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21 avril 2011 - Conseil de sécurité - Situation au Moyen Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Pascoe, pour son exposé. Je remercie également le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine pour leurs interventions. La France s’associe à l’intervention que prononcera le chef de la délégation de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Je souhaiterais évoquer les points suivants :

Ce Conseil se penche aujourd’hui sur un processus de paix qui n’avance pas dans une région qui connaît, elle, un formidable mouvement d’aspirations populaires. La Tunisie et l’Egypte en sont à gérer l’après-révolution et nous leur avons, avec l’Union européenne, confirmé notre plein soutien sur le chemin exigeant de la transition démocratique. Au Bahreïn, il nous faut encourager la reprise du dialogue afin que les difficultés actuelles puissent être surmontées dans l’intérêt de tous les Bahreïniens. D’autres situations, au Yémen, en Syrie, nous préoccupent et nous rappelons le nécessaire respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Nous soutenons les efforts de médiation conduits par le Conseil de Coopération des Etats Arabes du Golfe et nous appelons toutes les parties yéménites à engager immédiatement sous ces auspices un dialogue constructif qui puisse mener à une transition politique pacifique.

En Syrie, les autorités doivent renoncer à l’usage de la force contre les manifestants et traduire dans les faits sans tarder les réformes annoncées, notamment la levée de l’état d’urgence, pour répondre aux aspirations de la population. La fin de la répression, la libération de tous les détenus d’opinion, le respect du droit de manifestation pacifique et de la liberté de la presse doivent être mis en œuvre. Les arrestations doivent cesser et la lumière doit être faite sur les événements récents. Un dialogue politique inclusif doit s’engager pour permettre la mise en place de réformes effectives qui répondent aux aspirations légitimes du peuple syrien et qui contribuent ainsi à la stabilité du pays.

En Libye, nous appelons la communauté internationale, et en particulier le régime de Tripoli, à respecter les résolutions du Conseil de sécurité 1970 et 1973. Tant qu’un cessez-le-feu véritable, vérifiable et durable, répondant aux exigences de la communauté internationale ne sera pas respecté, la coalition poursuivra son action pour protéger la population civile, faire respecter la zone d’exclusion aérienne et l’embargo sur les armes.

Nous saluons le rôle joué par le Secrétaire général et les Nations unies pour que le dialogue et le respect des libertés fondamentales l’emportent partout sur la violence.

Monsieur le Président,

Les aspirations du peuple palestinien en faveur d’un Etat viable et souverain, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël ne sont pas moins légitimes que celles qui s’expriment partout dans la région. Nous devons y répondre, ainsi qu’à celles du peuple israélien en faveur de la sécurité et de l’intégrité régionale.

La France considère qu’il n’y a pas d’alternative à une solution négociée pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Voilà pourquoi maintenant nous plaidons, depuis plusieurs mois, pour un endossement par le Quartet des paramètres que nous avons définis ici-même le 18 février, afin que puissent reprendre sur cette base des négociations directes entre les parties sur l’ensemble des questions du statut final. Le nouveau report de la réunion du Quartet, que nous déplorons, ne contribue pas à nous rapprocher de cet objectif. Les envoyés du Quartet se réuniront le 5 mai. Ils doivent travailler en ce sens, en vue d’une réunion rapide des principaux.

Une impasse durable du processus de paix risque de décrédibiliser la solution des deux Etats et d’entraîner une dégradation de la situation sur le terrain. La France reste mobilisée pour obtenir des résultats significatifs avant l’échéance fixée par le Quartet en septembre 2011.

La reconnaissance de l’Etat de Palestine est une des options à laquelle la France réfléchit avec ses partenaires européens, dans l’optique de créer un horizon politique à même de relancer le processus de paix. Si nous retenions cette solution, elle devrait favoriser une reprise des négociations sur la base des paramètres internationaux bien connus. Outre la réaffirmation de notre attachement indéfectible à la sécurité d’Israël, elle serait assortie d’un message politique clair afin de dissuader les deux parties de poursuivre des stratégies unilatérales ou d’imposer des faits accomplis sur le terrain qui nuisent aux efforts de paix.

