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3 avril 2002 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France s’associe pleinement au discours qu’a prononcé l’Ambassadeur d’Espagne au nom de l’Union Européenne.

Depuis l’adoption de la résolution 1402, l’escalade de la violence s’est encore aggravée au Proche Orient. Les opérations militaires engagées par l’armée israélienne à Ramallah et, désormais, dans d’autres villes palestiniennes conduisent à une impasse politique et à une tragédie humanitaire. Cette situation est inacceptable.

La France adjure les deux parties de mettre en œuvre sans délai la résolution 1402 dans tous ses aspects. L’armée israélienne doit se retirer de toutes les villes palestiniennes et les opérations militaires en cours doivent cesser, comme doivent cesser toutes les formes de violence et de terreur. Un cessez-le-feu véritable entre Palestiniens et Israéliens doit être conclu sans délai. La France réaffirme ce qu’a dit le Président du Conseil de Sécurité au nom des quinze membres : les exigences contenues dans la résolution 1402 ne reflètent pas une séquence et doivent toutes être appliquées dans leur totalité.

Pour sortir du cercle vicieux de la violence et de la haine, il faut une perspective politique. La situation ne s’améliorera que lorsque le gouvernement israélien acceptera d’entamer, en parallèle aux discussions sécuritaires, des négociations politiques conduisant à la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique. Il faut mener de front les aspects sécuritaire et politique, qui sont indissociables.

La France le redit avec force : rien ne saurait justifier le meurtre de civils innocents. Les attentats-suicides, qui se sont succédés ces derniers jours, suscitent l’écœurement. La France les condamne avec horreur. Nous exprimons à nouveau notre compassion et notre profonde sympathie à toutes les victimes et à leurs familles.

L’Autorité Palestinienne, à qui incombe la responsabilité de combattre le terrorisme, ne peut agir que si ses capacités sont préservées et si elle n’est pas affaiblie. Cela implique notamment, pour le gouvernement israélien, la levée du siège de Ramallah et le rétablissement des capacités d’agir, de se déplacer et de négocier du président Arafat. L’intégrité physique et la sûreté personnelle du président de l’Autorité Palestinienne doivent être assurées. L’exiler serait une erreur aux conséquences incalculables.

La neutralisation du président Arafat et, plus largement, le démantèlement de l’Autorité Palestinienne et de ses infrastructures sécuritaires vont à l’encontre du but recherché par Israël. La sécurité à terme du peuple israélien ne passe pas par la destruction de l’Autorité Palestinienne, mais au contraire par la négociation avec les représentants élus et légitimes du peuple palestinien.

Notre Conseil doit être pleinement conscient des très graves conséquences humanitaires des opérations militaires israéliennes. Elles infligent de nouvelles épreuves à la population palestinienne, victime d’un blocus et progressivement privée des moyens de subsistance les plus élémentaires. Les restrictions imposées aux activités du CICR et aux autres institutions médicales et humanitaires sont inacceptables. Tout comme sont inacceptables les violations répétées du droit d’accès consulaire au profit des ressortissants d’états tiers en situation de péril.

La France est, de longue date, favorable au déploiement d’observateurs internationaux. Elle a proposé cette idée dans cette salle il y a 18 mois. Les circonstances présentes donnent tragiquement une pertinence accrue à cette proposition. La présence de ces " moniteurs " serait dans l’intérêt de la population israélienne comme de la population palestinienne. Cette proposition, de plus en plus largement soutenue, pourrait compléter les propositions du Général Zinni et aider à la mise en œuvre des plans Tenet et Mitchell. Elle faciliterait la reprise des négociations politiques en contribuant au retour au calme. Le Secrétaire général a raison de souligner que cette idée doit désormais être au tout premier plan des travaux du Conseil de Sécurité. Peut-être faudra-t-il même aller au-delà et envisager sérieusement le déploiement d’une force d’interposition pour accompagner la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité. La question mérite désormais d’être posée.

La situation actuelle fait peser un risque considérable sur toute la région. La France est extrêmement préoccupée par le regain de tension observé à la frontière entre le Liban et Israël. Par une déclaration présidentielle du 18 juin 2000, le Conseil de sécurité a confirmé qu’Israël s’était retiré du Liban. Les attaques récentes en provenance du territoire libanais sont inacceptables. Toutes les violations de la ligne bleue, dans les deux sens, doivent cesser. La France appelle toutes les parties concernées à faire preuve de la plus extrême retenue.

La France encourage les efforts diplomatiques de tous, et notamment ceux du " Quartet ". Le " Quartet " doit avoir accès au Président Arafat. Il doit pouvoir jouer tout son rôle, dans l’unité, au service de la paix. Nous souhaitons que les Etats-Unis se réengagent davantage dans la recherche d’une solution au conflit. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne se sont réunis à Luxembourg pour examiner les moyens permettant de sortir de l’engrenage des violences et de restaurer les conditions d’une reprise du dialogue. Ils ont décidé de dépêcher immédiatement dans la région M.Pique, ministre des affaires étrangères espagnol au nom de la Présidence de l’Union et M.Solana, Haut représentant, pour rencontrer le Président Arafat et le Premier Ministre Sharon, et demander l’application immédiate de la résolution 1402. Il faut que les efforts de tous convergent vers notre objectif commun : l’arrêt des affrontements et la reprise des négociations.

En deux semaines, le Conseil de sécurité a adopté deux textes importants, la résolution 1397 et la résolution 1402. Ces deux résolutions tracent le chemin d’une désescalade, d’un cessez-le-feu et d’une reprise des pourparlers politiques. Il n’y a pas d’autre chemin pour aller vers la paix./.



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