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19 août 2008 - Conseil de Sécurité - Géorgie - Intervention du Représentant de la France

Monsieur le Président,

La France a demandé la tenue de cette réunion importante et urgente, car nous sommes extrêmement préoccupés par la situation actuelle en Géorgie.

Je voudrais rappeler le contexte qui nous a amenés à convoquer cette réunion.

Au lendemain du 7 août, pendant presque une semaine des combats ont fait rage, d’abord dans l’entité séparatiste d’Ossétie du Sud, puis dans l’ensemble du territoire géorgien avec l’intervention de l’armée russe, et également en Abkhazie. L’Histoire dira quel a été l’enchaînement des provocations et des réactions, mais une chose est claire : l’intervention de la Géorgie a été suivie d’une réponse brutale et disproportionnée par la Russie.

Ces violences ont engendré de très nombreuses victimes, au moins des centaines de morts et mis sur la route des milliers de réfugiés et de personnes déplacées. Des villages entiers ont été détruits. Un foyer d’instabilité s’est réveillé dans le flanc de l’Europe, qui menace la paix dans la région, et risque d’introduire des tensions sérieuses dans les relations internationales.

Depuis le début la France, au nom de l’Union européenne, s’est engagée massivement, au plus haut niveau, pour faire cesser les hostilités. Le Ministre français des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, s’est rendu à Tbilissi avec son homologue finlandais, qui préside l’OSCE. Le Président Sarkozy s’est rendu à son tour dans la région, où il a rencontré le Président Medvedev à Moscou et le Président Saakachvili à Tbilissi.

La médiation du Président Sarkozy, au nom de l’Union européenne a permis d’obtenir que la Russie, la Géorgie, et les deux entités séparatistes, s’engagent par écrit sur un plan en six points, que le Conseil de l’Union européenne a par ailleurs approuvé.

Ce plan ne règle pas tout, mais il constitue l’indispensable, et l’unique base dont nous disposons pour aboutir à une solution durable.

Les signataires se sont engagés à cesser les hostilités de manière définitive et à ne pas recourir à la force.

Ils se sont également engagés à se retirer immédiatement, pour les Russes, à leurs lignes de déploiement antérieures au 7 août, et pour les Géorgiens, à retourner dans leurs lieux de cantonnement habituels.

Monsieur le Président,

Le silence des armes est essentiel, mais le retrait des forces l’est tout autant.

Soyons clairs : ce sont les forces russes qui sont concernées au premier chef. L’armée géorgienne a été disloquée par le déploiement, à une vitesse surprenante, d’une force russe en surnombre massif. Elle a été complètement chassée d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Sur le reste du territoire géorgien, plusieurs de ses bases essentielles ont été investies, occupées, détruites en tout ou partie par l’armée russe. Je pense évidemment à Gori, mais aussi à Poti, Sénaki, Kaspi.

Les combats ont cessé, l’armée géorgienne est presque détruite, les forces russes doivent maintenant se retirer, conformément aux engagements pris. Par définition, cet engagement ne peut être tenu que par la Russie.

Le Président Medvedev s’est engagé le 12 août à retirer ses forces. Comme aucun mouvement ne s’annonçait, le Président de la République française lui a rappelé son engagement à plusieurs reprises. Le 17 août, il a contacté à nouveau le président Medvedev, qui s’est engagé à entamer le retrait en milieu de journée le 18 août. Les indications qui nous viennent du terrain et également celles que nous rapporte le secrétariat montrent qu’il n’en est encore rien, ou presque rien. Nous comprenons même que de nouveaux armements sont introduits par la Russie sur le territoire géorgien.

Le président de la République française s’est entretenu encore une nouvelle fois aujourd’hui avec M. Medvedev, qui l’a assuré désormais que le retrait aurait lieu d’ici le 22 août. Nous espérons que cette annonce sera suivie d’effet.

Le retrait russe est une condition essentielle pour que nous puissions passer à la mise en œuvre complète du plan en six points, en vue de parvenir à un accord de paix durable et un mécanisme international pour le garantir. La France et l’Union européenne sont plus que jamais déterminées à œuvrer pour y parvenir. L’Union a manifesté sa pleine disposition à s’engager sur le terrain. L’OSCE commence déjà à y contribuer, certes encore modestement, avec le déploiement de 20 observateurs supplémentaires.

Dans cette période difficile, notre attention ne doit pas être détournée de la situation humanitaire. J’aimerais rappeler à toutes les parties leur engagement à autoriser le plein accès humanitaire sur le terrain. Je souhaite également leur rappeler les obligations qui découlent des accords de Sotchi et des décisions suivantes, sur la nécessité de maintenir l’ordre et d’empêcher que des troupes irrégulières ne causent des dommages à la population civile. Je souhaite aussi rappeler l’urgence que les réfugiés et les personnes déplacées puissent revenir rapidement dans leurs foyers.

Enfin, nous saluons l’échange de 20 prisonniers qui vient d’intervenir aujourd’hui, grâce à la médiation de l’Ambassadeur de France à Tbilissi. Nous espérons que le protocole d’accord signé à cet occasion soit étendu à de nombreux autres échanges de ce type.

Monsieur le Président,

Nous souhaitons parvenir le plus vite à un règlement durable, qui respecte la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de la Géorgie, et le retrait des forces est un préalable indispensable. C’est dans cet esprit que nous avons diffusé aujourd’hui aux membres du Conseil un projet de résolution très simple : il faut respecter la parole donnée dans l’accord en 6 points, il faut mettre en œuvre cet accord de bonne foi, et il faut notamment qu les forces se retirent à leurs positions respectives. Il est essentiel que le Conseil puisse de manière unie exprimer cette urgente nécessité, qui est déterminante pour notre capacité à poursuivre notre effort collectif en vue de ramener la paix.

Je vous remercie./.



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