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12 janvier 2012 - Conseil de sécurité
Coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine en matière de paix et de sécurité - Intervention de M. Edouard Courtial, secrétaire d’État chargé des Français de l’étranger

Madame la Présidente,

Je vous remercie d’avoir organisé aujourd’hui ce débat sur la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine en matière de paix et de sécurité et je salue votre présence ici aujourd’hui. Elle témoigne du rôle de premier plan que l’Afrique du Sud entend jouer au sein du Conseil de sécurité.

Je remercie également le Secrétaire général pour sa présentation et pour son rapport, ainsi que le Commissaire Lamamra.

Je voudrais, pour ma part, souligner les points suivants.

Madame la Présidente,

Comme vous l’avez rappelé, près des deux tiers des délibérations du Conseil de sécurité concernent l’Afrique, et 80% des casques bleus déployés dans le monde le sont sur le continent africain. Dans ce contexte, la coopération des Nations Unies avec l’Union africaine en matière de paix et de sécurité n’a cessé de se renforcer.

L’Union africaine apporte aux Nations Unies la proximité avec le terrain. Son action à cet égard témoigne de ce que le continent s’efforce de prendre progressivement en charge sa propre sécurité dans le respect de la Charte de San Francisco. Inversement, les Nations Unies apportent à l’Union Africaine une légitimité dans le cadre de la Charte, des compétences, des ressources et une expérience susceptible de constituer un appui dans ses missions de prévention et de gestion des crises sur le continent. Aujourd’hui, tous nos efforts visent à ce que ce partenariat original, pleinement inscrit dans l’esprit du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, perdure et s’intensifie.

Madame la Présidente,

Le rapport du Secrétaire général rappelle que la prévention des crises, le maintien de la paix proprement dit et la consolidation de la paix se trouvent aujourd’hui au cœur de la coopération entre l’ONU et l’UA.

Pour assurer la prévention des conflits, les Nations Unies ont établi des bureaux à vocation régionale, à Dakar ainsi qu’à Libreville, et noué des partenariats avec les instances africaines. Le bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest s’est ainsi pleinement engagé dans des initiatives de médiation et de bons offices, notamment en Guinée, au Niger, au Bénin en coordination systématique avec l’Union africaine et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. Le nouveau bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale, établi à Libreville, a vocation à jouer un rôle équivalent. En outre, l’Union africaine est associée aux missions d’évaluation déployées sur le terrain par les Nations Unies face aux nouvelles menaces transversales, comme récemment dans la région du Sahel.

Outre cette présence sur le terrain, les Nations Unies ont renforcé les capacités de médiation de l’Union africaine en appuyant la mise en place d’une cellule sur ce thème au sein de la Commission de l’UA. Cette coopération a accru les capacités de l’Union africaine, qui conduit aujourd’hui des missions de médiation complexes, notamment en Somalie ou encore au Soudan où le panel de haut niveau de l’UA, dirigé par le Président Mbeki pilote le règlement de différends encore en suspens entre Khartoum et Djouba.

A l’avenir, l’enjeu sera d’articuler au mieux les efforts de médiation respectifs des Nations Unies et de l’Union africaine. Les lignes directrices sur cette question, en cours d’élaboration, seront sans aucun doute utiles à cet égard.

Madame la Présidente,,

Les Nations Unies et l’Union africaine coopèrent aussi à la conduite d’opérations de maintien de la paix. La Mission hybride ONU/UA au Darfour joue un rôle déterminant pour la stabilisation de la situation sécuritaire et humanitaire. L’un des défis de la mission est qu’elle obéit à une chaîne de commandement bicéphale entre les Nations Unies et l’Union africaine. L’expérience montre que c’est le renforcement de la coordination au quotidien entre le Secrétariat des Nations Unies et la Commission de l’UA qui permet d’améliorer l’efficacité du personnel militaire sur le terrain.

