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30 janvier 2008 - Conseil de Sécurité - Situation au Proche-Orient - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Je tiens, tout d’abord, à remercier M. Pascoe pour son exposé très complet et qui dressse un tableau très sombre de la situation au Proche-Orient.

1.Je voudrais, en premier lieu, dire quelques mots sur le Liban, où la situation suscite notre vive préoccupation et doit retenir toute notre attention :

En réitérant notre plus ferme condamnation de l’ensemble des assassinats et des tentatives d’assassinats perpétrés dans ce pays depuis octobre 2004, nous devons déplorer une très sensible dégradation de la situation sécuritaire au Liban dans les deux derniers mois. Depuis la fin du mandat d’Emile Lahoud, quatre nouveaux attentats ont été perpétrés, qui semblent s’inscrire dans une véritable campagne de déstabilisation. Après l’assassinat du chef des opérations de l’armée, le 12 décembre, c’est une autre institution essentielle à la préservation de la stabilité de l’Etat libanais qui a été atteinte, avec l’attentat meurtrire perpétré, le 25 janvier, contre un officier des forces de sécurité intérieure. Le 15, un attentat a par ailleurs visé, pour la première fois depuis trois ans, un véhicule diplomatique. Enfin, le 8 janvier dernier, c’est une nouvelle fois la FINUL qui a été touchée. Nous tenons à renouveler tout notre appui à la force qui accomplit un travail remarquable de stabilisation au Sud-Liban dans des conditions difficiles.

Comme l’a rappelé hier le Conseil de sécurité, il est de la plus haute importance que les auteurs et les commanditaires de ces crimes soient traduits en justice et que l’impunité cesse enfin au Liban. Ma délégation veut de ce point de vue réitérer son soutien aux efforts du Secrétaire général des Nations unies pour mettre en place, des que possible et conformément et à la R1757 du Conseil, le tribunal spécial.

Enfin, ma délégation a suivi avec préoccupation les événements de ce week-end et déploré les victimes des incidents de Beyrouth. La retenue et le sens des responsabilités doivent absolument prévaloir. Toute la lumière devra être faite sur les circonstances de ces événements.

Cette recrudescence de l’instabilité est d’autant plus préoccupante qu’elle se conjugue à une prolongation des blocages politiques et du vide à la tête de l’Etat libanais. Ma délégation veut naturellement marquer que la priorité demeure, plus que jamais, la sortie de cette impasse politique et donc en premier lieu la tenue d’une l’élection présidentielle, == sans délais ==, et selon les règles constitutionnelles libanaises, dans un esprit de large rassemblement.

C’est à ce titre que la France apporte aujourd’hui son plein soutien à l’initiative de la Ligue arabe et aux efforts de son Secrétaire général. Mon pays reste lui-même pleinement disponible, dans la continuité de son engagement, pour favoriser une sortie de crise au Liban suivant les Lignes contenues dans le plan de la Ligue arabe.

Dans ce contexte très préoccupant sur le plan sécuritaire et politique, la communauté internationale doit marquer sa détermination à agir pour favoriser la pleine mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité, en vue de garantir la souveraineté, la stabilité, l’unité et l’indépendance du Liban.. Ma délégation tient à réitérer, comme l’a fait l’Union européenne il y a deux jours, son plein appui au gouvernement légitime du Liban, ainsi qu’à ses forces armées et à ses forces de sécurité dans leurs efforts pour maintenir la stabilité du pays.

La communauté internationale doit appeler les parties concernées, au Liban et à l’extérieur, à assumer == sans délais == leurs responsabilités et à respecter leurs engagements.

2. J’en viens maintenant au dossier israélo-palestinien :

 Nous avons pendant plusieurs jours essayé, au sein de ce Conseil, de parvenir à une réaction consensuelle à la dégradation de la situation humanitaire à Gaza et à la recrudescence de violence à Gaza et dans le sud d’Israël. Malgré nos efforts, nous n’avons pas pu aboutir à l’adoption d’une déclaration présidentielle.

Cela est d’autant plus regrettable que le Conseil était proche d’un accord qui aurait permis de réagir à la gravite de la situation et pour la première fois de condamner la recrudescence de la violence, en particulier les attaques terroristes de roquettes contre Israël qui ont très sensiblement augmentés depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas.

La France continuera à œuvrer pour que le Conseil de sécurité joue le rôle qui devrait être le sien dans le conflit israélo-palestinien. Nous sommes encouragés par l’ouverture qu’ont montrée toutes les délégations (notamment américaine) et nous souhaitons continuer dans ce sens : nos efforts devront porter, en premier lieu, sur une prise en compte aussi objective et complète que possible de la réalité de cette région du monde, qui constitue un préalable à une action efficace du Conseil.

La réalité concernant Gaza est celle d’une augmentation insupportable de la violence que nous condamnons sous toutes ses formes.

Nous appelons ainsi avec la plus grande fermeté à la cessation des tirs de roquettes et d’obus de mortiers qui menacent quotidiennement les civils habitant le sud d’Israël. Aucun Etat ne saurait tolérer une telle menace terroriste pèse sur sa population civile sans faire usage de son légitime droit de se défendre. Mais, dans le même temps, ce droit ne peut être exercé sans mesure : nous appelons donc les autorités à faire preuve de la plus grande retenue dans l’exercice de ce droit, en respectant pleinement le droit international et en évitant les actions mettant en danger les populations civiles.