A cet égard, notre position sur la colonisation est constante : la colonisation est illégale au regard du droit international, elle sape la confiance entre les parties et constitue une menace pour la solution des deux Etats. C’est la raison pour laquelle, depuis le dernier débat ouvert, nous avons voté en faveur du projet de résolution présenté à ce Conseil. Nous appelons Israël à abandonner les projets de construction dont l’examen doit intervenir prochainement.

Nous avons bien pris note de l’annonce d’un discours du Président Obama ainsi que de celle d’une initiative diplomatique du Premier ministre israélien qui serait présentée devant le Congrès le 24 mai prochain. Les termes de ces initiatives ne nous sont pas connus mais nous sommes naturellement disposés à soutenir tous les efforts susceptibles de relancer une dynamique de négociation directe. Toute proposition visant à faire avancer le processus de paix doit aujourd’hui s’appuyer sur un socle de paramètres crédibles permettant de dépasser la crise de confiance entre les parties. 18 ans après le lancement du processus d’Oslo, il n’est plus temps d’imaginer de nouvelles solutions intérimaires. Les mesures destinées à améliorer la situation sur le terrain sont les bienvenues mais elles ne sauraient constituer une fin en soi et doivent être liées à la perspective d’un règlement définitif auxquelles elles ne peuvent constituer un substitut.

Si nous ne répondons pas aux aspirations à la paix qui s’expriment chez les peuple israélien et palestinien, la récente escalade de la violence à Gaza montre le risque d’explosion que nous encourrons. Nous condamnons l’assassinat d’Itamar, les tirs de de roquettes, de missiles et d’obus contre les populations civiles dans le Sud d’Israël. Nous appelons au respect du droit international humanitaire en faveur de Gilad Shalit. Le tir d’un missile anti-char contre un bus scolaire israélien a marqué une nouvelle étape dans la violence. Nous condamnons également les conséquences humanitaires des opérations militaires israéliennes intervenues en réponse à ces tirs, qui ont entraîné la mort de plusieurs civils dans la bande de Gaza. La résolution 1860 du Conseil de sécurité offre le cadre approprié pour la mise en œuvre d’une trêve durable, à laquelle nous appelons.

Nous continuons d’appeler à l’application de la résolution 1860 dans tous ses aspects, notamment s’agissant de la nécessité d’une levée du blocus, et de l’accès des biens humanitaires à destination du territoire qui doit se faire via les canaux existants mis en place par les autorités israéliennes. A Gaza aussi, il faut répondre aux aspirations de la population par un changement fondamental de politique, sans pour autant transiger sur les préoccupations sécuritaires légitimes d’Israël. La poursuite des mesures d’allègement mises en œuvre depuis juin 2010 est indispensable, et notamment l’autorisation de l’ensemble des exportations de biens commerciaux et la libéralisation des conditions de circulation des personnes. La population de Gaza a également exprimé son appel à l’unité palestinienne et nous souhaitons apporter notre soutien aux efforts du Président Abbas pour y répondre.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte très volatile, nous ne pouvons oublier l’aspect régional du processus de paix. Au Liban, nous souhaitons que les parties s’en tiennent à la plus grande retenue et continuent de coopérer dans le cadre de la commission tripartite pour éviter tout dérapage le long de la ligne bleue. La formation d’un nouveau gouvernement n’a pas encore abouti. Mais les autorités libanaises doivent respecter toutes les obligations internationales du pays, en particulier celles touchant au Tribunal Spécial et à la résolution 1701.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je voudrais insister encore une fois sur l’urgence qu’il y a pour la communauté internationale à ne pas laisser se prolonger une impasse qui dure déjà depuis 7 mois. Les conclusions du Comité de liaison Ad Hoc nous ont confortés dans la conviction que les Palestiniens sont plus que jamais prêts à établir leur Etat et à le gérer de manière crédible et responsable. Laisser se prolonger cette impasse sans répondre aux aspirations suscitées par la perspective du mois de septembre 2011, perspective soulignée par le Président Obama, c’est risquer de miner le seul acquis tangible en faveur de la création d’un Etat palestinien que constitue le plan Fayyad. Pour consolider cet acquis, la France organisera au mois de juin une conférence des donateurs pour l’Etat de Palestine. Mais un tel exercice n’aura de sens que dans son articulation avec une indispensable reprise du processus politique, dont j’ai rappelé plus haut les conditions.

Je vous remercie.



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