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18 novembre 2009 - Conseil de sécurité : Somalie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie, M. Ahmedou Ould Abdallah, pour sa présentation et pour son action en Somalie.


Les pirates constituent toujours une menace, pour la population somalienne d’abord, puisque la moitié des Somaliens dépend désormais de l’aide internationale et que la quasi-totalité de cette aide parvient en Somalie par mer, une menace aussi pour les troupes de l’AMISOM, dont l’approvisionnement s’effectue pour l’essentiel par la mer. Ils mettent enfin en péril la circulation maritime internationale au large de la Somalie, qui est une des plus denses du monde.

Beaucoup d’intervenants avant moi ont indiqué que les racines de la piraterie sont à chercher à terre, et que l’insécurité accumulée après près de deux décennies de conflits, l’absence de l’Etat, le manque de débouchés économiques légaux et l’action de groupes criminels ont créé les conditions qui ont permis son apparition. C’est la sécurité et le développement qui, à terme, en auront raison.

A court terme cependant, la poursuite d’une action résolue de la part de la communauté internationale est indispensable pour permettre de limiter les effets de la piraterie. Tout relâchement de notre effort collectif aurait des conséquences immédiates. La France note que, lors des deux seuls mois en deux ans pendant lesquels le Programme alimentaire mondial n’a pas bénéficié d’une protection de ses navires, il a dû diminuer de 50% ses livraisons, au détriment des populations.


Monsieur le Président, le Secrétaire général a décrit dans son rapport les différents efforts de la communauté internationale. L’Union européenne, avec l’opération Atalante, joue un rôle essentiel en la matière mais des organisations régionales et des partenaires nationaux comme la Russie, la Chine ou le Japon, sont aussi impliqués dans ces actions. La France y a participé et y participe toujours activement, à travers l’opération européenne Atalante ou à titre national.

Nous avons en parallèle su améliorer notre coordination : le groupe de contact, avec ses 45 membres, joue un rôle essentiel pour progresser dans les domaines politique, juridique et militaire. Dans le cadre du groupe de travail numéro 1 de ce groupe de contact, le mécanisme SHADE nous permet de multiplier les échanges d’informations opérationnelles pour être plus efficaces collectivement.

Nous avons déjà parcouru un long chemin depuis les premières opérations de protection des bâtiments du programme alimentaire mondial en novembre 2007 et nos efforts commencent à porter leurs fruits : le rapport du Secrétaire général indique que si le nombre d’attaques reste élevé, une proportion importante de ces attaques échoue grâce à la présence internationale.


L’Union européenne s’est engagée à ce que l’opération Atalante déployée en décembre 2008 se poursuive au moins jusqu’au mois de décembre 2010. Elle pourra ainsi continuer de garantir une protection aux navires du programme alimentaire mondial et d’apporter un appui décisif aux autres bâtiments vulnérables, y compris ceux qui sont affrétés par les Nations Unies pour approvisionner l’AMISOM. Il y a là un défi particulièrement important à relever puisque 80% de ces convois ont été attaqués.

Atalante et les pays de l’Union européenne vont prendre en compte l’accroissement de la zone d’actions des pirates dans l’Océan indien. La France a apporté son aide aux Seychelles à cet égard. L’Union européenne a signé un accord avec ce pays pour lutter contre la piraterie, qui permettra le transfert sur le territoire seychellois des pirates appréhendés par l’opération Atalante. Je soutiens la déclaration que la présidence suédoise prononcera tout à l’heure au nom de l’Union européenne.

Monsieur le Président, poursuivre nos efforts suppose de maintenir le cadre juridique de notre action et de prolonger d’une année en particulier les résolutions 1846 et 1851, qui autorisent les participants, sous des conditions strictes, à entrer dans les eaux territoriales somaliennes et à agir contre les pirates. Je remercie la délégation américaine pour son projet de résolution et nous souhaitons que le Conseil de sécurité puisse l’adopter dans les prochains jours.

Mais une action efficace suppose aussi de diversifier notre action, comme nous avons commencé à le faire. Au-delà de l’aspect militaire, il est essentiel en particulier d’améliorer le traitement judiciaire des actes de piraterie, comme vient de le signaler le représentant de la Russie. A court terme, il est nécessaire que la communauté internationale apporte une aide concrète aux pays de la région et à la Somalie pour que ceux-ci puissent détenir, poursuivre en justice, et juger les pirates. La France salue à cet égard les efforts du Kenya et soutient pleinement le fonds fiduciaire que le groupe de contact a décidé de créer le 10 septembre dernier, et auquel elle contribuera. Parallèlement, nous encourageons tous les Etats à modifier leur législation afin de permettre le jugement des actes de piraterie dans leurs juridictions.

Enfin nous devons continuer à traiter plus directement des causes profondes de la piraterie. L’Union européenne a lancé une réflexion en ce sens et a indiqué qu’elle était prête à apporter un soutien renforcé au Gouvernement fédéral de transition, par exemple pour lutter contre la pêche illégale. Nous devons poursuivre ces efforts, tout en veillant à ne pas confier à nos marines qui luttent contre la piraterie au large de la Somalie des tâches trop nombreuses, trop diverses ou trop éloignées de leur mission.


Monsieur le Président, l’action du Conseil de sécurité contre la piraterie au large de la Somalie prend tout son sens lorsqu’on examine en même temps la stratégie d’ensemble du Conseil de sécurité dans ce pays. Le dispositif arrêté par notre Conseil comprend en effet un soutien au gouvernement fédéral de transition, un appui résolu à l’AMISOM, y compris en utilisant des moyens des Nations Unies et un régime de sanctions rénové et complété par la résolution 1844. Il nous faut avancer sur l’ensemble de ces axes. La France, en particulier, est favorable à ce que des pirates et ceux qui les soutiennent soient sanctionnés.


* * *


Monsieur le Président, pour conclure je voudrais relever que le Conseil de sécurité avait innové en adoptant le 2 juin 2008 la résolution 1816 pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie. La communauté internationale a su utiliser les instruments nouveaux fournis par le Conseil au fil de ses résolutions : la mobilisation internationale est remarquable par son ampleur et elle s’accompagne du développement, avec le groupe de contact, d’un cadre de coopération nouveau, en étroite association avec le secrétariat des Nations Unies. Ceci doit nous encourager à ce que le Conseil continue à travailler en Somalie, au-delà de la question de la piraterie, dans le cadre d’une stratégie spécifique et pragmatique. Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général qui veille à la cohérence de l’action de la communauté internationale vis-à-vis de la Somalie et je souhaite l’assurer de tout notre soutien.

Je vous remercie./.



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