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30 juin 1998 - Territoires arabes occupés : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La position de la France concernant les territoires occupés, y compris Jérusalem, et sur le processus de paix est bien connue. Nous partageons cette position avec les membres de l’Union européenne et bien d’autres Etats qui s’associent à nos déclarations. Conformément à la formule réitérée selon des termes quasiment identiques par six résolutions du Conseil, nous estimons que toutes les mesures et dispositions législatives et administratives prises par Israël qui ont modifié ou tendent à modifier le caractère et le statut de Jérusalem sont nulles et non avenues et doivent être rapportées immédiatement.

Quant au processus de paix, nous soutenons celui-ci depuis le début, et nous avons à plusieurs reprises — récemment encore avec nos partenaires européens — réaffirmé notre appui aux efforts que les Etats-Unis déploient pour obtenir l’accord des parties sur des propositions que nous jugeons raisonnables.

Ces positions sont établies et nous nous limitons donc à les rappeler.

Il est devenu trop fréquent d’entendre que le processus de paix traverse une phase cruciale et que l’on doit encore faire preuve de patience. La patience est justifiée. Elle est même indispensable, lorsqu’une situation évolue dans la bonne direction. Nous serions les premiers à rappeler à toutes les parties concernées que les changements ne peuvent se faire en un jour, ni même en un an, et qu’il faut laisser du temps pour que les esprits évoluent, qu’il faut progresser par étapes, chacune devant être consolidée pour assurer le succès de la suivante. C’est ce que l’on nomme généralement un processus.

Nous assistons malheureusement à une évolution inverse : les propositions faites par les Etats-Unis depuis des mois n’ont pas reçu de réponse et, dans le même temps, les décisions créant des faits accomplis s’additionnent. Les expulsions et les démolitions qui interviennent à Jérusalem humilient et suscitent accablement et colère. Cette politique paraît procéder d’un mouvement visant à créer une situation irréversible à Jérusalem de nature à priver de véritable sens, à terme, la question du statut de la ville. Aujourd’hui nous sommes réunis en raison d’une nouvelle décision qui, si elle était mise en oeuvre, consisterait à accepter un plan modifiant les limites de la ville et créant une structure municipale élargie. Dans la mesure où cette nouvelle structure inclurait des implantations de Cisjordanie proches de Jérusalem, elle modifierait clairement le statu quo existant. Une telle action serait contraire à l’esprit et à la lettre des accords signés entre les parties. Elle contreviendrait à la quatrième Convention de Genève. Elle méconnaîtrait les décisions du Conseil de sécurité. Nous lançons donc un appel aux autorités d’Israël pour qu’elles y renoncent.

La ville de Jérusalem représente, pour trois grandes religions, un lieu particulier et sacré. C’est pourquoi, il avait été décidé, en 1947, de placer Jérusalem sous un statut international. Aujourd’hui comme avant, seul un accord entre les parties peut offrir une solution acceptable par la communauté internationale. Le sort d’une paix durable en dépend.

Le blocage du processus de paix déçoit et attriste profondément tous ceux qui avaient admiré le courage et la hauteur de vues des responsables israéliens et palestiniens qui l’avaient engagé. Mais, au-delà de la déception, ce sont les dangers que ce blocage fait courir à la stabilité régionale qui nous préoccupent.

La sécurité d’Israël est un souci légitime, reconnu par la communauté internationale mais aussi par les Palestiniens. Ces derniers ont pris à ce sujet des mesures courageuses, qui doivent être poursuivies. Mais la seule vraie sécurité, la France le sait pour elle-même, réside dans la volonté des peuples et de leurs dirigeants de faire le choix de la coexistence et de la coopération. Le droit d’Israël de vivre dans des frontières sûres et reconnues est aujourd’hui heureusement consacré. Mais il faut savoir en permanence préférer la discussion de bonne foi à la tension. Nous appelons donc une fois de plus les dirigeants israéliens à opter pour la négociation, et nous encourageons ceux qui jouent un rôle particulier dans le processus de paix à ne pas relâcher leurs efforts.

Nous sommes prêts à examiner toute décision par laquelle le Conseil de sécurité, conformément à ses responsabilités, marquerait sa préoccupation après les décisions israéliennes relatives aux limites de la municipalité de Jérusalem, décision par laquelle également il appellerait vigoureusement les parties à permettre que le processus de paix au Moyen-Orient sorte de l’impasse. Nous souhaitons ardemment qu’un consensus puisse se dégager sur pareille décision, et nous sommes disponibles pour travailler en ce sens.



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