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29 septembre 2000 - La situation à Timor Est : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne. Les Etats de l’Europe centrale et orientale associés à l’Union européenne (Bulgarie, République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) et les Etats associés (Chypre, Malte et la Turquie) souscrivent à cette déclaration.

Au nom de l’Union européenne, je voudrais renouveler la plus chaleureuse bienvenue à M.Sergio Vieira de Mello et le remercier de son exposé. Nous apprécions le travail remarquable déjà réalisé par le Représentant spécial du Secrétaire général et toute son équipe, et leur détermination à remplir de la façon la plus efficace possible le mandat d’Administration transitoire des Nations unies à Timor Est (ATNUTO).

L’Union européenne réaffirme sa solidarité avec le peuple de Timor Est et son appui à l’ATNUTO en vue de répondre à l’un des plus grands défis qui se posent à l’ONU : conduire dans un délai rapproché Timor Est sur la voie de l’indépendance et permettre à ce pays d’établir des relations de confiance avec tous ses voisins.

L’Union européenne salue en particulier les efforts réalisés par l’ATNUTO dans les quatre domaines suivants :

Préservation de l’ordre public : en dehors des difficultés rencontrées à la frontière avec Timor Ouest sur lesquelles je reviendrai, l’ATNUTO a effectué un travail d’excellente qualité pour préserver l’ordre public à Timor. L’Union européenne encourage l’ATNUTO à poursuivre le dialogue avec les communautés locales et les dirigeants politiques et religieux pour mieux assurer la promotion des valeurs de tolérance.

Reconstruction : l’Union européenne se réjouit des efforts conduits par l’ATNUTO et la Banque mondiale pour accélérer les décaissements des fonds d’affectation spéciale de la Banque mondiale et remédier ainsi aux difficultés rencontrées en début d’année. L’établissement d’un budget global et consolidé pour l’année budgétaire 2000/2001, qui a été approuvé à la conférence de Lisbonne en juin dernier, constitue à cet égard un progrès significatif. L’identification et la formation de capacités est-timoraises pour la reconstruction demeurent des objectifs essentiels.

Mise en place de l’administration est-timoraise : l’Union européenne prend note avec satisfaction des programmes de formation de fonctionnaires mis en oeuvre par l’ATNUTO et le PNUD. Elle relève que le nombre de Timorais de l’Est dans l’administration s’est sensiblement accru au cours des derniers mois. L’Union européenne encourage l’ATNUTO à accélérer le programme de formation de la police civile afin d’assurer une transition en douceur lorsque le moment du départ de la force des Nations unies arrivera.

Transition politique : l’Union européenne appuie pleinement le processus engagé par l’ATNUTO afin de développer des mécanismes de bonne gouvernance, rapprocher le peuple timorais de la prise de décisions et le préparer à la démocratie après l’organisation des élections prévues l’an prochain. En ce qui concerne le processus de transfert de compétences en cours, l’Union européenne souhaiterait connaître quel premier bilan M. Vieira de Mello tire du fonctionnement de son gouvernement de coalition. Quelles sont les améliorations possibles ? Les pays et organismes donateurs ont-ils un rôle à jouer en la matière ?

Pour la réussite des efforts de l’ATNUTO, l’Union européenne considère indispensable le maintien d’un environnement de paix et de stabilité à Timor Est. Dans ce contexte, l’Union rappelle la demande faite par le Conseil de sécurité le 3 août dernier et estime importante l’organisation d’une séance spécifique d’information sur la situation militaire. L’Union européenne souhaiterait notamment disposer de renseignements actualisés sur les besoins militaires de l’ATNUTO, les conséquences de l’insécurité à la frontière avec le Timor Ouest, la répartition effective des moyens sur le territoire en fonction des contraintes locales de sécurité, les tâches effectivement dévolues à la composante militaire de l’ATNUTO et ses perspectives d’évolution.

