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16 octobre 2012 - Conseil de sécurité - Situation en Somalie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général en Somalie Monsieur Mahiga ainsi que Monsieur Lamamra, Commissaire de l’Union africaine à la paix et à la sécurité.

Ces derniers mois ont permis de franchir, nous l’avons dit, des étapes historiques, qui seraient apparues hors d’atteinte il y an : adoption d’une Constitution provisoire, la désignation d’un Parlement et de son président, l’élection d’un nouveau Président de la République et enfin, la désignation d’un nouveau Premier ministre. Nous attendons désormais la nomination prochaine d’un gouvernement.

Il y a donc en Somalie un nouvel espoir. La communauté internationale doit se tenir aux côtés des Somaliens pour les soutenir dans la construction d’un nouvel Etat, dans le respect de la souveraineté somalienne.

Avec l’achèvement de la transition, la consolidation des acquis est la première des priorités pour que les progrès accomplis de ces derniers mois ne s’inversent pas. Dans ce but et ainsi que l’a souligné le Président somalien dans son intervention lors du Mini-Sommet sur la Somalie organisé en marge de l’Assemblée générale, la sécurisation et la stabilisation du territoire somalien constituent l’objectif immédiat.

La sécurisation exige de poursuivre l’effort militaire, et j’y reviendrai. Mais elle nécessite également une stratégie politique. Sur l’ensemble du territoire somalien, et en particulier dans les territoires libérés de la présence du Shebaab, la mise en place d’institutions fédérales et d’administrations civiles inclusives est une priorité. Mais après 20 ans de vacance du pouvoir fédéral, dans un pays où les allégeances claniques sont essentielles, ces institutions devront être acceptées par la population et conquérir ainsi leur légitimité. Dans ce but, nous encourageons les autorités somaliennes dans leur souhait d’ouvrir un dialogue avec tous les Somaliens en s’engageant dans un processus de réconciliation nationale. Toutes les composantes de la Somalie doivent être représentées dans les institutions qui seront mises en place, au niveau fédéral comme au niveau local.

Dans ce contexte, une présence politique civile d’appui aux autorités somaliennes est indispensable. Les Nations unies disposent de l’expérience et de l’expertise nécessaires. Nous souhaitons donc qu’elles accélèrent leur déploiement à Mogadiscio et envisagent, rapidement, les modalités d’une présence dans les nouveaux territoires libérés, en lien avec l’Union africaine et les autorités somaliennes. Nous ne pouvons attendre les résultats de la revue pour renforcer la présence politique des Nations unies au risque de perdre un temps précieux.

Sur le plan sécuritaire, les succès obtenus par l’AMISOM et les forces de sécurité somaliennes au cours des derniers mois ont permis de reprendre du terrain dans tout le centre-sud de la Somalie et d’affaiblir ainsi le Shebaab. La reconquête du Sud s’est intensifiée avec la prise du port de Merkaa puis de Kismayo, ce qui a privé le Shebaab de son principal bastion stratégique et d’une part non négligeable de ses ressources. Ces résultats doivent être salués alors que les troupes ougandaises, burundaises, kenyanes, djiboutiennes et éthiopiennes consentent un lourd sacrifice pour libérer la Somalie du Shebaab.

En dépit des récents progrès, la présence de l’AMISOM est encore nécessaire pour assurer la sécurisation durable du pays, aux côtés des Forces de sécurité somaliennes. Dans ce contexte, la France soutient le renouvellement pour un an de l’AMISOM à mandat et plafond de troupes constants. Une clause de revue à mi-parcours permettra de réévaluer la nature de sa présence en fonction des revues que conduiront, en étroite coordination, les Nations unies et l’Union africaine avant la fin de l’année.

Nous partageons en effet l’analyse de l’Union africaine qui, dans son dernier rapport, souligne qu’il est nécessaire de trouver un financement durable pour l’AMISOM. Je tiens à rappeler que depuis 2007, l’Union européenne a apporté un soutien continu à cette mission, à hauteur de 442 millions d’Euros. L’Union européenne apportera de nouveau un financement pour le paiement des salaires des soldats de l’AMISOM en 2013. Cependant, ses ressources sont limitées au regard des effectifs actuels de la mission et des besoins qui s’expriment sur d’autres parties du continent africain. D’autres donateurs devront donc compléter la contribution de l’Union européenne afin que les soldes des soldats de l’AMISOM puissent être intégralement financés en 2013.

A moyen terme, la mise en place de forces de sécurité somaliennes crédibles doit être notre priorité afin qu’elles puissent, au plus tôt, prendre le relais de l’AMISOM. C’est une question de crédibilité politique pour le nouveau gouvernement et la seule à même de lui garantir le contrôle durable du territoire. Cet effort doit être la priorité stratégique de la communauté internationale en Somalie à moyen terme.

La France et l’Union européenne sont pleinement engagées dans ce processus avec la mission EUTM qui forme les soldats somaliens, conforte la mise en place d’un corps d’instructeurs somaliens et consolide la chaîne de commandement. La revue stratégique qui débute à Bruxelles doit décider de la poursuite de cette mission, dont nous souhaitons qu’elle porte sur deux ans, et déterminer les axes d’évolution pour mieux répondre aux besoins somaliens. Les efforts de cette mission pour renforcer la sécurité à terre seront complétés par une autre mission pour développer une police côtière en Somalie.

Je conclurai en évoquant la situation des droits de l’Homme et la situation humanitaire. L’enrôlement d’enfants-soldats, les assassinats de journalistes et les exécutions extrajudiciaires constituent toujours un facteur de préoccupation. Par ailleurs, quatre millions de personnes ont toujours besoin d’assistance alimentaire. Les Nations unies, comme les ONG humanitaires, apportent un soutien vital à la population affectée par la famine dans la région. L’accès sans entrave de l’aide humanitaire doit être garanti.

Je vous remercie.


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