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14 octobre 2009 - Conseil de sécurité : la situation au Proche Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je souhaite remercier le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Pascoe, le Ministre palestinien des affaires étrangères, M. Malki, et Mme Shalev, la Représentante permanente de l’Etat d’Israël, pour leurs interventions. La France s’associe à l’intervention que prononcera le Représentant permanent de la Suède au nom de l’Union européenne.


Pour commencer je voudrais en quelques mots évoquer le dossier libanais, que ce Conseil traite par ailleurs : Nous soutenons le premier ministre désigné M. Saad Hariri et espérons qu’un gouvernement sera formé rapidement. L’esprit de dialogue doit continuer de prévaloir entre les parties libanaises. Les pays de la région doivent pour leur part conjuguer leurs efforts pour créer un climat favorable à la formation de ce gouvernement.

Il est essentiel par ailleurs que toutes les parties respectent la résolution 1701.

Nous suivrons avec attention la revue de la FINUL qui sera menée par le secrétariat au cours des prochains mois, conformément à la résolution 1884. Nous exprimons nos préoccupations sur une succession récente d’incidents qui constituent autant de violations de la résolution 1701. En ce qui concerne l’explosion, qui a eu lieu lundi au Sud-Liban, nous attendons les résultats de la commission d’enquête conjointe entre les Forces armées libanaises et la FINUL qui doit permettre de préciser les circonstances de cet incident. En tout état de cause, nous rappelons notre soutien à la pleine mise en œuvre de la résolution, qui appelle l’Etat libanais à exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire du Liban afin qu’aucune arme ne puisse s’y trouver sans son consentement.


Monsieur le Président, je passe maintenant au dossier israélo-palestinien : Rarement, et je ne suis pas le premier à le dire ici, pour ne pas dire jamais, il n’y a eu un tel consensus international sur les conditions de la paix : la création d’un Etat palestinien viable, indépendant et démocratique, vivant en paix aux côtés d’Israël. La question est désormais de déterminer la manière de franchir les étapes menant à cet objectif et de le faire vite. J’en citerai trois principales :


En premier lieu, des évolutions sur le terrain sont nécessaires pour éviter que les populations perdent tout espoir.

A cet égard, Israël doit cesser la colonisation en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. La colonisation est illégale et constitue un obstacle à la paix. Comme l’a rappelé le Président Sarkozy, la colonisation, en rendant plus difficile la perspective d’un Etat palestinien, ne contribue pas à la sécurité d’Israël mais, au contraire, accroît les dangers.

Une deuxième évolution importante concerne Jérusalem. Après les heurts de ces derniers jours dans la Ville Sainte, nous appelons les parties à la retenue afin d’éviter le risque immédiat d’une escalade dont les conséquences seraient imprévisibles. Nous appelons les autorités israéliennes à cesser les destructions de maisons et autres expulsions à Jérusalem-Est. C’est un fait que dans cette ville la colonisation prend des formes particulièrement provocatrices. Il ne pourra y avoir de paix excluant Jérusalem, qui a vocation, comme l’a dit le président Sarkozy dans son discours à la Knesset le 23 juin 2008, à devenir la capitale de deux Etats.

Des progrès complémentaires doivent également être accomplis en ce qui concerne la liberté de mouvement et d’accès. A Gaza, j’y reviendrai, mais également en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La levée par les autorités d’occupation d’obstacles à la circulation autour de certaines grandes villes palestiniennes constitue une évolution positive qui doit se poursuivre. Toutes les mesures permettant de tendre vers une vie normale pour la population palestinienne doivent être encouragées : au-delà de leurs conséquences humaines et humanitaires, ces mesures placent les Palestiniens et leurs autorités face à leurs responsabilités de construire les institutions de leur futur Etat.

A cet égard, l’Autorité palestinienne doit poursuivre ses efforts pour le renforcement du secteur de la sécurité et pour la mise en place d’un Etat de droit. La poursuite de la lutte sans merci contre le terrorisme doit rester une priorité.


