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15 mai 2012 - Conseil de sécurité - Somalie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

Je salue parmi nous la présence du président du Gouvernement fédéral de transition, M. Sharif Sheikh Ahmed. Je remercie le Secrétaire général et le Représentant spécial Augustine Mahiga pour leurs présentations et pour leur engagement personnel en faveur de la stabilisation de la Somalie.

Monsieur le Président,

Les accords de Kampala du 9 juin 2011, la Feuille de route de Mogadiscio du 6 septembre 2011, le renforcement de l’appui à l’AMISOM décidé en septembre 2011, ou encore la reconfiguration complète de l’AMISOM décidée en février dernier par le Conseil de sécurité, ont été autant d’étapes déterminantes vers un objectif unique : la stabilisation politique et sécuritaire de la Somalie. Ces étapes ont témoigné d’un soutien sans précédent de la communauté internationale à l’égard de la Somalie, avec pour but d’infléchir la destinée du pays. La communauté internationale a fait son devoir, elle a le droit d’entretenir de fortes attentes à l’égard des responsables politiques somaliens. Sans leur l’implication, rien n’est possible, une implication sur laquelle nous pouvons tous encore nous interroger.

Aujourd’hui, presqu’un an après Kampala, et à 3 mois de la fin de la période de transition, où en sommes-nous ?

Sur le plan politique, nous sommes inquiets. Le « Feuille de route » comportait quatre axes principaux, assortis d’échéances précises auxquelles les Institutions fédérales de transition avaient souscrit. Aujourd’hui, trois de ces quatre axes ont été mis de côté afin de concentrer tous les efforts sur l’adoption d’une Constitution et sur la réforme des institutions actuelles, et mettre ainsi un terme à la période de transition débutée en 2004. Malheureusement, même dans ce seul domaine, certaines échéances fixées par la communauté internationale et les Somaliens eux-mêmes ont été dépassées et le processus politique accuse aujourd’hui un retard de plusieurs semaines.

Nous avons donc besoin d’un sursaut.

Ce sursaut passe d’abord par la désignation des membres d’une assemblée constituante somalienne. Les chefs de clans, actuellement réunis à Mogadiscio, doivent aller de l’avant et doivent privilégier l’intérêt national par rapport à leurs intérêts particuliers afin de désigner sans tarder les Somaliens représentatifs de toutes les catégories de la population -et notamment des femmes- qui formeront l’assemblée chargée d’examiner le projet de Constitution.

Ce sursaut passera ensuite par la finalisation du texte du projet de Constitution. Les experts chargés de le rédiger doivent achever leurs travaux en gardant deux éléments à l’esprit : ce texte est un texte provisoire, qui pourra faire l’objet de perfectionnements ultérieurs ; et ce texte doit toutefois respecter les droits de l’Homme, conformément aux engagements internationaux de la Somalie

Bien sûr, la fin de la période de transition n’est pas du goût de tous. Certains semblent avoir intérêt à ce que l’instabilité actuelle perdure, afin de préserver une influence politique ou des bénéfices financiers. A ceux-là, à ceux qui veulent empêcher leurs compatriotes de vivre en paix, la communauté internationale est aujourd’hui prête à dire qu’ils ne pourront plus comploter en toute impunité. La lettre conjointe ONU-UA-IGAD diffusée il y a quelques jours par le M. Mahiga est très claire : ceux qui continueront de saper le processus politique s’exposeront à des sanctions des Etats de la région, voire des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Sur le plan sécuritaire, beaucoup reste encore à faire. Mogadiscio continue de faire l’objet d’attentats sporadiques et une partie importante du territoire somalien échappe toujours à l’autorité du GFT.

Mais les progrès sont considérables. Grâce aux efforts des soldats de l’AMISOM, le Shebab a perdu du terrain et la vie a repris dans la capitale somalienne. Il faut rendre hommage aux contingents de l’Ouganda et du Burundi, il faut également rendre hommage à l’action de l’Ethiopie.

Nous soutenons leurs efforts : grâce à l’adoption de la résolution 2036, les moyens de l’AMISOM vont être transformés. La Force va pouvoir enfin disposer de capacités aéroportées et ses effectifs être sensiblement renforcés. Ce renforcement est rendu possible par un soutien accru des Nations Unies, mais également de l’Union européenne, qui rappelons-le finance depuis plusieurs années l’intégralité des soldes des troupes de l’AMISOM, pour un montant d’actuellement presque 200 millions de dollars par an. Aucun autre pays au monde ne bénéficie d’un tel soutien.

J’invite ici les Etats qui souhaitent renforcer leur soutien à la stabilisation sécuritaire de la Somalie à appuyer, aux côtés de l’Union européenne, la prise en charge des soldats de l’AMISOM. 

Sur le long terme, la sécurité de la Somalie ne pourra être prise en charge que par les Somaliens eux-mêmes. La formation des forces nationales somaliennes doit être une priorité. L’Union européenne s’est pleinement engagée dans cette voie dans le cadre de la Mission EUTM. Une restructuration des forces du GFT et un renforcement de la chaîne de commandement seront toutefois nécessaires pour rendre ces forces plus efficaces.

Monsieur le Président,

Alors que la période de transition touche à sa fin, il nous faut aussi certes renforcer notre action pour le développement de la Somalie mais il appartient également aux autorités somaliennes et aux Somaliens de faire leur part de l’effort, de faire leur part du chemin. L’un des enjeux des prochains mois sera à cet égard le développement d’une administration à la fois nationale et locale qui soit en mesure d’apporter des services de base à la population, tout particulièrement dans les zones libérées du Shebab, afin d’asseoir la légitimité des autorités somaliennes. C’est au GFT de faire sont devoir, c’est au GFT de répondre aux demandes de la population somalienne. Nous nous félicitons à cet égard de la tenue prochaine de la Conférence d’Istanbul, qui sera l’occasion nous l’espérons de lancer une dynamique nouvelle autour de ces questions.

Je vous remercie.



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