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17 juin 2013 - Conseil de sécurité - Les enfants dans les conflits armés - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir organisé ce débat. Je remercie également les intervenants.

Je félicite le Luxembourg pour la manière dont il exerce la présidence du Groupe de Travail, et lui renouvelle le soutien de la France.

Monsieur le Président,

Le dispositif des Nations Unies de protection des enfants dans les conflits a permis de démobiliser des dizaines de milliers d’enfants.

Les plans d’action sont la pierre angulaire de ce dispositif. En 2012, grâce à eux, deux Etats ont été retirés de la liste d’infamie. Au total, la vingtaine de plans d’action signés représentent autant de progrès pour la protection de l’enfance dans les conflits.

Pour prendre tout leur sens, la mise en œuvre de ces plans d’actions doit se faire dans les meilleurs délais. C’est la garantie de notre crédibilité. Pour cela, la communauté internationale et les Nations unies doivent déployer toutes les ressources matérielles et humaines à leur disposition.

Les plans d’action reposent sur la coopération des Etats. Des progrès ont été accomplis dans ce domaine. Nous sommes encouragés à cet égard par la coopération et la volonté politique démontrées par le Tchad pour finaliser son plan d’action.

Le dispositif des Nations unies sur le terrain s’est renforcé au fur et à mesure des années : pensons par exemple aux sections de protection de l’enfance au sein des missions de maintien de la paix, qui jouent un rôle crucial et dont le déploiement doit se poursuivre.

Monsieur le Président,

D’innombrables violations persistent cependant. Chaque nouveau conflit nous renvoie à cette réalité : les enfants sont les premières victimes des conflits.

Ils le sont en Syrie, où le régime et ses milices se sont rendus responsables des pires atrocités à leur encontre : les enfants sont torturés et soumis à des violences sexuelles en détention ; ils sont assassinés sans pitié par des tireurs d’élite qui les visent à dessein pour terroriser les populations ; leurs écoles sont bombardées sans relâche, à tel point que 6% des enfants ont accès à l’éducation dans la région d’Alep. Depuis le début de la crise, plus de 6 500 enfants ont ainsi trouvé la mort en Syrie et ce chiffre est probablement encore en dessous de la réalité.

Les violations à l’encontre des enfants en Syrie doivent être condamnées d’où qu’elles proviennent. L’opposition syrienne se dite prête à ouvrir un dialogue avec les Nations unies sur cette question. Nous encourageons donc la Représentante spéciale à lancer, au plus vite, les discussions en vue de la signature d’un plan d’action avec celle-ci. Au Mali, les groupes armés au Nord ont tué, mutilé et torturé des enfants ; ils les ont utilisés comme bouclier humain, et les ont enrôlés de force dans leurs rangs. La situation s’est améliorée depuis le début de l’année, mais reste fragile. Le déploiement de la MINUSMA contribuera à la stabilisation du pays et une meilleure protection des enfants.

En République centrafricaine, les bandes armées de la Séléka se sont livrées à des pillages, des viols et des exécutions sommaires. Elles n’ont pas hésité à s’attaquer aux centres de démobilisation de l’Unicef afin de recruter des enfants qui avaient été récemment démobilisés, détruisant ainsi les progrès accomplis l’année dernière. Le chaos créé par les bandes armées a provoqué la fermeture de la moitié des écoles du pays, accroissant ainsi la vulnérabilité d’enfants rendus à eux-mêmes.

Dans les Kivus de la République démocratique du Congo, les rebelles du M23 savent où trouver les enfants pour alimenter sa guerre contre la souveraineté congolaise. Nous comptons sur la MONUSCO et son mandat renforcé pour assurer la protection de ces enfants et leur permettre de retrouver leurs familles.

Monsieur le Président,

Alors que de nouvelles crises apportent de nouveaux défis pour la protection de l’enfance dans les conflits, la longue liste des violateurs persistants continue de porter atteinte à la crédibilité de notre action. Elle nous impose de poursuivre nos efforts.

En dehors des Etats qui ont déjà signé un plan d’action et envers lesquels la priorité de notre engagement doit se tourner, nous devons également améliorer notre réponse face aux groupes armés qui souhaitent engager un dialogue avec les Nations unies, mais auxquels l’accès est impossible.

Les Etats concernés ont la responsabilité de tout faire pour assurer et faciliter l’accès à ces groupes car nous sommes convaincus qu’afin d’assurer la protection des enfants pris au piège des conflits, les considérations politiques doivent céder aux impératifs humanitaires.

La France est également favorable à ce que le groupe de travail puisse se constituer en groupe de sanctions ad hoc pour faire face aux groupes armés extrémistes qui refusent tout dialogue avec la communauté internationale et continuent leurs violations en toute impunité.

La lutte contre l’impunité doit occuper une place centrale dans notre action. Récemment, le transfert à la Cour Pénale Internationale de M. Bosco Ntaganda a envoyé un signal fort concernant les conséquences pénales du recrutement d’enfants, considéré comme un crime de guerre. C’est pourquoi nous sommes favorables à un renforcement du dialogue avec la Cour pénale internationale, ce qui pourrait passer dans un premier temps par une invitation au Procureur, Mme Fatou Bensouda, à venir faire une présentation au Conseil sur cette question.

Monsieur le Président,

La France est également impliquée sur le terrain dans l’amélioration de la protection et de la réinsertion durable des enfants dans les conflits armés. Nous menons depuis 2008 un programme dans la région de l’Afrique des Grands Lacs et de l’Afrique Centrale qui a permis de toucher 13 000 enfants dont 2 000 enfants soldats.

Nous continuons à appeler tous les Etats à endosser les Principes et Engagements de Paris, qui sont complémentaires de l’action du Conseil de sécurité. Ils fournissent un cadre solide à l’action de la communauté internationale pour la protection de l’enfance dans les conflits armés. Nous allons faire évoluer le format des prochaines réunions annuelles, qui prendront une dimension régionale et technique, en vue d’une grande conférence de revue pour le dixième anniversaire des Principes de Paris en 2017.

Avec nos partenaires du Secrétariat et de l’UNICEF, je renouvelle notre appel à rejoindre sans plus attendre la centaine d’Etats les ayant déjà ratifiés : n’oublions jamais que ce sont des vies d’enfants et d’adolescents qui sont en jeu.

Je vous remercie.

En savoir plus sur les enfants dans les conflits armés.



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