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15 avril 2013 - Conseil de sécurité - Prévention des conflits en Afrique : traitement des « causes profondes » - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame le Président,

Je salue votre présence et me félicite de l’initiative du Rwanda d’organiser ce débat sur la prévention des conflits en Afrique.

Le Rwanda a connu en 1994 un génocide fratricide. Un génocide qui a fait des centaines de milliers de morts. Un génocide que les Nations unies, que le Conseil de sécurité, ne sont pas parvenus à empêcher. Qui mieux que le Rwanda sait aujourd’hui que pour prévenir un conflit, quelle que soit sa nature, il est indispensable de traiter de ses causes profondes, ces causes profondes qui au fil du temps cristallisent les rancœurs, contribuent ensuite à aviver les haines, et mènent pour finir à la violence ?

Madame le Président,

Lorsqu’un conflit se dessine, les Nations unies font usage des outils de prévention des conflits. Le Secrétaire général peut recourir à ses bons offices ou désigner des Envoyés spéciaux pour assurer une médiation. Les bureaux régionaux de Dakar et de Libreville ont vocation à appuyer ces efforts. De son côté, le Conseil de sécurité peut envoyer des messages politiques ou prendre des mesures préventives, parfois des sanctions.

Mais ces mesures préventives, qui visent à atténuer des tensions et des rapports de force qui existent déjà, interviennent parfois trop tard et se révèlent alors insuffisantes pour juguler les antagonismes et pour empêcher le déclenchement d’une crise ou la récurrence d’un conflit. Trop souvent, les Nations unies sont alors réduites à traiter les questions sécuritaires et humanitaires et à chercher à minimiser l’impact d’un conflit sur les populations civiles.

C’est pourquoi, au delà de la gestion des facteurs conjoncturels des conflits en Afrique, les Nations unies doivent poursuivre leurs efforts pour anticiper en cherchant à traiter au plus tôt les causes profondes des conflits.

Celles-ci sont souvent multiples et complexes.

Au Mali, par exemple, la tenue rapide d’élections démocratiques en juillet prochaine sera certes une étape importante de la réconciliation nationale, mais le pays ne pourra faire l’économie d’un dialogue inclusif pour résoudre les vieilles revendications des différents groupes de la société malienne qui ont contribué à précipiter le pays dans le chaos.

Les crises peuvent aussi être liées à des enjeux économiques et sociaux. A l’Est de la RDC par exemple, le traitement des questions de partage des ressources minières et des terres arables sera indispensable pour mettre fin aux crises récurrentes que connaît la région.

L’absence d’implication suffisante des femmes dans les processus de décision et de transition est également être préoccupante. Il convient d’appuyer la mise en place de dispositifs permettant de garantir leur pleine et entière participation aux mécanismes de réconciliation et de sortie de crise, ainsi qu’aux processus électoraux.

L’absence d’Etat de droit, de police et de justice, démultiplie par ailleurs ces facteurs et constitue en soi une cause structurelle des conflits.

En l’absence de forces militaires ou de police crédibles, ce sont trop souvent des groupes armés qui prennent en charge le contrôle d’une région ou d’un Etat. Au Mali, en République démocratique du Congo ou en République centrafricaine, c’est la défaillance de l’armée et de la police qui a conduit aux crises que nous observons aujourd’hui. En Somalie, le renforcement des forces du GFT sera indispensable à une stabilisation durable du pays.

La justice joue enfin un rôle essentiel dans la prévention des conflits. Elle est essentielle car l’impunité des criminels entraine inexorablement le développement de rancœurs qui conduisent les victimes d’hier à vouloir rendre justice elles-mêmes et à devenir les criminels de demain. La justice vient par ailleurs à tout moment rappeler que le recours à la violence est illégal et que les auteurs de crimes, quels qu’ils soient, seront sanctionnés. C’est pourquoi le fonctionnement d’institutions judiciaires est essentiel. A défaut, la Cour pénale internationale doit pouvoir sanctionner les responsables des crimes les plus graves. Il ne peut y avoir de paix sans justice.

C’est la raison pour laquelle nous regrettons l’absence de référence à la Cour pénale internationale, instrument essentiel de la prévention des conflits en Afrique, dans la déclaration présidentielle que ce Conseil a adoptée.

La grande diversité des causes profondes des conflits ne doit pas remettre en cause la compétence du Conseil de sécurité. Même si parfois des enjeux économiques ou sociaux sont au fondement de certaines crises, le Conseil doit pouvoir les traiter, en coordination étroite avec l’Union africaine et les organisations sous-régionales, conformément au Chapitre VIII de la Charte. La médiation conduite par le Président Mbeki entre le Soudan et le Soudan du Sud, appuyée par le Conseil de sécurité, ou encore l’Accord-cadre du Secrétaire général sur la RDC et la Région des Grands lacs, endossé par l’Union africaine, montrent que les Nations unies et les organisations africaines ont la capacité aujourd’hui de traiter, ensemble, spécifiquement des causes profondes des conflits.

L’action du Conseil peut par ailleurs se fonder sur le principe de la « responsabilité de protéger », instrument essentiel de prévention des atrocités. Sa mise en œuvre a fait des progrès considérables depuis sa définition consensuelle en 2005. L’Etat a la responsabilité première de protéger sa propre population. Mais s’il n’assume pas celle-ci, la communauté internationale a le devoir d’agir de manière résolue. Elle ne peut, sous peine de complicité, s’arrêter à un principe passif de souveraineté et rester inactive devant les massacres et les viols massifs. En Libye, ce Conseil a su agir pour prévenir. Il peut en être fier.

Madame le Président,

Pour conclure, je souhaiterais apporter notre appui à la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité que le Rwanda a présentée et que nous nous apprêtons à adopter.

Je vous remercie.


En savoir plus sur les menaces transversales à la paix et à la sécurité internationales.



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