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5 avril 2001 - Timor : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je tiens à remercier M. Hédi Annabi de son exposé clair et précis. Il rend parfaitement compte du travail remarquable réalisé par l’ATNUTO sous la conduite inspirée de M. Sergio Vieira de Mello.

Je voudrais d’abord saluer les nouveaux progrès intervenus depuis notre dernière réunion du 6 janvier. Ils sont nombreux. Ils concernent des domaines aussi essentiels que la mise en place d’une administration timoraise, le fonctionnement des services publics et la reconstruction des infrastructures. Ils nous rapprochent de notre objectif ultime : la construction d’un Etat timorais indépendant et viable. D’autres progrès restent à réaliser avec l’appui de la communauté internationale. La France a l’intention de participer notamment à la formation de diplomates du futur Etat.

L’annonce de la date de l’élection des 88 membres de la future Assemblée constituante représente une étape cruciale. La date du 30 août a valeur de symbole dans l’histoire de Timor. C’est à un nouveau succès que nous devons travailler, conjointement avec les responsables timorais.

Une préparation sans faille sera nécessaire. de ce point de vue la question des réfugiés à Timor-Ouest sera essentielle. Le HCR les évalue à 80 ou 100 000 personnes. En comparaison d’une population de Timor-Est évaluée à 800 000 personnes environ, on voit bien que ces réfugiés, selon qu’ils votent ou ne votent pas, peuvent constituer un élément important dans le résultat du scrutin. De ce point de vue, je voudrais savoir si le Secrétariat estime possible d’accélérer le retour des réfugiés de façon à leur permettre de prendre part au scrutin. Si tous les réfugiés, comme il est probable, ne peuvent pas être réinstallés avant le scrutin, peut-on, comme le propose le gouvernement indonésien, envisager un retour dans des conditions de sécurité suffisantes du personnel des Nations unies à Timor-Ouest ? Quelles sont de ce point de vue les exigences à satisfaire et qui restent insatisfaites ? Enfin, serait-il possible, comme cela avait été fait au Cambodge, de recourir à l’enregistrement sur place des réfugiés qui n’auront pas pu rentrer, de façon à leur permettre à leur retour de s’associer au scrutin.

Ces élections marqueront une étape essentielle pour les Timorais. La communauté internationale verra également son rôle transformé en profondeur. Il s’agira encore moins que par le passé de se substituer aux autorités timoraises. Il faudra davantage encore les accompagner.

Il convient de réfléchir dès à présent à ce nouveau rôle de la communauté internationale. Les adaptations nécessaires des moyens et du mandat de l’ATNUTO en découleront. C’est dans cet esprit que notre Conseil, dans la résolution 1338, a demandé au Secrétaire général de lui faire rapport, d’ici le 30 avril, sur la situation politique et militaire et ses implications sur la taille, la structure et le déploiement de l’ATNUTO. Dans la même résolution, le Conseil a exprimé son intention de prendre, sans tarder, les mesures appropriées, sur la base de ce rapport et en tenant compte des vues des contributeurs de troupes. La France attend avec intérêt les recommandations du Secrétariat.

Mais l’histoire de Timor-Est ne s’arrête pas là. Un autre succès reste à construire : celui de l’après-indépendance. Les recommandations détaillées que le Secrétaire général doit présenter d’ici le 31 juillet, conformément à la résolution 1338, présenteront aussi un grand intérêt.

Dans tous ces choix, il faudra tenir compte de plusieurs considérations : d’abord, la sécurité des Timorais et des personnels des Nations Unies déployés sur le terrain est essentielle ; ensuite, les besoins sur le terrain doivent être identifiés au mieux (les graves troubles survenus à Baucau, le 7 mars, semblent indiquer que les capacités de police et de maintien de l’ordre pourraient être plus utiles à l’avenir que les capacités militaires) ; enfin, la nécessité de ménager une transition aussi rapide que possible, afin de parer tout risque d’enlisement et d’éviter que l’ATNUTO ne puisse apparaître un jour aux yeux des Timorais comme une "armée d’occupation".

Pour relever ces défis, il faut faire appel de façon croissante aux donateurs bilatéraux et multilatéraux. De la même façon que les contributeurs de troupes lorsqu’il s’agit d’une opération de maintien de la paix stricto sensu, ils doivent être associés autant que possible à la réflexion. Les conférences de donateurs, comme la réunion intermédiaire de Dili, le 29 mars, et surtout la réunion de Canberra, les 14 et 15 juin prochains, sont indispensables. La présence lors de nos discussions du mois de janvier de représentants du PNUD, du FMI et de la Banque mondiale était très utile. Il serait intéressant de renouveler l’expérience à l’avenir.



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