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28 août 1998 - Afghanistan : Intervention de M. Thiebaud

(Résolution 1193 (1998))

La situation en Afghanistan a témoigné dans les derniers mois d’une profonde dégradation, marquée en particulier par la recrudescence des combats et le développement d’une importante offensive militaire des Taliban. La France est particulièrement préoccupée de cette évolution qui va à l’encontre de la recherche d’un règlement politique durable du conflit, qui fait peser une grave menace sur la sécurité régionale et internationale et qui cause de graves et profondes souffrances aux populations civiles.

Les principes fondamentaux d’un règlement du conflit en Afghanistan ont déjà été clairement formulés par le Conseil de sécurité, notamment dans sa résolution 1076 (1996). Les parties afghanes doivent mettre un terme aux hostilités, sans délai et sans condition préalable, et engager un véritable dialogue politique en vue de parvenir à la réconciliation nationale. Les ingérences extérieures, en particulier sous forme de livraison d’armes, doivent cesser. Les Nations Unies ont un rôle central à jouer pour le règlement du conflit.

Force est bien de constater sur ces différents points qu’aucun progrès n’a été constaté et que les Taliban ont largement contribué, par leur intransigeance, à l’échec de la mise en oeuvre d’un règlement pacifique du conflit. Ce constat malheureux ne doit pas nous conduire à l’indifférence mais au contraire nous inciter, comme nous allons le faire aujourd’hui avec l’examen de cette résolution, à maintenir une position ferme, seule à même de préserver à terme la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de l’Afghanistan.

La France condamne l’agression à Kaboul, le 21 août dernier, de deux personnels de l’ONU appartenant à la Mission spéciale des Nations Unies en Afghanistan. Nous demandons instamment aux Taliban d’enquêter sur les circonstances de cet acte odieux et d’informer immédiatement les Nations Unies des résultats obtenus. Le nom du lieutenant-colonel italien Calo, lâchement assassiné alors qu’il désirait faire progresser la cause de la paix, s’ajoute à la longue liste des victimes en Afghanistan de l’intolérance la plus répréhensible.

Nous déplorons également la violation flagrante du droit international et des Conventions de Vienne sur les relations diplomatiques et les relations consulaires qu’a constitué l’occupation par les Taliban du consulat général de la République islamique d’Iran à Mazar-e-Sharif. La disparition du personnel du consulat général et de plusieurs autres nationaux iraniens constitue pour la France un facteur de grande inquiétude et nous nous associons aux demandes instantes faites aux factions, et en particulier aux Taliban, pour retrouver ces diplomates.

Les conditions qui prévalent en Afghanistan, et en particulier l’attitude des Taliban, ont entraîné le départ des organisations non gouvernementales, le départ des agences des Nations Unies et des autres organisations internationales humanitaires de Kaboul, ce qui risque de se traduire, dans les mois à venir, par une nouvelle détérioration de la situation humanitaire et du sort des populations afghanes. La responsabilité de cet état de fait incombe à ceux qui, en Afghanistan, ont multiplié les mesures attentatoires aux droits fondamentaux de la personne humaine, et en particulier à ceux des femmes et des jeunes filles, à ceux qui ont refusé l’application de principes consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme, à ceux, enfin, qui ont multiplié les entraves aux activités humanitaires et qui ont délibérément porté atteinte au droit international humanitaire.

Si tout doit être effectivement fait pour faciliter le retour, dans des conditions de sécurité, des organisations internationales et des organisations non gouvernementales, en Afghanistan, pour soulager la détresse des populations civiles, il nous semble de la plus haute importance que les Nations Unies et la communauté internationale ne transigent pas sur le respect des principes universellement reconnus.

Nous ne pouvons manquer d’exiger une nouvelle fois, comme le fait le projet de résolution qui va être mis aux voix, des factions afghanes qu’elles s’abstiennent d’héberger et d’entraîner des terroristes et leurs organisations et qu’elles fassent cesser le trafic de drogues illicites.

La délégation française votera pour le projet qui va être mis aux voix car il exprime la détermination du Conseil de sécurité, conformément aux responsabilités que lui confère la Charte, d’examiner toutes les autres mesures qui pourraient être nécessaires pour faire appliquer cette résolution et pour restaurer la paix, la stabilité et le plein respect des droits de l’homme et des normes internationales en Afghanistan.



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