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20 Mai 2008 - Conseil de sécurité - Consolidation de la paix - Intervention de Mme Rama Yade, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Affaires étrangères, chargée des Affaires étrangères et des droits de l’Homme

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs,

Bien évidemment au nom de la France, je voudrais me joindre à mes collègues pour dire à la Chine et à la Birmanie ma tristesse devant la catastrophe humanitaire qu’ils subissent en ce moment.

Je tiens d’abord à remercier chaleureusement M. Milliband et le Royaume-Uni, qui préside notre Conseil aujourd’hui, pour avoir pris l’initiative d’organiser ce débat public sur la stabilisation post-conflit.

La stabilisation post-conflit figure aujourd’hui au cœur des préoccupations de la communauté internationale, et d’abord du Conseil de sécurité.

Durant la période cruciale de sortie de crise, la communauté internationale se doit de soutenir des institutions nationales encore précaires et leur permettre de répondre aux besoins élémentaires de la population.

Naturellement la tenue d’élections est souvent une étape capitale et nécessaire au retour d’un pays vers la paix, la stabilité et la démocratie. Mais reconnaissons qu’elle n’en est pas pour autant une condition suffisante. Nous avons devant nous malheureusement des exemples à cet égard très préoccupants que ce soit au Timor Oriental ou en Haïti.

(2) Alors, quelles réponses pouvons-nous proposer à ces nouveaux enjeux ?

Nous devons travailler à renforcer les capacités internationales de l’ONU pour agir à chaque étape d’une crise, depuis la menace de conflit jusqu’à la reconstruction, en passant par le maintien de la paix et la stabilisation.

Il s’agit là d’une vision et d’un engagement que nous partageons avec le Royaume-Uni, comme l’ont rappelé le Président de la République et le Premier Ministre Gordon Brown lors du sommet franco-britannique du 27 mars dernier. A cet effet, nous souhaitons développer notre action suivant quatre axes, sans préjudice des positions de l’Union européenne que va défendre tout à l’heure la Slovénie, et dont la France est bien évidemment totalement solidaire :

Le premier axe c’est que nous devons d’abord renforcer la cohérence des interventions de la communauté internationale en phase post-conflit, en intégrant leurs différentes dimensions : politique, sécuritaire, humanitaire et de développement.

En Afghanistan, par exemple, l’ensemble de la communauté internationale est convaincue de la nécessité de mettre en œuvre une stratégie globale civile et militaire. C’est le sens de la résolution 1806 du Conseil de sécurité qui a confié au nouveau représentant spécial du SGNU une mission de coordination de l’effort international qui inclut ces deux aspects.

La Commission de consolidation de la paix (CCP) des Nations unies constitue également un premier effort de mise en cohérence de l’action de la communauté internationale. Nous pensons qu’une amélioration des méthodes de travail de cette Commission est souhaitable pour lui permettre de mieux atteindre cet objectif.

Monsieur le Président, nous devons également renforcer notre action dans certains des aspects essentiels de la stabilisation.

Parmi les enjeux cruciaux que sont la promotion d’un Etat de droit, la mise en place d’une justice efficace et indépendante ou le développement d’une bonne gouvernance, la réforme des secteurs de sécurité constitue une étape indispensable, souvent cruciale.

L’action des Nations unies dans ce domaine doit être encouragée, comme l’a fait le Conseil de sécurité le 12 mai dernier. Je veux donc renouveler le soutien de la France au travail mené par le Secrétaire général des Nations unies pour définir une approche de l’Organisation en matière de RSS. Je voudrais également souligner l’importance de la lutte contre l’impunité, qui est la condition première d’une authentique réconciliation sans laquelle aucune paix durable et aucun développement ne sont possibles.

La France a été à l’origine de la résolution 1593 du CSNU saisissant la CPI de la situation au Darfour.

C’est également un expert français qui a élaboré les principes directeurs des nations unies sur la lutte contre l’impunité.

Nous soutenons donc naturellement les processus nationaux initiés au Burundi, en Mauritanie ou au Togo en ce sens.

Nous continuerons à appuyer résolument l’action de la justice pénale internationale, et plus particulièrement de la CPI, dont les décisions doivent être exécutées.

Troisième axe qui me tient à cœur : celui de la promotion et de la garantie du respect des droits de l’homme dans les sociétés sortant de crise.

Il ne peut y avoir à long terme de paix, ni de sécurité, ni de développement, si les droits civils et politiques, mais aussi les droits économiques sociaux et culturels, sont bafoués.

Comment un Etat peut-il espérer se reconstruire sans s’appuyer sur l’énergie de son peuple, son inventivité, son esprit d’entreprise, sans lui garantir une liberté d’expression et d’association qui lui permette de pleinement exprimer son potentiel ?

Comment pourrions nous espérer reconstruire une société stable et démocratique, si le droit à l’éducation, qu’il s’agisse de l’éducation primaire universelle ou de l’accès des femmes à l’éducation n’est pas respecté ?

Comment rebâtir des sociétés dont les forces vives seraient décimées par des pandémies ou dans lesquelles les femmes seraient marginalisées ?

C’est dans cette perspective que la France appelle de ses vœux une mondialisation équitable et régulée, mais aussi, qu’elle œuvre, au-delà de la promotion des droits civils et politiques, à la promotion des droits économiques, sociaux et culturels ainsi que du droit au développement, avec des initiatives telle que la contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion.

Tel est également le sens du combat que nous menons contre le fléau des enfants soldats et c’est pourquoi la France a décidé de créer un forum de suivi des engagements de Paris qui contribuera à faciliter le financement des programmes de réinsertion sociale des ex-enfants soldats.

Là aussi nous devons inscrire notre action dans la durée.

C’est pourquoi il est également indispensable de renforcer la mise en œuvre de la résolution 1325 du CSNU " femmes, paix et sécurité " dans toute ses dimensions. Nous le devons tant afin de lutter contre les violences sexuelles et l’impunité dont bénéficient encore trop souvent les auteurs de ces insupportables exactions que de garantir la place des femmes dans tout processus de paix et de reconstruction.

d) Enfin, la France entend appuyer l’action des Nations unies en matière de stabilisation post-conflit en mobilisant les capacités de l’Union européenne.

D’une manière générale, nous soutenons le développement des capacités des organisations régionales, notamment de l’Union africaine, sur les questions de sécurité.

Nous souhaitons tout particulièrement développer la coopération entre l’Union européenne et les Nations unies sur ces aspects.

L’Union européenne dispose d’une large palette d’instruments et d’une expérience opérationnelle qui peuvent être mises à la disposition des Nations Unies.

C’est vrai pour les missions de la PESD dans les domaines de la politique européenne de défense, dans les domaines de la réforme des secteurs de sécurité en RDC ou en Guinée Bissao, de l’Etat de droit en Irak ou en Géorgie, ou de police en Afghanistan et en Bosnie.

Le développement du partenariat entre les Nations unies et l’Union européenne sur les questions de sécurité au sens large sera donc une priorité de la présidence française de l’UE et nous entendons y travailler concrètement.

Monsieur le Président, je vous remercie./.



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