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16 mai 2007 - Conseil de sécurité - Multilinguisme - Présentation par l’Ambassadeur M. Jean Marc de la Sablière du projet de résolution A/61/L.56

Madame la Présidente, Mesdames et messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et messieurs,

J’ai l’honneur de présenter devant l’Assemblée générale le projet de résolution relatif au point 114 de son ordre du jour, consacré au multilinguisme. Ce projet que vous avez sous les yeux porte la cote A/61/L.56

Ce texte, qui va être adopté par consensus dans quelques instants, résulte des négociations que ma délégation a eu le privilège de coordonner depuis le mois de février. Qu’il me soit d’emblée permis de remercier vivement les très nombreuses délégations qui ont participé aux réunions que la France a conduites à l’ONU, marquant par là leur intérêt et leur attachement au principe du multilinguisme.

Je tiens à souligner que pour la première fois, nous avons été en mesure de faire précéder les négociations intergouvernementales proprement dites par plusieurs séances de questions / réponses avec le secrétariat, dont je salue la disponibilité, notamment sur le rapport du secrétaire général sur le multilinguisme. Ces échanges informels ont été me semble-t-il très fructueux. Il s’agit là d’un exercice à renouveler.

Le processus de négociations que ma délégation a conduit s’est déroulé dans un esprit constructif et avec le concours de chacun. Le caractère inclusif et, in fine, consensuel de nos discussions a constitué pour nous la pierre angulaire de notre approche sur ce projet de résolution.

Bien qu’il me soit difficile d’insister davantage sur tel ou tel aspect du projet de résolution, il me semble que celui-ci répond à deux exigence : assurer une approche globale de la question du multilinguisme ; en promouvoir une vision tout à la fois ambitieuse et raisonnable :

Le texte garanti tout d’abord une approche globale de la question du multilinguisme puisque l’Assemblée générale rappelle la nécessité de respecter strictement les règles fixant le régime linguistique de l’ONU s’agissant des langues de travail comme des langues officielles. Ce caractère transversal se mesure également à l’aune des différents sujets traités dans cette résolution : activités quotidiennes de l’organisation (services de conférences, département de l’information publique et, plus précisément, sites internet, gestion des ressources humaines, etc…) mais aussi dans ses activités extérieures (cf. l’appréciation positive portée sur les centre d’informations des nations unies. Cette approche globale du multilinguisme trouve également son sens dans la mention, dans la résolution, des langues autres que de travail ou officielles et qui y ont naturellement toute leur place : l’AG souligne ainsi pour la première fois l’importance de fournir les informations, l’assistance technique et les outils de formation émanant de l’ONU, dans toute la mesure du possible, dans les langues locales des pays bénéficiaires. Enfin, ma délégation ne peut que se réjouir que, là aussi pour la première fois, il soit fait mention dans cette résolution des langues et langages pratiqués par les personnes atteintes d’un handicap.

Le texte défend ensuite une vision équilibrée et ambitieuse du multilinguisme. Equilibrée car le projet se fait à coûts budgétaires constants. Equilibrée parce qu’il est fait mention d’un certain nombre d’initiatives ou de mesures déjà prises par le secrétariat : je pense au lancement du site intranet de l’Onu ; je pense également à l’établissement de partenariats extérieurs entre l’ONU et des établissements d’enseignement supérieur pour accroître le nombre de pages internet disponibles, comme cela est le cas pour les langues russe, espagnole et chinoise ; équilibrée enfin car, là aussi pour la première fois, mention est faite des langues officielles de l’ONU utilisant des lettres non latines et bidirectionnelles. Ce projet de résolution est aussi ambitieux car l’Assemblée générale décide d’aller de l’avant sur un certain nombre de dossiers concrets : j’en ai évoqué un certain nombre à l’instant mais je voudrais également mentionner la proclamation de 2008, année internationale des langues ou bien encore le fait que l’AG prend acte de la proposition du Secrétaire général relative au réseau informel de points focaux chargés de soutenir le coordinateur multilinguisme, dont l’AG demande d’ailleurs la nomination.

L’adoption de cette résolution multilinguisme n’est naturellement pas une fin en soi. Elle n’en constitue pas moins une étape importante pour l’action des nations unies car le multilinguisme est l’équivalent linguistique, culturel voire civilisationnel, du multilatéralisme. N’oublions pas en effet que la Charte des nations unies commence par ses mots : " Nous, peuples, des nations unies… ".

Le droit à l’usage de sa langue, la capacité à communiquer et donc à comprendre et se faire comprendre, la préservation d’un héritage souvent vieux de plusieurs siècles ou millénaires doivent bien être au coeur de la mission des nations unies. Deux grands hommes de lettre du XIXème siècle l’ont merveilleusement illustré : pour Stendhal, " le premier instrument du génie d’un peuple, c’est sa langue " ; pour Goethe, " celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne connaît rien de sa propre langue ".

Il est pour nous donc essentiel que nous nous mobilisions pour donner vie au principe du multilinguisme dans et hors les nations unies. C’est l’objet même de cette résolution.

Je ne voudrais pas terminer mes propos sans remercier vivement les très nombreux co-auteurs de ce projet de résolution qui ont souhaité marquer de façon symbolique leur plein soutien à celui-ci. 113 Etats membres, un record pour cette résolution, ont ainsi accepté de le co-parrainer.

Je vous remercie./.



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