En Somalie, les Nations Unies apportent un soutien logistique important à l’opération de l’Union Africaine, l’AMISOM, qui a vocation à appuyer les institutions fédérales de transition et les forces de sécurité somaliennes dans la sécurisation du pays et la mise en œuvre du processus de transition politique. Cette coopération technique est essentielle pour permettre à l’AMISOM de remplir sa mission dans un contexte particulièrement difficile et faire face aux défis posés par les combattants du Shebab. Alors que l’Union africaine sollicite un renforcement de l’appui des Nations Unies, il conviendra toutefois de veiller à ce que les options promues ne soient pas exclusivement sécuritaires. Les progrès effectués par les troupes déployées sur le terrain devront en effet être consolidés par la mise en œuvre de la stratégie politique par le gouvernement fédéral de transition, appuyé par la communauté internationale, comme le Conseil de sécurité l’a rappelé dans plusieurs de ses résolutions.

La conduite d’opérations de maintien de la paix soulève bien sûr la question de leur financement, tout particulièrement dans le contexte budgétaire actuel fortement contraint. A cet égard, nous devrons rechercher la plus grande efficacité des opérations, notamment au travers d’un renforcement de leur chaîne de commandement et d’une amélioration de la coopération avec les contributeurs en troupes. Nous relevons par ailleurs avec intérêt les efforts entrepris par l’Union africaine vers une réforme de ses méthodes de gestion et une plus grande diversification de ses sources de financement du maintien de la paix. La facilité de soutien à la paix pour l’Afrique fournie par l’Union européenne est une première réponse appropriée à la demande africaine d’un financement prévisible et pérenne de ses opérations. Il est indispensable que de nouveaux acteurs complètent ces financements afin de garantir cette pérennité.

Madame la Présidente,

La consolidation de la paix doit également être au cœur de la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine. Au Sahel, en Afrique de l’Ouest ou dans la région des Grands Lacs, on observe une multiplication et une imbrication croissante des facteurs d’instabilité, du terrorisme, des trafics, des rébellions, qui portent atteinte à la sécurité et à l’intégrité des Etats. Ces défis doivent nous conduire à continuer d’appuyer la réforme des secteurs de la sécurité, les initiatives de désarmement, de démobilisation et de réintégration des combattants et la promotion de l’Etat de droit. A cet égard, je souhaite souligner l’importance que la France accorde au soutien à l’organisation d’élections libres, justes et pacifiques. En RCA, en RDC et au Soudan du Sud, les efforts convergents des Nations Unies, à travers ses opérations de maintien de la paix dans la région et de son bureau à Libreville, et de l’Union africaine dans la lutte contre l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) sont un exemple supplémentaire de la coopération entre les deux institutions. L’engagement régional est ici encore indispensable pour trouver une solution durable face à cette menace. L’adoption récente d’une stratégie contre la LRA par l’Union africaine est à cet égard bienvenue.

Madame la Présidente,,

On voit donc que les enjeux de paix et de sécurité sur le continent africain sont loin d’être uniformes et rendent incontournable une coopération accrue entre les Nations Unies et l’Union africaine.

Les échanges et rencontres promus par le Secrétaire général entre le Secrétariat des Nations Unies et la Commission de l’Union africaine ainsi qu’entre le Conseil de sécurité et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine vont dans ce sens et permettront, conformément à l’esprit de la Charte des Nations Unies, d’assurer la meilleure coordination possible de l’Union africaine avec l’organisation des Nation Unies. C’est aussi la mission du nouveau bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine.

Mon pays se félicite des progrès de cette coopération entre l’ONU et l’UA et restera pleinement engagé dans le soutien au maintien de la paix des Nations Unies, mais aussi de l’Union Africaine et des organisations sous-régionales, tant en matière de financement que de formation.

Comme le Président Sarkozy l’a dit lors du Sommet Afrique-France de Nice, l’an passé, il faut associer étroitement l’Afrique au traitement des grands sujets qui touchent à la paix, à la sécurité, à l’équilibre du monde. La France en a d’ailleurs tiré les conséquences, et souhaite que dans le cadre de la nécessaire réforme du Conseil de sécurité, l’Afrique occupe toute la place qui lui revient, y compris parmi les membres permanents.

Je vous remercie./.



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