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25 Mars 2008 - Conseil de sécurité - Situation au Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je tiens, tout d’abord, à remercier le Secrétaire général des Nations unies pour ses propos introductifs et M. Pascoe pour sa présentation.

Leurs interventions soulignent le caractère très préoccupant du regain de violence entre Israéliens et Palestiniens au cours du mois passé. Une fois de plus, les populations civiles ont été sévèrement éprouvées. Dans ces conditions, la première urgence est la cessation de toutes les violences.

La France condamne, en premier lieu, tous les actes terroristes dont l’existence a pour objet de saper le processus de paix : je pense, tout d’abord, à l’horrible attentat perpétré, le 6 mars, contre un séminaire à Jérusalem ; je pense aussi aux tirs de roquettes visant les populations civiles du sud d’Israël.

La France a par ailleurs condamné la récente opération militaire israélienne à Gaza qui a fait, comme l’a souligné le Secrétariat, un grand nombre de victimes civiles, notamment des femmes et des enfants. En vertu du droit international, le droit d’Israël à la légitime défense ne peut pas être exercé de manière disproportionnée ou excessive.

La relative accalmie de ces derniers jours est encourageante. Elle reste néanmoins fragile ; nous soutenons tous les efforts, notamment ceux des parties et des Etats de la région, qui pourraient permettre de parvenir à un arrêt des violences.

La perspective qui a été tracée, par les parties, à Annapolis -un accord sur la création d’un Etat palestinien démocratique, viable et vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël avant la fin 2008- doit être préservée et soutenue. Au-delà de la fin des violences, cela passe par un renforcement de la confiance sur le terrain afin que les populations israélienne et palestinienne puissent constater des évolutions positives dans leur vie quotidienne .

A ce titre, il n’est pas possible d’occulter la situation à Gaza. Une politique de bouclage de ce territoire et de punition collective est, en premier lieu, contraire au droit international mais, au surplus, elle va dans le sens inverse du renforcement de la sécurité d’Israël.

Comme le soulignera au nom de l’Union européenne la Présidence slovène dans sa déclaration à laquelle la France s’associe pleinement, nous demandons une réouverture de tous les points de passage de et vers Gaza, que ce soit pour des activités humanitaires ou commerciales. Nous notons avec satisfaction que les passages semblent moins difficiles depuis quelques jours : cette évolution doit se poursuivre. L’Union européenne est disposée à reprendre sa mission de suivi à Rafah conformément à l’accord de novembre 2005 sur les déplacements et les accès. Tous les efforts destinés à faciliter un règlement pacifique de la crise actuelle doivent être encouragés car il n’existe pas de solution militaire.

Pour ce faire, il faudra sans doute, le moment venu, parler avec le Hamas qui doit de son côté renoncer à la violence, reconnaître Israël et respecter les principes du processus de paix. La position de la communauté internationale sur cette question est claire. Il appartient avant tout aux Palestiniens, sans doute avec l’aide d’Etats de la région, de déterminer les conditions d’un éventuel dialogue en vue d’une réconciliation inter-palestinienne. La France salue à cet égard les efforts du Président Yéménite, Ali Abdallah Saleh.

Au-delà de Gaza, nous devons continuer à apporter un soutien politique et financier au gouvernement du Président Mahmoud Abbas et du Premier Ministre Salam Fayyad, et à leur vision du futur Etat palestinien. C’était l’objet de la Conférence de Paris de décembre dernier dont les premiers résultats commencent à se faire sentir, notamment en matière de stabilisation budgétaire. Il faut maintenant donner un nouvel essor à cette démarche. Cela implique que les bailleurs s’acquittent rapidement de leurs engagements. Cela implique aussi que l’Autorité palestinienne poursuive ses efforts en vue d’une mise en œuvre rapide et complète du plan de réformes annoncé. A cet égard, nous relevons en particulier la forte mobilisation des Palestiniens en vue d’assainir les finances publiques et les efforts importants qu’ils font pour réformer les services de sécurité. Cela implique enfin qu’Israël favorise une amélioration de la circulation des biens et des personnes qui, comme l’ont souligné le FMI et la Banque mondiale, constitue une condition préalable à une pleine reprise économique.

Aujourd’hui même, le Ministre français des affaires étrangères était à Bruxelles avec son homologue norvégien, la Commissaire européenne chargée des relations extérieures et Tony Blair pour une deuxième réunion de suivi de la Conférence de Paris. La prochaine réunion à Londres et les conférences à venir à Bethléem et Berlin s’inscrivent également dans la même perspective et sont pleinement soutenues par la France.

Enfin et surtout, la confiance sur le terrain (et la solidité même du processus d’Annapolis) se mesurera par la capacité des parties à remplir, sans délai, leurs engagements et obligations, notamment au titre de la Feuille de route.

Nous connaissons tous les termes de l’équation : les Palestiniens doivent poursuivre leurs efforts s’agissant de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. De son côté, Israël doit faire plus s’agissant de la libération de prisonniers ou encore de la levée progressive des restrictions à la circulation en Cisjordanie. Israël doit également mettre un terme à tout type d’expansion des colonies et doit démanteler les avant-postes sauvages. A cet égard, la France déplore les récentes annonces d’extension de certaines colonies. La colonisation doit cesser car elle constitue un obstacle majeur à la paix en préjugeant du statut final. Comme l’a souligné récemment le Président de la République, nous estimons que la colonisation va à l’encontre de la sécurité de l’Etat d’Israël.

Avec l’Union européenne, et notamment dans le cadre du Quartet, la France apportera aux autorités américaines toute l’aide requise dans leur tâche de supervision de la mise en œuvre par les parties de leurs obligations et engagements, tels que rappelés à Annapolis.

La communauté internationale doit soutenir les parties dans leurs efforts et les aider à trouver les solutions créatives et à accepter les douloureux compromis sur le chemin de la paix. La France estime que le Conseil de sécurité a un rôle important à jouer dans le cadre de ce processus. De même, nous réaffirmons notre soutien à l’initiative arabe de paix qui constitue, comme les résolutions du CSNU et le principe de l’échange de la terre contre la paix, l’un des fondements d’un règlement global.

Monsieur le Président, je souhaite également dire quelques mots de la situation au Liban où la priorité demeure la sortie de l’impasse politique. Ma délégation a ainsi pris note du nouveau report, au 22 avril, de la session du parlement prévue pour l’élection du président. Cette situation est porteuse de risques. A quelques jours du sommet de la Ligue arabe, où nous déplorons que le Liban ne puisse être représenté par un Président, la France réitère le soutien, qu’elle apporte depuis l’origine avec l’Union européenne, au plan de la Ligue arabe, ainsi qu’aux efforts de son secrétaire général.

Elle réaffirme son soutien au gouvernement légitime et démocratiquement élu du Liban, en charge jusqu’à la tenue des élections.

Elle veut également rappeler l’importance que les parties concernées, à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban, fassent preuve de retenue et de sens des responsabilités face à la tension entretenue par l’impasse politique.

Elle veut enfin souligner l’importance de la mise en œuvre des résolutions du Conseil, en particulier des résolutions 1757 et 1701.

Je vous remercie./.



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