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14 février 2014 - Conseil de sécurité - Coopération entre les Nations unies et l’Union européenne - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Merci Monsieur le Ministre d’avoir organisé cette réunion et d’y participer.

Je salue la Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

L’Union européenne s’est dotée d’outils originaux et d’une politique volontaire fondée sur une approche globale du règlement des crises. C’est plus que jamais en Afrique, cette Afrique qui occupe près de 70% du temps et de l’énergie du Conseil de sécurité, que l’Union européenne joue tout son rôle en faveur de la paix et de la sécurité, le plus souvent en coopération avec les Nations unies.

Au Mali, par exemple, l’Union européenne apporte son soutien à la refondation de l’outil de défense en parfaite complémentarité avec la MINUSMA. Le déploiement de la mission de l’Union européenne de formation des forces armées maliennes contribue au même objectif de restauration de la souveraineté malienne que la mission des Casques bleus. Le Conseil de sécurité a pu récemment rencontrer le commandant de l’opération de l’Union européenne à Bamako et a pu constater l’efficacité de cette action.

Aujourd’hui c’est la crise en République centrafricaine qui doit retenir notre attention. Depuis le mois de décembre, la présence militaire internationale n’a cessé de se renforcer dans le pays. L’effectif de la MISCA est passé de 2 000 à 6 000 hommes en quelques semaines. Nous en sommes reconnaissants à l’Union africaine. Cette force est appuyée par les 1 600 Français de l’opération Sangaris, 1 600 Français que le Président de la République a décidé aujourd’hui de renforcer pour porter cet effectif à 2 000 hommes. Elle sera bientôt appuyée par l’opération européenne EUFOR RCA, comme viennent de le décider les ministres européens des Affaires étrangères le 10 février.

Cette opération apportera une contribution importante aux actions de sécurisation et de protection des populations civiles dans la région de Bangui.

Il est essentiel que cette force européenne puisse se déployer rapidement et que les Etats membres de l’Union européenne se mobilisent pour y contribuer. L’implication de la Haute Représentante mais aussi du Secrétaire général des Nations unies pour convaincre les Etats membres encore réticents est à cet égard essentielle. Tout retard de l’engagement de l’Union européenne serait incompréhensible. Jusqu’ici, grâce à l’action de la force africaine soutenue par la force française, de nombreuses vies ont été sauvées, des massacres de grande ampleur ont pu être évités. Cependant nous faisons face à une situation générale d’insécurité née de l’effondrement de l’Etat centrafricain.

De quoi avons-nous besoin aujourd’hui en République centrafricaine ? D’abord d’argent pour remettre au travail les fonctionnaires, en les policiers et les gendarmes ; ensuite d’unités de police internationales. Car le défi auquel nous devons répondre nécessite aujourd’hui plus des policiers que des soldats, des soldats ne peuvent contenir des foules ou protéger des individus.

Sur tous ces sujets prioritaires, l’ONU, à travers le BINUCA – qui doit être renforcé comme l’a demandé le Conseil de sécurité des Nations unies - et dès que possible à travers une opération de maintien de la paix des Nations unies, l’UE, à travers l’importante coopération qu’elle met en œuvre en Centrafrique, ont un rôle essentiel à jouer. Ils agiront ensemble et avec les Africains pour permettre aux Centrafricains de vivre à nouveau en paix.

Nous sommes dans une période charnière de la gestion de la crise en Centrafrique. Nous avons évité le pire mais nous devons encore mettre un terme aux cycles de violences, ethniques et religieuses, et éviter que ce pays ne sombre dans le chaos. Mais, comme l’a dit le secrétaire général, il faut agir vite : sur le front sécuritaire, sur le front politique pour promouvoir la réconciliation nationale, lutter contre l’impunité et préparer les élections et sur le front humanitaire. Cela demande les efforts de tous : l’Union européenne et les Nations unies devront faire plus. Ils devront le faire rapidement, de manière réaliste et créative.

Nous attendons avec confiance l’engagement des Nations unies et de l’Union européenne dans une crise où leurs valeurs sont en jeu et où la France fait son devoir.

Au-delà de son déploiement sur le terrain, l’Union européenne est aussi un partenaire précieux des Nations unies dans la recherche de solutions durables aux crises internationales.

En Syrie, malgré le blocage persistant de ce Conseil, l’Union européenne s’est engagée résolument en faveur d’une transition démocratique, en démontrant toute sa volonté.

L’Union européenne a imposé, depuis mai 2011, un large éventail de sanctions individuelles, financières et commerciales contre le régime. Elles étaient nécessaires et nous les applaudissons. Avec plus de 600 millions d’euros d’aide humanitaire, l’Union européenne et ses Etats membres sont le premier soutien de la population syrienne y compris dans les pays voisins. Et l’Union européenne répond encore présente aujourd’hui pour apporter son concours au démantèlement de l’arsenal chimique syrien en contribuant aux fonds fiduciaires soutenant la mission conjointe de l’ONU et de l’OIAC créée à cet effet.

De même, sur le dossier nucléaire iranien, nous remercions la Haute Représentante de son engagement exemplaire aux côtés des E3+3, afin de maintenir ouverte la porte du dialogue avec Téhéran. Ce sont les sanctions des Nations unies mais ce sont aussi les sanctions de l’Union européenne qui ont permis le progrès que nous venons de constater. Avec l’adoption d’un plan d’action conjoint en novembre 2013 mis en œuvre dès janvier, la pertinence de cette approche a été démontrée. Le dialogue se poursuit désormais et l’Union européenne jouera tout son rôle dans la définition d’une solution de long terme.

Enfin, cet idéal de paix que l’Union européenne cherche aujourd’hui à porter au-delà de ses frontières, est déjà à l’œuvre dans son environnement proche. L’Union européenne joue son rôle au cœur même du continent, dans les Balkans autrefois ravagés par la guerre.

Alors que des troubles ont émaillé ces derniers jours un certain nombre de villes de Bosnie-Herzégovine, il revient à l’Union de poursuivre ses efforts visant à la stabilisation et au développement économique de ce pays.

En favorisant le dialogue bilatéral entre la Serbie et le Kosovo, l’Union européenne leur offre une possibilité de trouver leur place dans un espace qui les dépasse. Seule cette perspective leur permettra de tourner définitivement la page des conflits.

Aussi, après la décision du Conseil de l’Union européenne en décembre, la première conférence intergouvernementale de négociation d’adhésion de la Serbie s’est-elle tenue le 21 janvier. La Serbie dispose maintenant de toutes les cartes pour rejoindre l’Union européenne. De même, la Commission a été autorisée à ouvrir les discussions avec le Kosovo pour la négociation d’un Accord de stabilisation et d’adhésion.

Monsieur le Président,

Je conclurai en rappelant que ce rôle particulier de l’Union européenne s’est traduit, il y a trois ans par l’adoption de la résolution 65/276 de l’Assemblée générale qui consacre la place de l’Union européenne comme partenaire et amie des Nations unies.

Je voudrais souligner aujourd’hui, en rendant hommage à l’action de Mme Ashton depuis quatre ans, que l’Union européenne est plus qu’une simple organisation régionale, elle est le pilier d’un système international cohérent et efficace, elle un groupement d’Etats engagé dans une aventure sans précédent et sans comparaison.

Je vous remercie.


En savoir plus sur la Coopération entre les Nations unies et les organisations régionales.



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