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12 février 2008 - Conseil de sécurité - Intervention prononcée par M. Bernard Kouchner, Ministre des affaires étrangères et européennes

Intervention prononcée par S.E. M. Bernard Kouchner,Ministre des Affaires étrangères et européennes, 12 février 2008

Monsieur le président Navarro que je félicite,

Monsieur le Ministre Charles Michel

Madame la Représentante spéciale

Madame la Directrice

Mesdames, Messieurs

La tragédie des enfants soldats nous impose d’être déterminés et intraitables. Malgré les innombrables et inévitables difficultés, que nous connaissons, nous ne devons avoir qu’un but : l’éradication de cette barbarie. C’est pourquoi je me félicite d’avoir pu faire le déplacement de Paris pour être ici aujourd’hui avec vous, autour d’un projet qui est un défi à toutes nos valeurs, et sur un sujet qui est une insulte à ce que nous sommes. L’ONU doit jouer un rôle central dans la lutte contre cette forme odieuse d’esclavage qui fait des victimes et des bourreaux.

Déjà, la création en 2005 du groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés nous a permis d’agir. Ce mécanisme novateur et profondément original, que la France a largement contribué à mettre sur pied et que nous nous honorons de présider depuis l’origine, a permis des progrès tangibles. Des milliers d’enfants ont été libérés, rendus à la vie civile, notamment au Burundi, en Côte d’Ivoire ou en République Démocratique du Congo et j’en passe des pays.

Des recommandations ont pu être émises dans dix des douze " situations " à l’ordre du jour et le groupe de travail devrait prochainement se pencher sur les derniers deux cas en suspens, ceux de la Colombie et des Philippines. Enfin, nous allons pour la première fois rayer l’ensemble des parties belligérantes précédemment pointées du doigt dans un pays de la triste liste : la Côte d’ivoire.

Ces avancées substantielles n’auraient pu être réalisées sans la détermination des membres du Conseil de Sécurité, que je salue. Mais nous savons qu’elles doivent aussi beaucoup à la représentante spéciale du Secrétaire général sur les enfants dans les conflits armés, Mme Coomaraswamy, à laquelle je tiens à rendre hommage, ainsi qu’à l’Unicef. Je tiens également à noter la collaboration, pour certains d’entre eux sur une base volontaire, de l’ensemble des pays affectés par ce fléau horrible. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés.

Malgré ces succès importants, je ne voudrais pas donner l’impression que tous les problèmes sont en passe d’être réglés. Il nous reste beaucoup à faire. Réapparition des enfants sur les champs de bataille au Sri Lanka, en République Démocratique du Congo ou en Birmanie. J’étais dans ces pays récemment, je pourrai vous raconter l’horreur que j’ai encore dans les yeux.

Inscription aujourd’hui même des parties aux conflits en République Centrafricaine et en Afghanistan sur la liste des situation préoccupantes : de nombreux éléments nous rappellent quotidiennement le caractère éternellement inachevé de ce combat. Comme toujours, la communauté internationale doit rester mobilisée et redoubler d’efforts.

La France souhaite notamment que soit renforcée la dimension dissuasive du groupe de travail. Ses membres ne doivent pas reculer devant l’adoption de sanctions fortes et ciblées . Ou alors à quoi servons nous ?Il en va de sa crédibilité : il n’y a pas de dissuasion crédible sans sanction réelle.

La justice pénale internationale - Cour Pénale Internationale ou tribunaux spéciaux - a accompli cette année des progrès essentiels par des actions spectaculaires, notamment à l’encontre de Germain Katanga, de Charles Taylor ou du colonel Mathieu Ngudjolo Chui, entre autres sous le chef d’inculpation d’utilisation et de recrutement d’enfants de moins de 15 ans. Le groupe de travail doit impérativement renforcer son action en demandant l’instauration de sanctions contre les parties non coopératives. Le mandat du groupe de travail ne se limite pas à la seule question des enfants soldats.

Majeure certes, Il examine et formule également des recommandations concernant cinq autres graves violations des droits de l’enfant, dont les violences sexuelles. A l’occasion d’une visite en République Démocratique du Congo le mois dernier, j’ai pu constater sur place la gravité et l’ampleur de crimes sexuels massifs, systématiques et planifiés, employés comme arme de guerre. Cette barbarie aussi nous concerne tous. Là encore, notre inaction serait coupable.

Et je salue d’ailleurs le fait que dans la Constitution de la République Démocratique du Congo, ce crime figure comme crime suprême. Le groupe de travail doit impérativement renforcer son action sur le sujet. Il doit demander dans ses recommandations l’élaboration par les belligérants de plans d’action de lutte contre les violences sexuelles et suivre leur mise en oeuvre.

Il peut paraître paradoxal de demander aux belligérants eux-même de combattre ces crimes et pourtant c’est essentiel. Les responsables militaires doivent absolument en tenir contre. C est peut être paradoxal et ça à l’air immoral, c’est efficace.

Il doit renforcer la lutte contre l’impunité en exigeant sans relâche l’arrestation des responsables de ces viols et lancer aux gouvernements des appels en ce sens. Au-delà, je crois que le moment est venu de réfléchir ensemble à la possibilité de permettre au groupe de travail de s’attaquer au drame des violences sexuelles, indépendamment de l’existence ou non d’enfants soldats dans le pays concerné. Il s’agirait indiscutablement d’une avancée considérable.

De même que nous avons su prendre à bras le corps le problème des enfants soldats, je suis certain que nous parviendrons à trouver un consensus sur la nécessité de remédier aux violences sexuelles.

Pour avancer sur ces sujets, je le disais à l’instant, l’action du Conseil de Sécurité est irremplaçable. Elle n’empêche pas d’autres initiatives.

L’Union européenne a adopté en 2003 des lignes directrices et un plan d’action à ce sujet. Elle a en outre décidé en décembre dernier d’étendre à 19 pays la liste des situations prioritaires où elle interviendra à l’avenir. Et la présidence slovène de l’Union a décidé de faire des enfants dans les conflits armés sa priorité en matière de droits de l’homme, ce dont je me réjouis.

La France, quant à elle, a organisé en février 2007 avec l’Unicef la conférence ministérielle " libérons les enfants de la guerre ", au cours de laquelle 59 pays ont souscrit aux " Engagements de Paris ", ensemble de principes et de bonnes pratiques qui permettront de renforcer significativement notre action. Dans le prolongement de ce succès, nous avons organisé en octobre dernier, toujours avec l’Unicef, une réunion ministérielle de suivi, qui a notamment permis de recueillir le soutien de 7 nouveaux pays aux Engagements de Paris. Et, le 16 janvier 2008 nous avons tenu avec les principaux acteurs concernés une réunion de travail qui a débouché sur la création d’un forum de suivi des " Engagements de Paris ", et dont Madame Rama Yade s’occupe. Sa première réunion est prévue en septembre 2008, en marge de l’AGNU : je vous remercie d’avance de votre participation active et déterminée.

Encore une fois, cette cause doit nous mobiliser tous, totalement, inlassablement. C’est le moins que nous puissions faire pour ces dizaines de milliers d’enfants, victimes innocentes d’une barbarie qui à travers eux s’attaque à l’avenir même de notre commune humanité.

Je vous remercie./.



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