En ce qui concerne la situation à Gaza, et ce sera mon deuxième point, la consolidation du cessez-le-feu, qui passe par la pleine mise en œuvre de la résolution 1860, reste la priorité : cette résolution a posé les paramètres d’un cessez-le-feu durable, notamment la réouverture des points de passage ou encore la mise en place de mécanismes permettant la fin de la contrebande d’armes. Ces deux conditions ne sont pas encore réunies.

La situation humanitaire à Gaza est préoccupante : nous appelons à l’ouverture immédiate des points de passage notamment pour permettre l’accès de la population civile à l’aide humanitaire et la reprise de l’activité économique. Au-delà des préoccupations humanitaires, la fermeture actuelle conduit à la perpétuation du statu quo politique à Gaza.

Parallèlement à ces efforts, nous continuons d’appeler fortement à la libération inconditionnelle et immédiate de Gilad Shalit et je voudrais remercier les délégations qui ont cité le cas de ce prisonnier.

En ce qui concerne le rapport Goldstone, les faits qui sont allégués sont graves. Tout au long du conflit à Gaza suscité par les tirs du Hamas contre Israël, la France a rappelé sa position constante : le droit humanitaire international doit être respecté en tout lieu, en toute circonstance et par toutes les parties à un conflit, en particulier à Gaza et dans le sud d’Israël. Nous pensons donc que les deux parties doivent à présent engager un processus d’enquête indépendante et conforme aux standards internationaux sur les allégations de violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme lors de la crise à Gaza.


Mon troisième et dernier point concerne la réconciliation inter-palestinienne et le rôle des Etats voisins :

Les Palestiniens doivent pouvoir parler d’une seule voix afin de remettre le processus de paix en marche. Il ne pourra en effet pas y avoir d’accord de paix avec une partie seulement du peuple palestinien, ni d’Etat palestinien viable sans Gaza. Il ne pourra pas y avoir de paix sans la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël, sans la renonciation à la violence et sans le respect des accords de paix signés. Alors que les pourparlers en vue d’une réconciliation inter-palestinienne se heurtent à de nombreux défis, nous continuons à soutenir les efforts de médiation égyptiens et nous voudrions rendre un particulier hommage à ceux-ci.

Les pays de la région ont, bien entendu, un rôle important à jouer. A cet égard, nous continuons par ailleurs à apporter tout notre soutien à l’Initiative arabe de Paix, qui doit constituer une base essentielle d’un règlement global et durable au Proche-Orient. Toutes les mesures, tous les gestes des Etats de la région montrant leur engagement pour une paix durable, qui implique notamment des relations de bon voisinage avec Israël, sont à encourager. Dans le cadre de cette approche régionale, il nous semble également que le temps est venu d’avancer sur les volets syrien et libanais du processus de paix.

Mais ces évolutions ne seront rien si les deux parties ne reprennent pas leurs négociations dans la perspective d’un règlement de paix final, dont les grandes lignes nous sont déjà connues.


Monsieur le Président

Il y a urgence et le Président Sarkozy l’a rappelé en soulignant l’urgence du règlement d’un conflit qui n’est pas seulement régional mais concerne le monde entier. Les tensions se sont accrues ces derniers jours au Proche Orient et nous sentons tous qu’à tout moment une étincelle peut déclencher l’incendie.


Il y a urgence et la communauté internationale et ce Conseil ont aussi un rôle majeur à jouer car la situation au Proche Orient est urgente et qu’elle nous concerne tous. Nous appuyons les efforts déployés par l’administration américaine. De leur côté, la France et l’Union européenne ont fait part de leur disposition à appuyer et à faciliter, autant que nécessaire, les négociations et à réfléchir aux garanties que nécessiterait un éventuel accord. Il est désormais temps d’avancer concrètement sur le chemin d’une paix juste et globale qui s’appuiera sur l’Initiative arabe de paix, sur les principes de Madrid et sur la Feuille de route et qui s’appuiera sur les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité. La France est prête à prendre toute sa part dans cet effort. C’est dans ce sens, que le Président Sarkozy et le Président Moubarak ont lancé l’idée d’un sommet pour la paix dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, qui accompagnerait la reprise des négociations de paix et qui serait organisé naturellement en concertation avec tous les acteurs concernés.

Je vous remercie./.



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