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31 octobre 2001 - Timor-Est : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Le salut de la France va à Mari Alkatiri qui dirige avec compétence le deuxième gouvernement timorais de transition. Mais le salut de la France va aussi à Sergio Vieira de Mello. Son exposé nous a, comme toujours, avec précision et clarté, montré le point des affaires mais surtout la voie à suivre et la France souscrit mot pour mot au langage qu’il a employé. Sergio Vieira de Mello est l’un de ces hommes qui font honneur aux Nations Unies. Du Cambodge à Timor, toute sa carrière est l’exemple même de ces grands serviteurs de l’ONU. Elle explique pourquoi, cette année, le jury d’Oslo a décidé d’octroyer le prix Nobel de la paix aux Nations Unies.

Plus tard dans le débat, l’ambassadeur de Belgique exprimera la position des quinze membres de l’Union européenne. Je me limiterai donc à quelques remarques.

Clairement Timor et l’ATNUTO sont déjà l’une des "success stories" des Nations Unies. Sergio Vieira de Mello a dit qu’il fallait rester prudent. Il a raison. Mais les élections ont été parfaites. La rédaction de la constitution par l’Assemblée constituante avance à bon rythme. La proclamation de l’indépendance, dans l’amitié et la coopération avec l’Indonésie, est programmée pour le 20 mai 2002, et je remercie le chef de gouvernement de son invitation. Je pense que, sans hésiter, le Conseil de Sécurité se rendra le 20 mai à Dili pour être aux côtés de tous les Timorais dans ce grand jour.

Mais, naturellement, l’histoire de Timor-Est et de l’engagement international à Timor, ne s’arrêteront pas au jour de l’indépendance. Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé. Il ne doit pas y avoir de sortie sans stratégie. La stabilité de la région tout entière en dépend. L’énorme investissement que la communauté internationale a déjà consenti, à juste titre, en faveur de Timor-Est ne saurait être mis en danger. Plus d’un milliard de dollars d’aide multilatérale a déjà été mobilisé depuis octobre 1999 pour marquer la solidarité de toutes nos nations avec Timor-Est. Aujourd’hui encore, un quart des soldats sous casque bleu déployés à travers le monde se trouve à Timor. C’est dire que la solidarité de la communauté internationale a été forte et celle de la France, qui n’a pas d’intérêt national à Timor ou dans cette région, restera exemplaire. Chaque citoyen français dépense huit fois plus que chaque citoyen singapourien au service de la construction de l’Etat de Timor-Est, alors même que le niveau de vie des Singapouriens est supérieur au niveau de vie des Français. C’est un chiffre parmi d’autres. C’est le témoignage de l’engagement de la France. Et c’est ainsi que la France estime que son rôle, non pas au Conseil de Sécurité, mais au service des Nations Unies, doit être accompli. Mais il y a un vrai débat, on le sent bien dans les interventions de ce matin. Il résulte du caractère complexe d’une opération comme celle de Timor-Est. En réalité de plus en plus les Nations Unies sont engagées dans des opérations qui sont à la fois du "peace keeping" et du "nation building". Pour conduire ces opérations, la France a estimé depuis longtemps qu’il était nécessaire que le Conseil de Sécurité développe un double partenariat. Le premier partenariat est naturellement celui du Conseil de Sécurité avec les pays contributeurs de troupes. Ces pays exprimaient une frustration de ne pas être assez associés. Le Conseil, je crois, a su répondre à leurs préoccupations à travers la résolution 1353 et j’ai eu l’honneur, sous présidence française du Conseil de Sécurité, d’organiser les premières consultations avec les contributeurs de troupes sous le nouveau modèle qui, à l’évidence, est un vrai progrès. Le deuxième partenariat du Conseil est celui qu’il développe avec les institutions internationales, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, mais aussi le PNUD - et je salue leurs représentants à cette table- , d’autres institutions encore... Il est essentiel qu’une bonne coordination existe et notre séance d’aujourd’hui prouve qu’elle peut exister entre ce que le Conseil de Sécurité estime devoir faire et ce que les institutions de la famille des Nations Unies comme celle de Bretton Woods peuvent accomplir dans une bonne concertation avec les Nations Unies. J’en viens maintenant au coeur de notre débat d’aujourd’hui, qui est aussi un débat récurrent à l’Assemblée Générale. C’est un vrai débat, que nous devons aborder franchement. A mesure que le Conseil de Sécurité développe ces opérations complexes -le Cambodge en a été un premier exemple, d’autres ont suivi, Timor-Est en est encore un-, on voit bien que les compétences du Conseil de Sécurité ont tendance à s’étendre au-delà de ce qui était strictement prévu par la Charte, c’est-à-dire le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Le rôle du Conseil s’étend en réalité à des actions qui sont plus du "nation building", la construction -ou la reconstruction- de l’économie, des structures sociales, la construction des structures étatiques. De ce fait, dans les débats et notamment au sein de l’Assemblée générale, s’exprime une certaine frustration : jusqu’où le Conseil de sécurité va-t-il étendre ses compétences ? Que restera-t-il à l’Assemblée générale si le Conseil de sécurité s’engage toujours davantage dans ces opérations complexes et intégrées ? Je crois que le Conseil doit être attentif à ces frustrations qui s’expriment au sein de l’Assemblée générale. Et c’est pourquoi dans la cadre de la préparation de la déclaration présidentielle, sur la base des remarquables recommandations du Secrétaire général, la France a souhaité que ce débat soit ouvert. Ce n’est pas une question de financement parce que, en tout état de cause, le financement doit être assuré sur budget obligatoire, que ce soit sur le budget ordinaire des Nations unies qui relève de l’Assemblée générale ou sur le budget des opérations de maintien de la paix. Mais c’est une question de répartition des compétences. C’est un débat que nous devons aborder non seulement aujourd’hui, mais aussi à propos des autres opérations complexes, de façon à ce que, lorsque nous allons vers un succès, comme nous y conduit Sergio Vieira de Mello, cela soit non seulement le succès d’un homme, Sergio Vieira de Mello, d’un peuple, le peuple timorais, d’une institution peut-être, le Conseil de Sécurité, mais véritablement celui de l’ensemble de la famille des Nations Unies./.



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