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18 mars 2010 - Conseil de sécurité - Afghanistan : Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies



Monsieur le Président,

Le Représentant de l’Union européenne prononcera tout à l’heure une intervention, à laquelle la France s’associe. Permettez-moi d’apporter quelques observations complémentaires.

Après une année 2009 difficile, les premiers mois de cette année nous donnent certaines raisons d’espérer une amélioration de la situation. L’Afghanistan et la communauté internationale se sont accordés sur une feuille de route crédible lors de la Conférence de Londres, fondée sur l’accélération de la prise en main de leurs responsabilités souveraines par les Afghans. Les engagements pris par le Président Karzai et son Gouvernement sur un programme ambitieux de réformes et le lancement d’un processus de réconciliation et de réintégration donnent un fondement solide à cette transition.

Sur le plan militaire, la nouvelle stratégie élaborée par le Général Mc Chrystal commence à porter ses fruits et met en lumière les faiblesses de la rébellion armée qui ne bénéficie pas du soutien de la population. Enfin, au niveau régional, des dynamiques plus positives entre l’Afghanistan et ses voisins favorisent un combat plus efficace contre le terrorisme.

Ces développements restent cependant fragiles. Pour que les perspectives de redressement se confirment, la mise en oeuvre rapide du programme de réformes annoncé par le Président Karzai afin que les institutions afghanes soient en mesure d’assumer pleinement leurs nouvelles responsabilités est indispensable.

Monsieur le Président,

Les Nations Unies disposent de la légitimité, de l’impartialité et de l’expertise qui en font un acteur irremplaçable dans cette nouvelle phase. La MANUA devra à ce titre jouer un rôle clef. Nous saluons la nomination de M. Staffan de Mistura à la tête de la MANUA et exprimons notre entière confiance dans sa capacité à assumer avec efficacité et dynamisme son rôle de représentant de l’ensemble de la communauté internationale auprès des Afghans. Il pourra s’appuyer pour cela sur le nouveau représentant spécial de l’UE et le nouveau Représentant civil de l’OTAN, dont les compétences renforcées contribueront à une mise en cohérence de l’action internationale autour du Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies.

Nous attendons de l’ONU qu’elle accompagne activement le processus de transition engagé à Londres. Dans ce cadre, le renouvellement du mandat est l’occasion de préciser les priorités d’action de la MANUA. Nous en voyons trois :

— Les bons offices politiques constituent le cœur du mandat. Le Représentant spécial devra en particulier conduire un dialogue suivi avec le Président Karzai et les autres acteurs politiques sur la mise en oeuvre des engagements mutuels pris à Londres. Les premiers contacts établis entre le Représentant spécial et le Président Karzai sont à cet égard encourageants. La MANUA aura aussi un rôle actif à jouer, en soutien au Gouvernement, dans le programme de réconciliation et de réintégration. Ce programme devra être conduit dans le cadre de la Constitution et dans le respect des valeurs et acquis démocratiques.

— La MANUA aura aussi à s’engager en appui du processus électoral. Les leçons doivent être tirées des difficultés du scrutin présidentiel. Des réformes sont nécessaires en amont des élections parlementaires de septembre. La légitimité de l’action du gouvernement afghan et de la communauté internationale exige que ce scrutin se déroule dans les meilleures conditions possibles. Le Représentant spécial aura un rôle important pour aider à forger un consensus entre le Gouvernement et les principaux acteurs politiques afghans, y compris les responsables de l’opposition, sur ces réformes.

— Enfin, il faut que la MANUA poursuive l’effort engagé depuis la Conférence de Paris de juin 2008 pour renforcer l’efficacité et la cohérence de l’aide. Ce rôle devra, comme le souligne le rapport du Secrétaire Général, s’inscrire plus clairement en appui des autorités afghanes à qui revient la responsabilité première en matière de coordination de l’aide.

Je remercie la Turquie pour le projet de résolution soumis aux membres du Conseil de sécurité, qui reflète pleinement ces priorités.

Monsieur le Président,

La crise afghane ne peut être abordée indépendamment de la situation dans la région, en premier lieu au Pakistan. Le Gouvernement pakistanais a engagé un combat courageux contre le fléau du terrorisme. La communauté internationale doit le soutenir et l’encourager à accentuer la lutte contre tous les groupes terroristes. Au-delà, le dialogue et la coopération régionale doivent faire l’objet d’une attention accrue. Des initiatives importantes ont été lancées récemment à cet effet. La France salue en particulier le rôle d’impulsion joué par la Turquie. Pour aller plus loin, nous souhaitons que soit institué un mécanisme dédié de suivi et de promotion du dialogue régional. L’ONU, par son impartialité, est bien placée pour réunir tous les acteurs régionaux autour de l’objectif commun de stabilisation de la région. Nous encourageons la MANUA à s’engager activement sur ce dossier.

Monsieur le Président,

En conclusion, je souhaiterais rappeler un point essentiel : la transition engagée en Afghanistan ne signifie pas un retrait de la communauté internationale, encore moins un abandon. En tout état de cause, comme le Président de la République Française, Nicolas Sarkozy, l’a rappelé à de nombreuses reprises, la France restera engagée aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que les Afghans le souhaiteront.

Je vous remercie./.



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