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22 janvier 2008 - Conseil de Sécurité - Situation à Gaza - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

Je voudrais tout d’abord remercier M. Pascoe pour sa présentation.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner la situation à Gaza, qui connaît une évolution dramatique depuis plusieurs jours. Compte tenu de la gravité de ces événements, la France estime très opportun que le Conseil de sécurité examine cette question.

Mais il semble en premier lieu nécessaire de rappeler le contexte dans lequel s’inscrit la situation à Gaza. Il est en effet indispensable de conserver à l’esprit la perspective tracée à Annapolis par les parties elles-mêmes, qui fixe l’objectif que tous doivent poursuivre d’ici à la fin de l’année : la création d’un Etat palestinien démocratique, viable et vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël. C’est une perspective et un processus qui nous engagent tous. La réalisation de cet objectif passe, en premier lieu, par un soutien au Gouvernement Israélien et à l’Autorité Palestinienne dans leurs négociations sur les questions substantielles, qui ont récemment commencé. Israéliens comme Palestiniens devront faire preuve de l’audace et de la créativité nécessaires pour trouver les voies difficiles d’un règlement.

Cela passe également par la poursuite du soutien politique et financier au gouvernement du Président Mahmoud Abbas et du Premier Ministre Salam Fayyad, afin de rendre crédible et réalisable leur vision du futur Etat palestinien. Concrètement, cela signifie que le signal fort envoyé lors de la conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien qui s’est tenue à Paris le 17 décembre dernier à Paris doit se traduire en actes.

A Paris, et depuis, les délégations de 87 pays et organisations internationales se sont engagées à fournir un montant qui atteignent 7,7 milliards de dollars pour soutenir la construction institutionnelle d’un Etat palestinien et la reprise économique dans les trois années qui viennent. Tous, Etats et organisations internationales, devons dorénavant délivrer l’aide promise. A défaut, le peuple palestinien ne verra pas d’amélioration concrète de ses conditions de vie et les opposants au processus de paix se renforceront.

La France reste pour sa part résolument engagée : le Ministre français des affaires étrangères réunit aujourd’hui même à Paris les co-présidents de la Conférence de Paris (le MAE de Norvège, M. Tony Blair et la Commissaire européenne concernée), afin d’assurer, à un niveau politique, le suivi de la Conférence du 17 décembre. Pour en venir à la situation à Gaza, la France souligne, de manière constante, l’importance que revêt le renforcement de la confiance sur le terrain. Pour que la dynamique d’Annapolis soit maintenue, il est essentiel que les populations israélienne et palestinienne puissent constater une évolution positive de leur situation, en matière de sécurité comme sur le plan économique. Or, pour le moment, on ne peut que constater une évolution inverse. Il appartient aux parties de remplir leur engagement de mettre en œuvre, sans délai, la première phase de la Feuille de route. Nous connaissons tous les termes de l’équation sur le terrain. Israël doit ainsi faire plus s’agissant de la libération de prisonniers et de la levée des restrictions à la circulation en Cisjordanie. Israël doit cesser toute expansion des colonies et démanteler les colonies sauvages. Les Palestiniens doivent quand à eux augmenter leurs efforts s’agissant de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme.

C’est dans ce contexte que doivent s’analyser les récents évènements qui se sont produits à Gaza. Gaza se trouve de fait, depuis juin dernier et la prise du pouvoir par le Hamas par la violence, dans une situation de crise, qui ne saurait durer et que pourrait résoudre l’établissement d’un dialogue inter-palestinien. Il faut aussi bien entendu que le Hamas accepte de respecter le droit à l’existence d’Israël, de renoncer à la violence et de respecter les engagements antérieurement conclus.

La réalité sur le terrain aujourd’hui, comme vient de nous l’expliquer en détail le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, c’est une augmentation sensible de la violence et une détérioration grave de la situation humanitaire. Cette situation est insupportable et il convient d’y remédier sans délai.

Nous condamnons les violences actuelles sous toutes leurs formes. Des centaines de roquettes se sont abattues depuis plusieurs mois sur le territoire israélien en provenance de la bande de Gaza. Nous appelons avec la plus grande fermeté à la cessation de ces tirs. Aucun Etat ne saurait tolérer qu’une telle menace pèse sur sa population civile sans faire usage de son droit légitime à se défendre. Mais ce droit ne peut être exercé sans mesure. Les forces de défense israéliennes doivent épargner les civils, qui ont été à nouveau victimes (tués ou blessés) des opérations de ces derniers jours.

Par ailleurs, la situation humanitaire, déjà dégradée dans le territoire, devient extrêmement préoccupante. La France déplore vivement la décision prise par le gouvernement israélien de mettre en œuvre le blocus de Gaza, avec notamment pour conséquence la coupure de l’alimentation en électricité. Les mesures mises en œuvre conduisent à punir collectivement l’ensemble de la population civile, déjà très affectée. Ce n’est pas acceptable. La France appelle à la reprise immédiate de l’ensemble des livraisons de fioul et au maintien des services essentiels.

Avec nos partenaires de l’Union européenne, et à l’instar du Secrétaire général des Nations unies, nous réitérons également notre appel pour une levée de tous les obstacles aux activités humanitaires ce qui passe, notamment, par l’ouverture des points de passage, pour les biens et les personnes. Une telle évolution, par le biais notamment de la mise en oeuvre de l’Accord sur les Mouvements et les Accès, est essentielle pour l’application des projets du gouvernement palestinien dans le prolongement de la Conférence de Paris.

Comme vient de la dire le Secrétaire général adjoint, de manière générale, nous appelons au respect par les parties de leurs obligations au titre du droit international, notamment du droit international humanitaire.

Monsieur le Président

Nous avons reçu le projet de déclaration présidentielle diffusé par la Présidence libyenne. La France est prête à travailler à l’adoption d’un texte, qui marquerait la préoccupation du Conseil à l’égard de l’ensemble de la situation. A cet égard, le texte proposé mériterait selon nous d’être amendé, afin de prendre en compte tous les aspects de la dégradation actuelle de la situation à Gaza.

Je vous remercie./.



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