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29 octobre 2003 - Les femmes, la paix et la sécurité : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je suis heureux, Monsieur le Président, que vous ayez pris l’initiative de tenir ce débat public sur les femmes, la paix et la sécurité. Je remercie le Secrétaire général adjoint de son tour d’horizon très complet, et je salue son engagement personnel sur cette question. J’ai également écouté avec beaucoup d’intérêt l’intervention de Mme Amy Smythe sur l’application, sur le terrain en République démocratique du Congo, des dispositions de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.

La France s’associe pleinement à la déclaration qui sera prononcée tout à l’heure par la Présidence italienne de l’Union européenne.

Je tiens tout d’abord à saluer les progrès enregistrés en un an. Comme vous le savez, nous avions recommandé l’année dernière la création d’un poste de conseiller pour les questions de genre au sein du Département des opérations de maintien de la paix. Je suis heureux de constater que cette proposition a été retenue. J’encourage le DOMP à développer son maillage local de conseillers pour les questions de genre. Il est également essentiel que les conseillers intégrés à la MINUSIL, la MINUL et demain, je l’espère, à la MINUCI, fonctionnent en réseau pour mieux appréhender la dimension régionale du problème. Il faut enfin que les rapports au Conseil de sécurité incluent aussi souvent que possible des éléments sur la situation des femmes, de même que sur celle des enfants. J’invite le DOMP et le Bureau de Madame Angela King, que je salue, à travailler en étroite collaboration autour des objectifs communs fixés par la résolution 1325.

Les défis de l’application de la résolution 1325 ne sont toutefois pas seulement adressés au Secrétariat Général et au Conseil de sécurité : ils doivent être relevés par l’ensemble du système des Nations unies, dans un esprit de coopération et d’imagination. Ils doivent l’être tous les jours, et pas seulement une fois par an lors de notre débat commémoratif. Il est bon de fêter les anniversaires de la résolution 1325, mais c’est dans chaque nouveau mandat, dans chaque nouvelle opération déployée par les Nations unies que ses dispositions doivent être mises en œuvre. Il nous faut constamment chercher à accroître le rôle et la contribution des femmes dans les opérations des Nations unies sur le terrain, en particulier en qualité d’observateurs militaires, de membres de la police civile, de spécialistes des droits de l’homme et de membres d’opérations humanitaires.

Il reste beaucoup à faire. Le Secrétaire général, dans son rapport sur la mise en œuvre de la déclaration du Millénaire, a clairement indiqué que l’impact différentiel des conflits sur les femmes réclamait des interventions plus énergiques de la part de la communauté internationale.

Je voudrais insister ici sur trois mots-clés : prévention, justice, et participation.

La prévention, d’abord. Je pense ici à toutes les femmes et jeunes filles qui souffrent des conflits. Quand ce n’est pas la vie, c’est l’enfance qui leur est volée. Comment se relever dans ces conditions ? Comment parler et agir pour retisser les fils de la vie collective ? Nous aurons, très prochainement, l’occasion de travailler sur la question des enfants-soldats. La France proposera au Conseil un projet de résolution. Je veillerai personnellement à ce que nos discussions abordent de façon très précise la question spécifique de la réintégration des petites et jeunes filles soldats.

La justice, ensuite. Les femmes doivent être non seulement les bénéficiaires de la lutte contre l’impunité, mais également les actrices de celle-ci. A cet égard, je veux insister sur les avancées liées à la mise en place de la Cour pénale internationale. Le Statut de Rome, par sa double dimension préventive et répressive, est un élément-clé pour protéger les femmes. Il innove en reconnaissant, pour la première fois, que certains actes de violence sexuelle figurent parmi les actes les plus odieux que le droit international sanctionne. Mais la CPI est exemplaire à un autre égard, puisqu’elle est une des institutions les plus féminisées parmi toutes les juridictions internationales. Le précédent mérite d’être relevé, et j’encourage chacun à s’en inspirer.

La participation, enfin et surtout. Nous sommes tous convaincus que la stabilisation et la reconstruction de sociétés minées par les conflits ne connaîtront aucun succès durable sans la participation active des femmes à la vie publique. C’est d’ailleurs l’un des thèmes centraux du programme d’action de Pékin. Dès lors, les missions du Conseil de sécurité sur le terrain devraient toujours comporter des contacts avec les associations de femmes. Lors de notre dernière mission en Afrique centrale, j’avais été frappé par le dynamisme de celles que nous avions rencontrées. Nous avions tous été impressionnés par l’engagement de Madame Pétronille Vaweka, Présidente de l’Assemblée intérimaire spéciale de l’Ituri. Ces exemples méritent d’être mieux connus et appréciés, car ils sont susceptibles de changer les mentalités et de faire naître des vocations. Je salue toutes les femmes qui ne se résignent pas au statu quo, qui se tournent vers l’avenir. J’ai une pensée toute particulière pour Madame Lindh qui a payé son engagement politique de sa vie.

Les défis posés par la mise en œuvre de la résolution 1325 relèvent de notre responsabilité collective à tous, organisations internationales, Etats, société civile. A cet égard, j’aimerais connaître l’évaluation que fait Mme Smythe des relations entre la MONUC et les différentes administrations congolaises concernées par les questions de genre, en particulier le Ministère de la Condition féminine et de la Famille, ainsi que le Ministère des droits humains. /.



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