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21 février 2012 - Conseil de sécurité
L’impact du crime transnational organisé en Afrique de l’Ouest et au Sahel - Intervention de M. Edouard Courtial, secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Français de l’étranger

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime,

Mesdames et Messieurs,

Je remercie naturellement le Togo pour l’organisation de ce débat qui offre l’opportunité d’échanger sur l’impact de la criminalité transnationale organisée sur la paix et la sécurité internationales en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Je remercie également M. FEDOTOV pour le rapport qu’il nous a présenté et je voudrais, à cette occasion, réaffirmer l’appréciation de mon pays pour son action et l’organisation qu’il dirige. Je m’associe à la déclaration que fera le représentant de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

A plusieurs reprises, le Conseil de sécurité a pu constater la menace que faisaient porter les phénomènes de criminalité transnationale organisée sur la stabilité et la sécurité de différentes régions du monde, comme en Afghanistan, en Haïti ou en Amérique centrale.

Mais l’exemple de l’Afrique de l’Ouest, qui a traversé de nombreux conflits au cours de la dernière décennie, montre bien la diversité des formes de la criminalité organisée et, surtout, son impact négatif sur les efforts de bonne gouvernance et de reconstruction des institutions publiques menés en période de sortie de crise.

Le Conseil a ainsi exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation sur le développement du trafic de drogue et ses effets déstabilisateurs en Guinée-Bissau.

Le phénomène touche l’ensemble de la côte ouest-africaine, elle-même frappée par l’insécurité maritime et le brigandage armé en haute mer.

Des réseaux de criminalité organisée se constituent et utilisent la région du Sahel, particulièrement poreuse, comme point de transit, avant de s’étendre vers le reste du continent ou les rives de l’Europe.

Nous savons bien aussi que le trafic de drogues, en Afrique comme ailleurs, attire d’autres commerces illicites transnationaux, comme les armes, le blanchiment d’argent ou la traite d’êtres humains.

La dissémination d’armes légères et lourdes est un autre défi caractéristique de la région ouest-africaine et sahélienne.

La pénétration de l’argent des trafics dans les économies, la corruption générée et la violence entre groupes criminels engendrée pour capter les marchés fragilisent la gouvernance et portent atteinte au développement socio-économique.

*

Monsieur le Président,

Dans ce contexte, la France se félicite que le Conseil puisse prendre la mesure des conséquences de ces phénomènes mais aussi des premières réponses qui ont été apportées par les Etats de l’Afrique de l’Ouest.

Dans ses différentes instances, l’Organisation des Nations Unies favorise une prise de conscience politique et la mise en place d’une coopération plus efficace.

Sur le terrain, les synergies entre les différentes agences des Nations Unies et les autres organisations internationales doivent être soutenues.

L’instabilité générée par les trafics, et en premier lieu le trafic de drogue, appelle une réponse concertée et des politiques de reconstruction et de prévention des crises qui intègrent la lutte contre la criminalité transnationale organisée.

C’est le cœur du programme West African Coast Initiative (WACI) qui concerne la Guinée-Bissau, la Sierra-Leone, la Côte d’Ivoire et le Liberia, et que la France soutient.

Je tiens en particulier à saluer le rôle joué, depuis plusieurs années, par l’ONUDC pour aider les Etats de la région.

Dès 2008, l’ONUDC a joué un rôle moteur dans l’élaboration du Plan d’action de la CEDEAO (Plan d’action régional de Praïa 2008-2011).

L’implication des pays africains, notamment ceux subissant de plein fouet l’impact déstabilisant des trafics, est déterminante.

Leur voix doit être mieux entendue et leurs actions soutenues.

A cet égard, nous sommes convaincus du rôle majeur que doit jouer la CEDEAO.

Compte tenu de la dimension internationale des criminalités dont nous parlons, dont certaines trouvent leurs origines hors de l’Afrique de l’Ouest voire hors du continent, le renforcement de la coopération régionale et internationale dans les domaines policier et judiciaire est plus que jamais nécessaire.

Il importe notamment de mettre en place des systèmes nationaux de justice pénale accessibles et qui s’alignent sur les normes internationales.

A cet égard, les conventions des Nations Unies sur la drogue, la criminalité organisée (Convention de Palerme) et la corruption (Convention de Mérida) ont ainsi fixé un cadre d’action adéquat et exemplaire dans la lutte contre les stupéfiants. Il doit être universalisé et mis en œuvre.

*

Monsieur le Président,

Les Etats de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel peuvent compter sur une contribution forte et déterminée de la France et, plus largement, de l’Union européenne, pour renforcer leurs capacités contre la criminalité transnationale organisée.

L’Union européenne est un acteur majeur et consacre une aide très importante pour combattre le trafic de drogue et la criminalité organisée en Afrique de l’Ouest, l’insécurité maritime dans le Golfe de Guinée, et bien sûr au Sahel où elle met en œuvre d’importants programmes d’assistance technique. La France est pleinement engagée aux côtés des pays d’Afrique de l’Ouest.

Grâce à son réseau de coopérants mais également d’attachés de sécurité intérieure et ses magistrats de liaison, elle a pu renforcer sa coopération.

La France contribue ainsi à hauteur de dix millions d’euros à des programmes de coopération en matière de justice et de gouvernance avec les pays du Sahel, sur son enveloppe de Fonds spéciaux prioritaires (FSP).

Elle est également pleinement engagée dans la lutte contre l’insécurité maritime dans le Golfe de Guinée en développant par exemple un projet sur 3 ans au profit du Bénin, du Ghana et du Togo et en coopérant également avec la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale.

Enfin, chaque année, nos attachés de sécurité intérieure en Afrique de l’ouest, souvent en étroite coordination avec les organisations internationales concernées, mettent en œuvre des programmes d’assistance technique (formations des services de police, dotation de matériels). Nous devons aussi veiller à renforcer la coordination entre les Nations Unies, les organisations régionales africaines, l’Union européenne et d’autres organisations sectorielles particulièrement engagées comme Interpol.

Enfin, au sein même du système Nations Unies, il y a un besoin de coordination des organes, agences, fonds et programmes qui jouent un rôle, direct ou indirect, dans l’assistance à la lutte contre la criminalité transnationale organisée et il nous paraît important d’être informés sur ce qui sera fait dans ce sens.

Nous sommes donc favorables à ce que le Secrétaire général continue de prendre en compte la question des menaces transversales, notamment de la criminalité transnationale organisée, dans l’analyse des conflits, les stratégies de prévention, les missions intégrées et les opérations de maintien de la paix.

Pour aller plus loin, nous souhaitons aussi que le Secrétaire général puisse transmettre des recommandations au Conseil de sécurité qui lui donnent la possibilité de mieux appréhender et traiter la question de ces menaces transversales dans le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. Ces recommandations devraient se concentrer sur les principaux facteurs de déstabilisation et nous plaçons ici la question du trafic de drogue en tête des priorités.

Il est nécessaire, enfin, que ce Conseil reste investi de cette question et puisse continuer à en débattre, sur la base d’autres exposés réguliers de la part du Directeur exécutif de l’ONUDC.

Je vous remercie.



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