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14 juin 2010 - Conseil de sécurité - Soudan - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Au nom de la France, je vous remercie, ainsi que le Royaume-Uni, d’avoir permis la tenue de cette réunion de réflexion sur le Soudan et d’avoir réuni à cette occasion le président Mbeki, M. Menkerios, M.Gambari et M. Bassolé que je veux également remercier d’être parmi nous aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Tous les intervenants précédents l’ont dit, la période qui s’ouvre constitue un moment crucial pour le Soudan et pour les Soudanais. Dans ce contexte, il nous faut d’abord être unis. Etre unis, cela signifie d’abord que tous les acteurs de la communauté internationale doivent travailler ensemble - en premier lieu, naturellement, les Nations unies et l’Union africaine.

Grâce au forum conjoint créé lors de la rencontre d’Addis-Abeba le 8 mai dernier entre les Nations unies et l’Union africaine, une coordination structurée et régulière sur l’ensemble des problématiques soudanaises sera désormais possible entre les deux organisations, notamment sur la question du référendum. Il conviendra d’en tirer profit, conformément aux principes fixés par la Charte des Nations unies et les résolutions du Conseil de sécurité. Etre unis, cela signifie aussi assurer la cohérence de l’action des représentants de la communauté internationale. Comme le souligne le rapport du panel de haut niveau de l’Union africaine, on ne peut en effet isoler les conflits au Soudan les uns des autres, ils sont tous interconnectés.

Monsieur le Président,

Il nous faut ensuite être vigilants. Alors que la période de mise en œuvre de l’accord de paix global touche à la fin, il nous faut veiller, conformément à la résolution 1919, à ce que toutes les étapes qui doivent conduire à la tenue du référendum d’autodétermination en janvier prochain puissent être réalisées.

Le gouvernement du Soudan doit en premier lieu mettre en œuvre ses engagements. Dans l’immédiat, il est donc indispensable que les commissions référendaires, centrales pour l’organisation des consultations de janvier prochain, soient mises en place. La France et l’Union européenne se tiennent d’ores et déjà prêtes à apporter un soutien technique et financier pour l’organisation du référendum. Le déploiement d’observateurs de l’Union européenne pourra par ailleurs contribuer à la transparence du processus. Dans la perspective du référendum, les parties devront en outre accomplir des progrès significatifs dans le règlement des questions post-référendaires en suspens. Il s’agit notamment, on l’a déjà dit, de la démarcation de la frontière, de la clarification des modalités de partages des richesses et des questions de citoyenneté. Repousser ces questions à plus tard remettrait en cause la crédibilité du référendum.

Les Nations unies devront accompagner ce processus en appuyant l’organisation logistique des échéances à venir, mais aussi en mettant à disposition des parties leur expertise. Nous attendons à cet égard du Secrétariat des Nations unies qu’il joue un rôle actif de soutien aux parties. Le Conseil de sécurité, dans les mois qui viennent, devra rester vigilant, étant donnée l’importance des enjeux. La France demande donc que ce Conseil bénéficie régulièrement d’exposés de présentation sur l’avancée de la préparation du référendum. Le soutien des Nations unies devra bien sûr se poursuivre après le scrutin, lorsqu’il s’agira de mettre en œuvre la décision qui aura été prise par les Sud-Soudanais. C’est pourquoi nous avons d’ores et déjà demandé au Secrétariat de réfléchir aux modalités de la présence des Nations unies après la période intérimaire de l’accord global. Cette question a déjà été soulevée, à juste titre, par mon collègue gabonais.

Outre cet accompagnement politique, les Nations unies devront veiller à la situation humanitaire au Soudan. Nous devrons notamment examiner comment, étant donnée l’aggravation annoncée de la situation humanitaire, la communauté internationale pourrait renforcer son appui au développement du Sud-Soudan. Le Conseil pourrait se pencher sur cette question dans les semaines qui viennent.

S’agissant du Darfour, il est impératif que toutes les parties participent de bonne foi aux négociations conduites par le médiateur conjoint M. Bassolé et par l’Etat du Qatar. Nous encourageons l’Union africaine à poursuivre ses efforts pour poursuivre ce processus politique.

Une première étape avait été franchie par le Mouvement pour la justice et l’égalité, par le Mouvement pour la libération et la justice, avec la signature d’accords-cadre avec le gouvernement soudanais. Ces accords doivent être mis en œuvre au plus vite. Le Mouvement pour la libération du Soudan, dans toutes ses composantes, doit rejoindre le processus. Il n’est pas acceptable que ce mouvement se tienne à l’écart des efforts de paix.

Sur le terrain, nous ne devons pas accepter que la libre circulation de la MINUS et de la MINUAD soit entravée par les autorités soudanaises et les groupes rebelles. Ces missions doivent pouvoir assurer la protection des populations civiles et faciliter la délivrance de l’aide humanitaire partout, sans exception. Nous sommes préoccupés par la question de l’accès de l’aide humanitaire aux camps au Darfour et nous aimerions avoir des précisions à cet égard et des précisions sur l’action de la MINUAD pour y remédier.

Enfin, Monsieur le Président, nous devons promouvoir la justice au Soudan. Nous avons récemment reçu M. Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale. Son exposé était accablant. On ne peut espérer la paix et la stabilité sans la justice et sans la lutte contre l’impunité. La France soutient la justice pénale internationale et nous tenons à rappeler l’obligation du Soudan à coopérer, conformément à la résolution 1593. Nous sommes à cet égard préoccupés par le rapport qui vient d’être communiqué au Conseil de sécurité par la Cour soulignant l’absence de coopération de la part du Soudan. Nous devrons donner suite à cette communication, nous ne pouvons rester silencieux. L’action de la justice pénale internationale qui traite des crimes les plus graves doit par ailleurs aller de pair avec un renforcement du système judiciaire soudanais, qui doit, lui aussi, s’engager résolument dans la lutte contre l’impunité ainsi qu’avec le développement des mécanismes de réconciliation locaux.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je voudrais redire que la France est prête à participer aux efforts collectifs qui doivent être entrepris pour que les échéances à venir au Soudan soient l’occasion de renforcer la stabilité de la région et de mettre fin aux souffrances des populations qui n’ont que trop duré.

Je vous remercie.



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