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2 mai 2014 - Conseil de sécurité - Situation au Soudan du Sud - Intervention de M. Gérard Araud, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie Mme Navi Pillay, Haute Commissaire aux droits de l’Homme, et M. Adama Dieng, Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, pour leurs présentations.

Monsieur le Président,

Le cri d’alarme que la Haute Commissaire aux droits de l’homme a lancé ne peut laisser le Conseil indifférent. La situation au Soudan du Sud est d’une extrême gravité. Le pays est devenu une zone de non-droit, les violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire se multiplient : attaques délibérées contre les civils, violences sexuelles à grande échelle, recrutement d’enfants soldats. Un cycle de représailles s’est enclenché, alimenté par les appels publics à la violence et à la haine. La radio multiplie cet engrenage infernal en lançant des appels à violer des femmes de la communauté opposée. Nous avons bien affaire à une dangereuse dérive communautaire du conflit, instrumentalisée par les deux parties.

La situation humanitaire est tout aussi préoccupante. Le nombre de déplacés et de réfugiés augmente de jour en jour. Près de 5 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire. La situation dans les camps de la MINUSS, qui abritent toujours près de 80 000 civils, est particulièrement dégradée. La saison des pluies va encore aggraver cette situation, avec un risque de famine.

Les deux parties sont responsables de cette situation tragique et de la gravité des atteintes aux populations civiles. Les massacres de Bentiu et Bor l’ont encore démontré : le monopole de la violence et des atrocités n’appartient à personne. Nous soutenons les efforts de médiation de l’IGAD mais force est de reconnaître qu’aujourd’hui le processus politique est à l’arrêt : alors qu’un cessez-le-feu a été signé le 23 janvier, les parties refusent toujours de s’engager dans des pourparlers de paix et n’agissent qu’en fonction des gains territoriaux, en particulier dans les zones pétrolifères. Le gouvernement du Soudan du Sud comme les forces d’opposition doivent cesser toute incitation à la haine et les attaques formulées contre le personnel des Nations unies. La reprise des pourparlers d’Addis Abeba le 28 avril dernier est un signe encourageant. Nous appelons, comme l’IGAD, à ce que M. Salva Kiir et Riek Machar se voient en face-à-face pour mettre fin au cycle des massacres et décider d’une trêve d’un mois, essentielle pour que les Sud-Soudanais puissent ensemencer leurs champs.

Monsieur le Président,

Si les autorités ont la responsabilité première de protéger leur population, la communauté internationale doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des populations menacées. Le Conseil ne peut pas rester indifférent à la situation dans le pays. C’est pourquoi la France est favorable à une révision rapide du mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud. Tous ses moyens doivent être mis au service de la protection renforcée des civils et du respect des droits de l’homme, ainsi qu’au libre accès de l’aide humanitaire.

Constatant l’absence de volonté politique de parvenir à un accord de paix, nous pensons aussi que le Conseil de sécurité doit envisager la mise en place d’un régime de sanctions contre les individus qui s’opposent au processus politique. Pour répondre aux interrogations légitimes qu’a présentées la Fédération de Russie, ce régime pourrait dans un premier temps ne pas comporter de nom mais simplement être utilisé comme un moyen de pression sur les deux parties.

Le règne de l’impunité au Soudan du Sud ne peut plus durer. Des enquêtes indépendantes et impartiales doivent être menées immédiatement. Les coupables doivent être jugés et condamnés, quelle que soit leur appartenance politique. La Commission d’enquête de l’UA doit rassembler les éléments de preuve des crimes commis. Les attaques notamment contre les bases des Nations Unies constituent des crimes de guerre. Compte tenu de l’exceptionnelle gravité et de l’échelle des crimes, et dans le cadre d’un dialogue avec l’IGAD et l’UA, il nous faut également envisager une saisine de la Cour pénale internationale.

Je vous remercie.

En savoir plus sur le Soudan du Sud.



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