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18 Juillet 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France aux Nations-Unies

A la suite du crash de l’avion MH17 de la Malaysian Airlines le jeudi 17 juillet dans l’est de l’Ukraine, le Conseil de Sécurité s’est réuni en séance publique, autour de M. Jeffrey Feltman, Sous-secrétaire général aux affaires politiques, et en présence des Représentants permanents de la Malaisie, des Pays-Bas, de l’Indonésie, des Philippines, du Canada, de la Belgique, de la Nouvelle-Zélande et du Vietnam.

M. Jeffrey Feltman a présenté ses condoléances aux pays et familles touchés par l’accident et a fermement condamné le tir de missile à l’origine de l’accident et a exigé la tenue immédiate d’une enquête internationale et impartiale, sous l’égide de l’OSCE. Dans un contexte intensification de la crise ukrainienne, et face à une situation très préoccupante notamment à la frontière russe, il fallait sans attendre mettre en œuvre tous les efforts possibles pour protéger les civils et sécuriser la frontière.

Vous trouverez ci-dessous le discours de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies :

Monsieur le Président,

Je remercie Jeff Feltman de sa présentation.

J’adresse mes plus sincères condoléances à tous les représentants permanents des pays qui ont perdu des compatriotes dans ce tragique événement. Je voudrais le faire en particulier à nos collègues Néerlandais et Malaisiens, le deuil national des Pays-Bas est aussi le nôtre.

Hier, un avion de la Malaysian Airlines, transportant près de 300 passagers s’est écrasé en Ukraine dans la zone contrôlée par les séparatistes.

Le Président de la République française a fait part hier de son immense émotion à l’annonce de cette catastrophe. Je réitère aujourd’hui la solidarité de la France aux proches des passagers dans l’épreuve qu’ils traversent.

Face à cette tragédie s’ajoutant à un tableau déjà chaotique, la France demande que tout soit mis en œuvre, pour faire la lumière sur les circonstances qui ont provoqué cette tragédie. Nous appelons au lancement d’une enquête internationale indépendante qui puisse permettre d’établir des faits et d’en tirer toutes les conséquences.

Nous demandons que toutes les mesures soient prises pour faciliter le travail des enquêteurs sur le terrain.

Nous attendons en particulier des séparatistes qu’ils coopèrent avec les autorités ukrainiennes dans les recherches et permettent un accès sûr, immédiat et plein aux enquêteurs, conformément à ce qui a été décidé hier lors de la visioconférence entre le groupe de contact (Ukraine, Russie, et OSCE) et les représentants séparatistes.

Monsieur le Président,

Une lueur d’espoir avait commencé de poindre en Ukraine à la fin du mois dernier.

Avec l’élection de M. Porochenko, un processus de normalisation politique voyait le jour.

Un cessez-le-feu unilatéral décrété par Kiev le 20 juin laissait entrevoir un possible terme à la dégradation générale de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est. Le Président Porochenko prenait à cette même date l’initiative d’un plan de paix global en vue d’un règlement pacifique de la situation.

De même, à la suite leur rencontre en marge des cérémonies du débarquement en Normandie, un processus d’échanges quasi quotidiens entre les présidents Porochenko et Poutine, et la chancelière Merkel et le Président Hollande, permettait d’engager un dialogue utile.

Une déclaration conjointe était d’ailleurs adoptée à Berlin le 2 juillet, qui prévoit la recherche d’un cessez-le-feu durable à travers la rencontre du groupe de contact et des séparatistes, un renforcement des contrôles à la frontière russo-ukrainienne pour endiguer le flot d’armes et d’hommes, et le concours de l’OSCE pour participer à cet effort.

Monsieur le Président,

Aujourd’hui, la situation continue néanmoins de se dégrader. Depuis plusieurs jours, les combats se sont intensifiés dans l’est de l’Ukraine, en raison du refus des séparatistes de saisir la main tendue. Les exactions se font chaque jour plus meurtrières. Ainsi, des armes encore jamais utilisées sont entrées en action et ont frappé le territoire ukrainien.

Deux avions ukrainiens ont été abattus à l’intérieur de leur propre espace aérien, ce qui ne peut être le fait que d’une partie dotée d’un armement anti-aérien sophistiqué.

Plus encore, cette dégradation sans précédent tient aussi à la présence de combattants armés venant de l’extérieur de l’Ukraine. La question des soutiens extérieurs, en termes de recrutement, de fourniture de matériel et d’entraînement, ne peut être évitée. La réponse n’est que trop évidente, elle est indéniable.

Des systèmes d’armes d’une puissance de feu importante sont employés, rendant possibles des dérapages tragiques. Ceux qui ont armés leurs utilisateurs portent la responsabilité de cet embrasement. Comme je l’ai déjà dit dans un précèdent discours, lorsque l’on arme des voyous, on ne doit pas être surpris qu’ils se comportent comme des voyous.

Monsieur le Président,

Tous ces évènements pointent la nécessité pressante d’une pleine coopération internationale en vue de stabiliser l’Ukraine ainsi que de garantir sa souveraineté et son intégrité territoriale. Nous appelons notamment à un engagement sincère de la Russie, qui a fait défaut jusqu’à présent.

Avant-hier, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Européenne faisaient le constat que les nombreux appels adressés à Moscou pour cesser son action non coopérative n’avaient pas été entendus. C’est le sens de la décision de l’Union Européenne de durcir ces sanctions.

Le renforcement de ces sanctions n’a cependant qu’un seul et même but, la facilitation de l’émergence d’une solution politique. Notre priorité demeure d’abord d’enrayer l’escalade et d’obtenir la mise en place d’un cessez-le-feu durable respecté par toutes les parties. C’est pourquoi nous appelons la Russie à s’impliquer de façon constructive dans cette entreprise et à user de son influence sur les groupes armés illégaux pour déposer les armes et s’engager dans le dialogue.

Les activités des séparatistes doivent cesser. En vue de freiner les flux d’armes et de combattants qui franchissent la frontière russo-ukrainienne, nous appelons à des négociations Ukraine-Russie-OSCE en vue de permettre le déploiement rapide d’une mission de surveillance à cette frontière.

Monsieur le Président,

Que cette tragédie serve au moins à toutes les parties. Une fois l’épée tirée, elle frappe indistinctement et échappe à tout contrôle. Nous avons atteint ce moment, il est peut-être encore possible d’éviter le pire.

Je vous remercie.

En savoir plus sur l’Ukraine.



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