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22 octobre 2007 - Conseil de sécurité - Situation en Côte d’Ivoire - Intervention de M. Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Je tiens à remercier tous les orateurs qui se sont exprimés. Je voudrais en particulier saluer la présence du Ministre du Burkina Faso, M. Bassolé, et lui dire avec quelle attention nous avons écouté sa présentation très éclairante du processus de paix.

Je profite de cette occasion pour féliciter le Burkina Faso pour son élection au Conseil de Sécurité pour la période 2008-2009. Je ne doute pas, M. le Ministre, que votre pays y jouera pleinement son rôle dans la continuité des efforts de paix que vous avez menés au cours des dernières années dans votre sous-région.

Je souhaite , à ce titre, rendre hommage au Président Blaise Compaoré du Burkina Faso, qui anime au quotidien le délicat dialogue entre les parties ivoiriennes. Il était très important qu’un haut représentant de son pays vienne présenter aujourd’hui sa vision au Conseil de sécurité et, à travers le Conseil, à la communauté internationale toute entière. Ce débat est une occasion de marquer une nouvelle fois tout notre appui au Facilitateur et au processus de Ouagadougou. Le Conseil de sécurité a endossé l’accord politique conclu entre les Ivoiriens et n’a cessé depuis de s’y référer. Mais il nous faut réexprimer avec force ce soutien : cet accord constitue une chance réelle pour la Côte d’Ivoire de sortir de la crise. Il n’y a tout simplement pas d’alternative aujourd’hui.

*

Le processus formalisé entre le 4 et le 6 mars 2007 avec la signature de l’accord politique de Ouagadougou et de l’accord complémentaire a conduit à de premiers progrès. Le plus visible est sans doute, après le déploiement de six unités mixtes des forces de défense et de sécurité des deux parties, le démantèlement de la zone de confiance que vous avez évoqué, remplacée par une série de postes d’observation de l’ONUCI. Par ailleurs, des gestes symboliques marquants ont été effectués par les parties ivoiriennes, pour marquer le lancement des audiences foraines, le début du désarmement des milices, la restauration de l’autorité de l’Etat dans l’ensemble du pays ou encore la création d’un centre de commandement intégré pour mieux coordonner des forces de sécurité, autrefois concurrentes.

Mais ces progrès sont insuffisants. Comme le Ministre Bassolé l’a indiqué à l’instant avec franchise, comme le Secrétaire général le relève dans son dernier rapport, que M. Abou Moussa nous a présenté très clairement tout à l’heure, les parties ont pris un important retard dans l’application de l’accord. C’est un point préoccupant. Certes, aucune date n’est intangible mais il doit exister une perspective claire et irréversible pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales. Cet objectif suppose que les parties ivoiriennes tiennent leurs engagements et établissent un nouveau calendrier qui mène la Côte d’Ivoire vers la sortie de crise.

Face à une crise longue et complexe, il faudra à la fois, comme le Secrétaire général l’a relevé, régler la lancinante question des grades, qui paralyse toute réelle intégration des forces de défense, assurer un désarmement effectif des milices, ce qui est un préalable à leur démantèlement, lutter contre la prolifération des armes, sans laquelle il n’y a pas de sécurité et assurer, dans le même temps, un meilleur respect de l’Etat de droit.

A très court terme cependant comme, Monsieur le Ministre vous l’avez rappelé, la priorité doit être accordée au processus d’identification des populations. J’insiste sur ce point, Monsieur le Président, en raison du rôle spécifique des Nations unies à cet égard : il reviendra en effet, au Représentant spécial du Secrétaire général, de certifier toutes les étapes du processus électoral sur lequel s’appuie le retour à la paix civile. Je salue à ce titre la désignation de M. Choi comme nouveau représentant spécial du secrétaire général et je rends hommage à M. Moussa pour l’intérim qu’il a accompli avec compétence et détermination dans cette fonction.

Je souligne le caractère crucial de la tâche de certification que le Conseil a confiée au représentant spécial dans la résolution 1765. Chacune des étapes du processus électoral est importante : sans identification correctement menée à bien, comment assurer l’inscription de tous les citoyens qui le souhaitent sur les listes électorales et donc la crédibilité de la suite du processus électoral ? Je ne sous-estime pas les difficultés de ce processus, qui est d’une extrême sensibilité mais par lequel passe la sortie de crise. La Côte d’Ivoire dispose cependant, dans l’accord de Ouagadougou, d’un outil efficace, les audiences foraines. Il est urgent que les parties, comme le Facilitateur le souhaite, progressent rapidement dans le déploiement à grande échelle de ces audiences foraines, que celles-ci soit constituées avec le personnel prévu et qu’elles bénéficient de la protection nécessaire.

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Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les membres du Conseil

Que peuvent faire le Conseil de sécurité et, plus largement, les Nations unies ? Ce n’est pas le rôle de ce Conseil de dire depuis New York comment les multiples questions que le Facilitateur tente de dénouer peuvent être réglées dans le détail : la feuille de route a été fixée à Ouagadougou par les Ivoiriens eux-mêmes.

Mais c’est bien la responsabilité du Conseil de sécurité, à travers son soutien aux efforts du Facilitateur, de veiller au respect par les deux parties de leurs engagements et au bon achèvement du processus.

Il est essentiel que le Conseil de sécurité maintienne son soutien à la Côte d’Ivoire dans cette période de transition. La France, pour sa part, continuera à agir dans ce sens, comme elle l’a fait de manière constante. Comme le Secrétaire général, la France estime nécessaire de conserver le mandat des forces impartiales, ainsi que le niveau des troupes de l’ONUCI tel qu’il a été défini en juillet dernier. Ce mandat, tout en adaptant leur rôle, permet de conserver leur capacité de réagir sans délai en cas d’attaque contre le processus de paix.

Ma délégation a déposé un projet de déclaration à la presse en ce sens et j’espère que le Conseil pourra l’adopter aujourd’hui.

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Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les membres du Conseil

Il existe une chance de faire aboutir le processus de paix ivoirien. Nous devons pleinement la saisir en appuyant l’action du Facilitateur et en nous montrant vigilants sur le respect des engagements qui ont été pris devant lui par les parties ivoiriennes. Un " nouvel élan ", que le Secrétaire général a appelé de ses vœux est aujourd’hui indispensable. Il n’est pas hors de portée. Les Ivoiriens peuvent compter sur le Conseil de sécurité et, permettez moi de le dire ici, sur la France pour soutenir leurs efforts en ce sens.

Je vous remercie.



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