsi qu’aux multiples initiatives "de proximité" lancées dans toute la province, le mur de la méfiance commence à se fissurer. Le retour des représentants de la communauté serbe dans les structures administratives mixtes, après la signature de l’accord entre M. Kouchner et Mgr Artemije sur la sécurité des populations serbes, en est un signe. L’adoption de la Déclaration d’Airlie et le soutien unanime que les instances intérimaires lui ont apporté en sont un autre. Le Pacte pour la société du Kosovo est, lui aussi, prometteur. La patience commence donc, peu à peu, à être récompensée.

Un travail méthodique a également été nécessaire depuis plus d’un an : dans chaque secteur, tout a dû être reconstruit, voire construit ex nihilo, les administrations ont été remises en état de marche, les hommes formés, les sources de financement mises en place. Les activités du pilier humanitaire de la MINUK ont pu être closes avec succès. Les questions de reconstruction et de développement occupent maintenant une place élevée dans l’agenda international. L’Union européenne, qui est de très loin le premier bailleur de fonds au Kosovo et dans les Balkans, joue à cet égard un rôle essentiel. La contribution totale qu’elle a apportée au Kossovo en 1999 et en 2000 s’élève à près de 8 milliards d’euros, soit près de 7 milliards de dollars. Récemment, l’Union européenne, ainsi que la France à titre national, ont également fourni une contribution plus spécifique à la lutte contre les risques provoqués par le complexe de Trepca et l’usine de Zvecan sur le plan de l’environnement et de la santé publique.

2. Permettez-moi aussi de souligner l’importance toute particulière des élections municipales qui doivent se tenir le 28 octobre dans la province. Ce scrutin constituera un jalon avant le passage du Kosovo à une autonomie véritable dont les contours restent à définir.

Les élections continuent à être préparées activement par la MINUK : avec l’aide de l’OSCE, le processus d’enregistrement de près d’un million de Kosovars a été mené à bien dans des conditions exemplaires, même s’il faut déplorer que les pressions du régime de Belgrade aient poussé les membres de la communauté serbe à rester à l’écart de ce processus. Par ailleurs, tous les efforts ont été faits pour qu’un véritable débat démocratique puisse avoir lieu, à l’abri des provocations des ennemis de la liberté. Les Nations unies y sont attentives et veillent, par la persuasion et au besoin par la fermeté, au respect des règles du jeu. Encourageons la MINUK et le représentant spécial du Secrétaire général à persévérer dans cette voie.

En RFY, le 24 septembre, malgré les falsifications grossières du pouvoir, le peuple serbe s’est mobilisé massivement. Il s’est prononcé clairement en faveur d’un changement démocratique. On doit se réjouir des mesures de sécurité prises, au Kossovo, par la MINUK et la KFOR pour permettre à ceux qui ont voulu prendre part à ce vote de le faire librement. Formons ensemble le voeu que, dans un mois, les électeurs du Kosovo aient massivement fait un choix tout aussi clair : celui du refus pacifique de la haine, de la manipulation politique, des atteintes aux libertés et du mépris des minorités. Le choix de la démocratie, de la réconciliation et de la participation de tous à la conduite des affaires civiles. En d’autres termes, le choix de l’Europe et de l’avenir. Ensemble, veillons à empêcher que ce choix soit contrarié.



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