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12 février 2014 - Conseil de sécurité - Protection des civils en période de conflit armé - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie les intervenants pour leurs présentations. La France souscrit aux interventions qui seront prononcées par le représentant de l’Union européenne et par la Suisse au nom du Groupe des amis de la protection des civils.

Madame la Présidente,

La protection des civils requiert une attention constante du Conseil de sécurité, elle doit être au cœur de son action. Les opérations de maintien de la paix en sont le principal instrument.

Depuis l’adoption, il y a cinq ans, de la résolution 1894, le Conseil de sécurité, le Secrétariat et l’ensemble des acteurs concernés se sont mobilisés en faveur d’une amélioration des processus de définition, de suivi et de contrôle de l’exécution des mandats de protection des civils des opérations de maintien de la paix. Tous les mandats récents du Conseil comprennent désormais un volet de protection des civils. Celle-ci constitue donc une priorité en toutes circonstances. Nous devons continuer à développer cette approche.

C’est ce que nous avons fait au Mali. Après l’intervention en urgence des forces françaises, le déploiement de la MINUSMA, avec un mandat robuste de protection des civils, a permis la stabilisation du pays et la tenue d’élections législatives et présidentielles de bonne tenue. Lors de notre visite dans ce pays, le Conseil a pu constater l’ampleur de ce qui a été accompli grâce à l’action déterminée des Nations-Unies. Le Conseil a également réitéré auprès des autorités maliennes et des groupes armés la nécessité urgente de lancer un dialogue inclusif pour une solution durable au Nord Mali, afin que ce pays retrouve définitivement la paix.

C’est ce que nous devons faire en République Centrafricaine. Dans ce pays, l’intervention de la MISCA, soutenue par les forces françaises, et bientôt européennes, a permis d’éviter que les atrocités commises contre les civils ne se généralisent. Les conflits ne se sont certes pas arrêtés mais on constate une forme d’apaisement dans la plus grande partie de Bangui. La sécurisation de certaines zones, notamment à proximité de l’aéroport, a permis d’organiser et de mieux déployer l’aide humanitaire. La mobilisation de l’aide internationale, à Bruxelles puis à Addis-Abeba, apporte une lueur d’espoir.

Cependant, la situation reste précaire, notamment en province. Les civils continuent d’être victimes d’attaques. Africains et Français font face à une solution inédite, la volonté haineuse de deux communautés de régler leurs comptes. Des soldats ne peuvent contenir des foules. Pillages, viols et lynchages se poursuivent donc malgré nos efforts.

C’est pourquoi, compte-tenu de l’ampleur des défis et de la forme des menaces, ce Conseil doit prendre rapidement ses responsabilités. Seule une force multidimensionnelle de maintien de la paix, avec un volume de force important et surtout des unités de police - qui seules pourront rétablir l’ordre car des soldats ne peuvent tirer sur une foule, mais aussi une forte composante civile et des financements pérennes - permettra de stabiliser durablement le pays, de préparer les élections et d’entamer une réconciliation nationale. Nous ne pouvons pas laisser cette crise s’aggraver plus longtemps, au risque de voir la RCA se transformer en foyer d’instabilité au cœur de l’Afrique et de connaitre des atrocités de masse.

Madame la Présidente,

Quelle que soit la robustesse des mandats de protection des civils donnée aux OMP, celles-ci ne seront efficaces qu’à condition d’être irréprochables. C’est pourquoi nous saluons les politiques mises en œuvre par le Secrétaire général visant à s’assurer que l’action des Nations-Unies respecte pleinement les droits de l’Homme : les politiques de tolérance zéro pour les violences sexuelles et de limitation des contacts avec les personnes inculpées par la Court Pénale Internationale à ce qui est essentiel pour la mission de l’Organisation, et les politiques de diligence voulue et de filtrage sont une contribution indispensable à l’action des opérations de maintien de la paix. Elles assurent l’exemplarité indispensable de l’Organisation. Leur respect garantit la crédibilité de l’action de cette organisation en matière de protection des civils.

L’efficacité de l’action des opérations de maintien de la paix en matière de protection des civils passe également par le développement d’une communication plus étroite avec les populations locales, afin de renforcer les capacités de prévention et de réaction face aux menaces. Cela comporte à l’évidence un volet linguistique ainsi que des moyens logistiques et de communication appropriés, tel que le recrutement d’assistants de liaison avec les communautés.

La mission française regrette que le Secrétariat ne considère pas que les capacités linguistiques doivent être un facteur essentiel de recrutement sur le terrain. La mission française rappelle, comme elle le fait en vain depuis plusieurs années, que parler la langue des populations peut être utile, même si c’est le français. Et comme chaque année, je ne serai pas entendu, et comme chaque année, le Secrétariat continuera de recruter sans tenir compte des capacités linguistiques.

Madame la Présidente,

Je terminerai en évoquant la situation en Syrie.

A l’heure où, à Genève, des négociations reprennent sur l’avenir de la Syrie, le régime continue d’accentuer sa répression contre les civils. Les bombardements, à l’aide notamment de barils explosifs, se poursuivent à Alep et ont à nouveau fait plusieurs centaines de morts civils la semaine dernière. Alors qu’un accord conclu a permis l’évacuation de civils de Homs, les convois d’aide humanitaire sortant de la vieille ville ont été attaqués par des tirs de mortiers. Ces attaques délibérées contre les civils et les travailleurs humanitaires sont inacceptables. Le Conseil ne peut pas accepter plus longtemps ces violations répétées et flagrantes du droit international humanitaire, dont la responsabilité première incombe au régime. Il doit donc exiger de toutes les parties un accès immédiat de l’aide humanitaire aux populations dans le besoin.

Le projet de résolution présenté hier par l’Australie, la Jordanie et le Luxembourg est un texte modéré. Nous aurions aimé un message plus fort étant donné la gravité de la crise. Mais ce texte est un compromis qui devrait susciter l’accord de tous les pays de bonne foi et de bonne volonté.

Au-delà, et face au sentiment d’impunité qui règne aujourd’hui à Damas, le Conseil doit envoyer un message clair : les responsables des crimes de guerres et contre l’humanité perpétrés en Syrie, à commencer par Bachar El-Assad, devront rendre des comptes devant la justice. C’est pourquoi nous renouvelons une fois de plus notre appel à ce que la situation en Syrie soit déférée par ce Conseil à la Cour pénale internationale.

Je vous remercie.

En savoir plus sur la protection des civils.



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