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8 avril 2002 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France s’associe pleinement au discours que prononcera tout à l’heure l’ambassadeur d’Espagne au nom de l’Union européenne.

La France s’est exprimée publiquement devant le Conseil de sécurité sur l’exceptionnelle gravité de la situation au Proche-Orient, à l’occasion des deux débats publics tenus dans les dix derniers jours. Par souci de concision, je ne reprendrai pas dans le détail l’ensemble de ces déclarations. Elles restent, malheureusement, d’une totale actualité.

Les opérations militaires engagées par l’armée israélienne contre les villes et villages palestiniens en Cisjordanie se poursuivent et s’intensifient, en dépit de l’adoption des résolutions 1402 et 1403 du Conseil de sécurité. Comme notre Conseil l’a souligné dans la déclaration à la presse de son président hier soir, ces opérations militaires sont marquées par de nombreuses violations du droit humanitaire. Elles font de nombreuses victimes civiles. Elles menacent la survie de l’Autorité palestinienne. C’est inacceptable.

La France appelle les deux parties à mettre en œuvre maintenant, sans aucun délai, l’ensemble des dispositions des résolutions 1402 et 1403. La France rejette toute lecture séquentielle ou conditionnelle de ces résolutions. Israël doit se retirer maintenant des villes et villages palestiniens réoccupés. Il est également essentiel que l’Autorité palestinienne fasse les gestes nécessaires pour assurer la cessation définitive des attaques terroristes.

Trois points paraissent devoir être particulièrement soulignés dans les circonstances dramatiques actuelles :

1) Les conséquences humanitaires résultant des opérations militaires israéliennes en Cisjordanie sont d’une extrême gravité. Il est inadmissible que les secours médicaux ne puissent parvenir aux blessés et à la population palestinienne. Il est tout aussi inadmissible que les consuls généraux ne puissent avoir accès à leurs ressortissants. Israël doit prendre immédiatement les mesures nécessaires au respect du droit international humanitaire défini par les conventions de Genève de 1949, en particulier la protection des populations civiles et des ressortissants étrangers. Le droit d’accès consulaire au profit des ressortissants d’Etats tiers doit être garanti. Enfin, la France, par la voix de ses plus hautes autorités, a exprimé son émotion concernant la situation autour de la basilique de la nativité à Bethléem. Tous les lieux de culte, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, doivent être pleinement respectés.

2) Les actions du Conseil de sécurité doivent être soigneusement définies et coordonnées avec les efforts du "Quartet" sur le terrain.

La France appelle les parties à coopérer pleinement avec tous les membres du "Quartet", et notamment avec le secrétaire d’Etat américain, en vue d’aboutir à un cessez-le-feu conjoint et à un retrait immédiat des forces israéliennes des villes palestiniennes réoccupées. Il est essentiel que le cessez-le-feu soit couplé avec la reprise sans délai des négociations sur un règlement politique final du conflit. L’objectif de ce règlement s’inscrit dans la résolution 1397 du Conseil de sécurité : la coexistence pacifique des deux Etats indépendants, Israël et la Palestine, au sein de frontières sûres et reconnues.

Ce cessez-le-feu ne sera durable qu’à deux conditions au moins : qu’il soit accompagné de la relance d’un véritable processus politique ; qu’il soit garanti par l’engagement continue de la communauté internationale auprès des parties. Nous ne pouvons pas les laisser dans leur face à face meurtrier. Le déploiement d’observateurs, ou de "moniteurs" internationaux chargés d’aider des parties à respecter leurs engagements mutuels paraît à la France, depuis longtemps, une nécessité dans l’intérêt des Palestiniens et des Israéliens. Cette idée semble aujourd’hui faire son chemin, y compris du côté israélien à en juger par les propos que l’ambassadeur Lancry a tenus devant le Conseil ce matin. C’est dans ce sens qu’il faut notamment travailler.

3) La situation dans les territoires palestiniens fait monter la tension dans l’ensemble de la région, notamment entre le Liban et Israël. La France est très inquiète de la poursuite des échanges de tirs de part et d’autre de la Ligne bleue. La situation menace aujourd’hui de dégénérer. Face au risque d’escalade, la France appelle les parties à démontrer concrètement leur sens des responsabilités. Les parties doivent s’abstenir de toute provocation ou de toute réaction disproportionnées.

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité, dans ses récentes résolutions 1397, 1402 et 1403, a tracé la voie à suivre. Les efforts de tous doivent contribuer à leur mise en œuvre effective et sans délai. Il n’y a pas de solution militaire. La paix passe par l’arrêt des affrontements et la reprise des négociations./.



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