De manière constante, la France exprime sa préoccupation s’agissant de la situation humanitaire à Gaza. Malgré le travail admirable des agences des Nations unies et des travailleurs humanitaires, elle s’est sensiblement dégradée ces derniers jours et qui a abouti aux récents événements à la frontière avec l’Egypte. Là encore, il y a une réalité que nous ne pouvons et ne devons pas occulter. La France estime que des mesures, comme la coupure de l’alimentation en électricité, visant à mettre en œuvre un blocus sur Gaza conduisent à punir collectivement l’ensemble de la population civile. La France déplore ces mesures et appelle à la reprise immédiate des livraisons de fioul et au maintien des services essentiels. Nous notons à cet égard les récentes déclarations du gouvernment israélien, rappelées par l’Ambassadeur Gillerman, de faire tout son possible pour que les besoins humanitaires de toutes les populations civiles soient assurées.

Avec nos partenaires de l’Union européenne, nous réitérons également notre appel pour une levée de tous les obstacles aux activités humanitaires ce qui passe, notamment, par l’ouverture des points de passage pour les biens et les personnes. A cet égard, je souligne le soutien apporté par l’Union européenne à la porposition de l’autortié Palestinienne, rappelée par l’Ambassadeur Mansur, d’assurer elle-même le contrôle des points de passage. De manière générale, nous appelons au strict respect du droit international notamment du droit international humanitaire et des droits de l’Homme.

S’agissant de la situation à la frontière égyptienne, la France salue les efforts du gouvernement égyptien. Nous exprimons, notre disposition, avec nos partenaires de l’Union européenne, à contribuer à la stabilisation de la situation dans le cadre d’un accord entre l’Autorité palestinienne, l’Egypte et Israël.  L’évocation de la situation à Gaza permet de mettre en exergue l’importance que revêt le renforcement de la confiance sur le terrain. Pour que la dynamique d’Annapolis soit maintenue, il est essentiel que les populations israélienne et palestinienne puissent constater des évolutions positives dans leur vie quotidienne. Or, pour le moment, on ne peut que constater une évolution inverse.  En effet, au-delà de Gaza, il appartient aux parties de remplir leur engagement de mettre en œuvre, sans délai, la première phase de la Feuille de route. Nous connaissons tous les termes de l’équation sur le terrain : Israël doit ainsi faire plus s’agissant de la libération de prisonniers ou encore de la levée progressive des restrictions à la circulation en Cisjordanie. Israël doit également mettre un terme à tout type d’expansion des colonies et doit démanteler les avant-postes sauvages. A ce titre, et comme l’ont souligné ce 28 janvier les Ministres de l’Union européenne, nous sommes préoccupés par les récentes activités de colonisation, en particulier par les récents appels d’offres émis pour de nouvelles constructions à Har Homa. De leur côté, les Palestiniens doivent accroître leurs efforts s’agissant de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Avec l’Union européenne, et notamment dans le cadre du Quartet, nous apporterons toute l’aide requise aux autorités américaines dans leur tâche de supervision de la mise en œuvre par les parties de leurs obligations et engagements, tels que rappelés à Annapolis.

 Car, la perspective que nous devons désormais garder à l’esprit a été tracée, par les parties, à Annapolis : elle vise à la conclusion d’un accord sur la création d’un Etat palestinien démocratique, viable et vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël avant la fin 2008. Cet objectif nous engage.  Pour ce faire, nous devons, en premier lieu, soutenir les deux parties dans leurs négociations sur les questions substantielles, qui ont récemment commencé. Israéliens comme Palestiniens devront faire preuve de l’audace et de la créativité nécessaires pour trouver les voies difficiles d’un règlement.  Par ailleurs, et cela nous semble également important, nous devons continuer à apporter un soutien politique et financier au gouvernement du Président Mahmoud Abbas et du Premier Ministre Salam Fayyad, et à leur vision du futur Etat palestinien. Concrètement, cela signifie que le signal fort envoyé lors de la conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien qui s’est tenue à Paris le 17 décembre dernier à Paris se traduise en actes. Je rappelle qu’à Paris, les délégations de 87 pays et organisations internationales s’étaient engagées à fournir un montant de 7,7 milliards de dollars pour soutenir la construction institutionnelle et la reprise économique des trois années à venir.

La France continuera ses efforts dans ce sens : Comme cea a été rappelé par le Secrétaire général adjoint, le Ministre français des affaires étrangères a réuni le 22 janvier les co-présidences de la Conférence de Paris (Norvège, T. Blair et Commission européenne) afin d’assurer, à un niveau politique, le suivi des contributions annoncées lors de la Conférence du 17 décembre ainsi que du programme de réformes préparé par l’Autorité palestinienne. Cette réunion a permis notamment de constater que, pour que la conjoncture économique s’améliore dans les territoires palestiniens, il était important : que les bailleurs s’acquittent rapidement de leurs engagements, notamment en matière d’aide budgétaire promise pour 2008. Par ailleurs, les bailleurs qui n’auraient pas déjà statué sur l’affectation de leur aide-projet ont été invités à allouer une partie de cette aide aux projets en matière de sécurité afin de conforter les efforts de l’Autorité palestinienne en la matière ; que l’Autorité palestinienne assure la mise en œuvre rapide et complète du plan de réformes annoncé ; qu’ Israël favorise une amélioration de la circulation des biens et des personnes qui, comme l’ont souligné le FMI et la Banque mondiale, constitue une condition préalable à une pleine reprise économique.

 Monsieur le Président,

Nous connaissons tous la complexité et la difficulté des conflits au Proche-Orient.. Pour autant, la France est décidée à tout mettre en œuvre pour aider les acteurs régionaux à saisir toute opportunité de marcher sur le chemin de la paix. Notre conviction est que nous avons le devoir impérieux de refuser l’option suicidaire de la résignation.

Je vous remercie.



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