Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

11 février 2011 - Conseil de sécurité - Maintien de la paix et de la sécurité internationale : interdépendance entre sécurité et développement - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir pris l’initiative d’organiser ce débat important. Je souhaiterais aborder deux points :
— D’abord, les liens particuliers entre la sécurité et le développement ;
— Ensuite, le cas spécifique des opérations de maintien de la paix.

Monsieur le Président,

Tout d’abord, les liens entre sécurité et développement. S’il n’y a pas de relation univoque entre croissance économique et sécurité internationale, la répartition inégale des richesses et la marginalisation de certains groupes ou régions vulnérables sont souvent des facteurs de conflits, en particulier infra-étatiques.

On peut également citer comme sources de conflictualité la compétition pour accéder aux ressources de première nécessité, comme l’eau ou les terres cultivables, et la rivalité pour contrôler les matières premières précieuses et les ressources énergétiques.

Plus récemment, de nouvelles menaces à la sécurité se sont révélées. Je citerai deux exemples :

Premièrement, le changement climatique dont les conséquences peuvent être à terme tragiques pour des populations et des pays. C’est pourquoi, la France et l’Union européenne souhaitent que l’ensemble des nations redoublent d’efforts sur la base de la dynamique enclenchée à Cancun en décembre dernier.

Deuxièmement, la question de la sécurité alimentaire et de la volatilité des prix agricoles aux effets déstabilisants. C’est l’une des priorités de la France dans le cadre de sa présidence du G20. Le ministre français de l’agriculture sera à New York la semaine prochaine pour rencontrer l’Assemblée générale avant d’organiser une réunion ministérielle du G20 sur ce sujet.

Réciproquement, le besoin de sécurité pour permettre ou favoriser le développement est avéré.

Dans les situations post-conflictuelles, il est essentiel de renforcer les capacités nationales en matière de sécurité, dans le respect des standards de l’Etat de droit, afin de créer les conditions favorables au développement.

Par exemple, dans certains pays, où l’économie agricole repose presque exclusivement sur le travail des femmes, il existe un lien direct entre le niveau de sécurité et le développement. Lorsque l’insécurité empêche les femmes d’atteindre leurs champs, la capacité des familles à survivre est compromise, ce qui en retour peut susciter un regain de violence. La préservation de la sécurité doit donc être prise en compte dans les stratégies des acteurs du développement.

Pour toutes ces raisons, il est de la responsabilité de la communauté internationale de créer les conditions d’un développement durable et partagé qui limite le risque d’apparition ou d’extension des conflits.

Ainsi, la Commission de Consolidation de la Paix, dans les pays qui sont à son agenda, a fait de l’émancipation des jeunes et des femmes l’une de ses priorités, au même titre que la réforme des secteurs de la sécurité : car les deux concourent à la stabilité.

Dans le même esprit, les agences, fonds et programmes des Nations unies doivent jouer tout leur rôle en s’efforçant d’améliorer l’efficacité et la coordination de leur action sur le terrain.

Il faut enfin rappeler la contribution décisive de l’Union européenne qui est le premier donateur d’aide au développement avec près de 60% de l’aide versée par les pays membres de l’OCDE soit environ 50 milliards d’euros. Dans ce contexte, et pour prendre un exemple bien connu, l’Union européenne dépense en Somalie, pour le seul appui aux capacités de sécurité, le quart des 215 millions d’euros attribués au titre du développement.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue la responsabilité des Etats eux-mêmes. Le respect des droits, la bonne gouvernance, le renforcement de la société civile et l’intégration économique des populations marginalisées - qui résultent d’abord et avant tout des décisions des autorités nationales - sont des facteurs déterminants de paix et de sécurité.

Monsieur le Président,

Je souhaiterais ensuite aborder le cas spécifique des opérations de maintien de la paix. Nous devons nous inspirer de trois principes d’action.

Tout d’abord, la prise en compte le plus en amont du lien entre sécurité et développement.

Ce Conseil a plusieurs fois affirmé la nécessité non seulement d’assurer la sécurité d’une zone donnée mais aussi d’accompagner au plus tôt les processus politiques et de soutenir les institutions nationales, particulièrement dans les domaines de l’Etat de droit et de la sécurité.

Nous pensons donc que le lien entre les exigences de sécurité et de développement doit être pensé le plus en amont possible, dès la définition du mandat de l’opération par le Conseil de sécurité.

La mise en place d’une réforme du secteur de la sécurité ou de programmes de démobilisation, désarmement et réintégration ne sont, en effet, efficaces que s’ils s’inscrivent dans le cadre d’une amélioration des conditions de vie de la population.

Deuxièmement, l’adaptation des outils à la situation

Nous sommes convaincus de la nécessité de prendre davantage en compte les aspects de développement dans les mandats des OMP. Je citerai deux exemples :

En Haïti, les casques bleus de la MINUSTAH, au sein de laquelle le contingent brésilien joue un rôle remarquable, assurent la sécurité et assument certaines tâches de génie civil et de soutien logistique ou sanitaire nécessaires à la reconstruction et au développement.

En République démocratique du Congo, la MONUSCO appuie les autorités dans leurs efforts d’assainissement du secteur minier afin de prévenir le pillage des ressources.

Toutefois, le critère central d’une OMP doit rester celui du maintien de la paix et de la sécurité. D’autres acteurs, dont les agences des Nations unies et les partenaires bilatéraux, ont pour mission de prendre en charge les tâches plus directement liées au développement.

Il est donc essentiel de clarifier les tâches et responsabilités de chacun dans le cadre d’une stratégie cohérente et globale.

Troisièmement, la coordination des partenaires et l’appropriation nationale

L’aide de la communauté internationale, qu’elle soit multilatérale, régionale ou bilatérale, doit être coordonnée, intégrée et s’inscrire dans une stratégie définie en étroite coordination avec l’Etat hôte.

L’appropriation par le pays considéré de cette stratégie est en effet la condition sine qua none pour s’attaquer aux causes profondes d’instabilité. C’est cette action que mène notamment la Commission de consolidation de la paix au travers des stratégies intégrées qu’elle rédige en collaboration avec les pays inscrits à son agenda.

Cette coordination est cruciale dans les phases de transition lors du transfert des responsabilités vers l’Etat hôte lorsqu’il est capable d’assumer de nouveau toutes les prérogatives liées à sa souveraineté. C’est la condition d’une paix durable sur le terrain.

Monsieur le Président,

Les liens entre sécurité et développement sont avérés, nombreux et complexes. Cela nécessite non seulement une stratégie globale, cohérente et coordonnée mais également de notre part de la détermination mais aussi de la subtilité.

Je vous renouvelle donc mes remerciements d’avoir organisé ce débat important qui permet de faire avancer la réflexion pour renforcer la paix et la sécurité internationale.

Je vous remercie./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU