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21 avril 2012 - Conseil de sécurité - Syrie/Résolution 2043 - Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Nous nous félicitons de l’adoption, à l’unanimité, de la résolution 2043 qui établit une force des Nations Unies et lui donne mandat de surveiller la cessation des violences et la pleine mise en œuvre des six points du plan de l’Envoyé spécial conjoint. Après tant de mois de blocage, la Syrie doit entendre le message unanime de la communauté internationale et comprendre la signification de cet engagement, pour que cesse une situation intolérable.

Il y a une semaine, nous avons adopté une résolution prévoyant le déploiement d’une mission avancée d’observation. Après treize mois de répression aveugle et sanglante qui a fait plus de onze mille morts et qui déstabilise la région toute entière, une mission renforcée était absolument indispensable et son déploiement doit pouvoir se faire dans les plus brefs délais.

L’adoption de cette résolution ne doit cependant pas nous faire oublier que, sur le terrain, la situation est toujours aussi inquiétante du fait du refus de Damas d’appliquer réellement ses engagements.

Comme l’a relevé le Secrétaire général dans sa lettre envoyé au Conseil jeudi dernier, les autorités syriennes n’ont pas mis en œuvre les mesures d’application immédiate auxquelles elles s’étaient engagées auprès de l’Envoyé spécial conjoint : l’armée syrienne n’a effectué que des retraits en trompe-l’œil, les tirs à l’arme lourde et les bombardements continuent.

Le déploiement d’une première dizaine d’observateurs en Syrie n’a en rien changé le comportement meurtrier du régime. Homs et Idlib continuent de payer le lourd tribut d’une répression sans limite. A Deraa et à Douma, les snipers continuent leurs basses œuvres. Dans tout le pays, le régime continue, comme il l’a fait depuis treize mois, à réprimer les manifestations dans le sang, à pratiquer la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées et les violences sexuelles. L’urgence humanitaire s’impose toujours plus.

Par ses agissements quotidiens, le régime syrien viole les décisions du Conseil de sécurité. Il exprime son mépris envers ce Conseil, envers l’Envoyé spécial conjoint et, plus généralement, envers la communauté internationale.

Dans ce contexte, nous savons qu’en votant cette résolution nous prenons un risque. Nous prenons un risque parce que nous considérons que le plan Annan est une chance pour la paix, une chance ultime et que cette chance nous ne devons pas la manquer. C’est pourquoi la France a soutenu l’adoption de cette résolution.

Le Secrétaire général l’a dit : pour pouvoir remplir pleinement son mandat, cette mission devra être dotée d’effectifs importants, déployés dans les meilleurs délais, et devra couvrir l’ensemble des zones touchées par les évènements.

La liberté de mouvement des observateurs devra être entière et toute obstruction des autorités syriennes devra être rapportée au Conseil de sécurité. En application de la résolution 2045, les autorités syriennes devront assurer la sécurité des observateurs, tout en garantissant que leurs déplacements dans le pays, leurs contacts avec la population et leurs communications ne seront pas entravés ni ne comporteront de représailles d’aucune sorte contre la population. A cet égard, je souligne que l’utilisation de moyens de transports aériens est indispensable à la réussite de cette mission. C’est à ces seules conditions que les observateurs pourront s’acquitter efficacement de leur tâche. La France sera vigilante dans son exigence d’une coopération totale de la Syrie avec la mission d’observation.

Je rappelle qu’en envoyant cette mission, nous avons comme objectif non seulement la fin de la répression mais aussi et surtout l’engagement d’une transition politique de la Syrie vers un système démocratique, afin que le peuple syrien puisse enfin choisir librement son destin. Ces deux mouvements doivent avancer de front. Nous ne pouvons plus attendre : le temps est compté car plus de civils meurent chaque jour. Les observateurs doivent maintenant être déployés et pouvoir agir sans entrave, la violence doit cesser. Le plan Annan doit être intégralement mis en œuvre, notamment en ce qui concerne la liberté de manifester, qui doit être pleinement respectée. Nous jugerons le gouvernement syrien sur ses actes et les observateurs devront pouvoir nous dire si les obligations de celui-ci sont bien mises en œuvre. Si tel n’était pas le cas, nous devrons examiner les autres options y compris celles d’éventuelles sanctions qui s’ouvrent au Conseil de sécurité et à la communauté internationale.

Je vous remercie.



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