Comme je l’avais déjà souligné le mois dernier, l’Union européenne considère que les conditions sont aujourd’hui réunies à Timor Est pour permettre aux Timorais de poursuivre un processus de réconciliation nationale solide et durable. Il est essentiel, dans ce contexte, que la communauté internationale manifeste son engagement à soutenir le redressement et le développement de Timor Est. L’Union européenne continuera d’aider le peuple de Timor Est à un moment crucial de son affirmation en tant que nation. L’Union européenne se réjouit de l’excellente coopération développée à Timor Est entre l’ATNUTO et le PNUD et les autres agences et fonds spécialisés des Nations unies et elle estime que la qualité de cette coopération devrait faciliter, le moment venu, le relais entre l’administration transitoire et le gouvernement timorais. Une opération de maintien de la paix ne peut en effet se substituer à une action de développement de long terme.

L’ATNUTO a bénéficié d’un soutien important de la communauté internationale. Les résultats obtenus sont considérables et méritent d’être vigoureusement salués. Cependant, comme pour toute opération de paix, il est utile d’évaluer de façon permanente les coûts et l’adéquation des moyens disponibles au succès de l’opération. L’Union européenne continuera naturellement à suivre avec attention ce point.

Je voudrais maintenant mentionner, au nom de l’Union européenne, deux points qui nous préoccupent tout particulièrement, comme ils préoccupent les membres de notre Conseil : l’activité des milices et la situation des réfugiés à Timor Ouest. Nous sommes convaincus qu’ils pourraient avoir de très graves répercussions pour l’évolution politique à Timor Est et peut être remettre en cause tout ce que la communauté internationale accomplit avec l’ATNUTO.

L’Union européenne condamne avec la plus grande vigueur les agissements des Milices à Timor Ouest. Elle déplore en particulier le lâche assassinat le 6 septembre à Atambua de trois membres du Haut Commissariat aux réfugiés. L’Union européenne demande instamment aux autorités indonésiennes d’arrêter et de juger les auteurs de cette agression. Elle leur demande de mettre fin à l’action déstabilisatrice des milices. Elle leur demande enfin d’assurer la sécurité des réfugiés et celle du personnel humanitaire à Timor Ouest afin qu’il puisse reprendre rapidement ses activités. En un mot, l’Union européenne demande à l’Indonésie de mettre en oeuvre complètement la résolution 1319 adoptée le 8 septembre dernier par le Conseil de sécurité. Elle prend note des premières mesures prises par le gouvernement indonésien en vue de désarmer et de démanteler les milices. L’Union européenne souhaite que cette action s’inscrive dans la durée et que l’on s’assure effectivement que les miliciens désarmés ne trouvent pas les moyens de se réarmer.

L’Union européenne rappelle l’urgence d’un règlement dans les plus brefs délais de la question des réfugiés se trouvant à Timor Ouest. La reprise de l’aide humanitaire à Timor Ouest et de la réinstallation des réfugiés est une condition essentielle pour assurer une paix et une stabilité durables. L’Union reste prête, avec les organisations humanitaires internationales concernées, à aider le gouvernement indonésien à résoudre le problème des réfugiés à Timor Ouest. Elle souhaiterait connaître les dispositions que l’Indonésie, l’ATNUTO et le HCR envisagent de prendre en vue du retour des réfugiés à Timor Est ou de leur réinstallation en Indonésie.

L’Union européenne invite dans ce contexte le gouvernement indonésien à confirmer son accord à la venue prochaine d’une mission du Conseil de sécurité qui viserait à accompagner les efforts entrepris au niveau national pour mettre en oeuvre la résolution 1319.

La période de transition à Timor Est est entrée dans une phase décisive. La mission des Nations unies doit, avec les Timorais de l’Est, poursuivre la construction d’un nouvel Etat démocratique, un Etat indépendant, pleinement intégré dans sa région et vivant en paix avec tous ses voisins.



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