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21 janvier 2013 - Conseil de sécurité - Opérations de maintien de la paix - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies


Monsieur le Président,

Je vous remercie de l’initiative que vous avez prise d’organiser ce débat important sur l’un des piliers de l’action des Nations unies : le maintien de la paix. Je tiens aussi à remercier le Secrétaire général de son intervention.

Ces dernières années, les opérations de maintien de la paix ont évolué : leur niveau de déploiement est aujourd’hui sans précédent avec 14 opérations actuellement en cours, et les mandats sont de plus en plus larges et complexes. Cette complexité et cette diversité des missions rendent nécessaires une meilleure coopération avec les Etats et les organisations régionales, et une synergie renforcée entre les acteurs du maintien de la paix et les acteurs de la consolidation de la paix.

Monsieur le Président,

Je rappellerai l’engagement profond de la France au service du renforcement des capacités de maintien de la paix des Nations unies. La France participe à 7 des 14 opérations de maintien de la paix et contribue également aux opérations mandatées par le Conseil de sécurité conduites et dirigées par l’UE, l’OTAN ou à titre national. Enfin, elle est un soutien actif de la participation des Etats d’Afrique aux opérations de maintien de la paix au travers du réseau des écoles nationales à vocation régionale (ENVR) au sein desquelles sont dispensé les savoir-faire techniques et opérationnels adaptés aux besoins des cadres des armées africaines. Elle participe également aux côtés de ses partenaires européens au programme EURORECAMP.

Monsieur le Président,

Depuis l’initiative franco-britannique de 2009 sur le suivi des opérations, nous plaidons pour le renforcement de l’expertise militaire, l’amélioration de la coopération du Conseil avec les pays contributeurs de troupes et de police ainsi que pour une meilleure maîtrise des coûts des opérations de maintien de la paix. Alors que de nombreuses recommandations du rapport Brahimi publié il y a plus de dix ans restent valables, je reviendrai sur trois éléments primordiaux dans l’amélioration du maintien de la paix : la mise en place de stratégies de transition entre maintien et consolidation de la paix, la protection des civils et le multilinguisme.

Premièrement, il faut élaborer des stratégies de sortie de crise qui garantissent un retour durable à la paix. Les opérations de maintien de la paix n’ont pas vocation à durer éternellement. Il faut tirer les conclusions opérationnelles de l’absence de cloisonnement entre maintien et consolidation de la paix pour que chaque étape de la présence des Nations unies prépare l’étape suivante pour anticiper et prévoir des stratégies de sortie. Il est à cet égard indispensable que, sous la direction des Représentants spéciaux du Secrétaire général, les opérations de maintien de la paix se coordonnent et coopèrent avec les agences des équipes-pays des Nations unies afin de rechercher les synergies possibles et d’éviter la duplication des efforts.

Nous comptons sur la Commission de Consolidation de la Paix pour apporter une meilleure cohérence de l’action de la communauté internationale dans les phases de sortie de conflit. Il convient de prendre en compte les nouvelles menaces telles que les trafics de drogue et d’êtres humains, le crime organisé et la corruption, qui ont un potentiel de déstabilisation dans les pays fragiles.

Deuxièmement, la protection des civils est l’un des objectifs principaux du mandat des Nations unies.

Tous les mandats récents du Conseil de sécurité comprennent un volet de protection des civils qui constitue la priorité en toutes circonstances. Les soldats de la paix doivent être formés en conséquence et se montrer irréprochables sur le terrain.

Les soldats de la paix doivent également mettre en place un environnement sécurisé qui favorise la reprise des processus politiques. Cela nécessite la mise en œuvre de programmes de démobilisation, désarmement et réintégration, y compris en faveur des enfants affectés par le conflit, de programmes de réforme des secteurs de la sécurité et de consolidation de l’Etat de droit. Les femmes sont l’un des principaux leviers de transformation d’une société. Il est primordial de renforcer leur participation aux prises de décisions. L’intégration des femmes dans la police et dans l’armée permet d’améliorer la lutte contre les violences sexuelles et de promouvoir les droits de l’Homme au sein de ces institutions.

Je rappelle aussi la politique du Secrétariat visant à exclure les contacts non essentiels avec les personnes faisant l’objet d’un mandat d’arrêts pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide.

Enfin, j’en viens au troisième au point : le multilinguisme.

Monsieur le Président,

Il y a à peu près plus d’un an dans un débat comparable, j’avais déjà soulevé cette question du multilinguisme et j’avais appelé le Secrétariat à réformer son approche de ce problème. Je constate une année plus tard que rien n’a été fait.

Il est nécessaire - et ce n’est pas là de ma part défense de la langue française - que les missions des Nations unies puissent communiquer avec les populations des pays où elles sont situées. Ce qui devrait être une question de bon sens. Or je constate qu’en réalité la politique de recrutement du Secrétariat ne répond pas à la nécessité pour les forces de maintien de la paix de pouvoir communiquer avec les populations mais en réalité d’être capables d’envoyer des rapports en anglais à New York. Je suis conscient qu’envoyer un rapport en anglais à New York est important mais il me semble plus important de pouvoir parler français avec des populations francophones qui n’ont pas eu la bénédiction de la colonisation britannique et ne parlent pas anglais.

C’est ce que je disais il y a 18 mois, c’est ce que je disais il y a 3 ans et le Secrétariat n’en a rien changé. Ces commissions de recrutement composées d’anglophones, cela ne vous surprendra pas, ne privilégient pas la connaissance du français. J’ai même un exemple assez intéressant d’une jeune fille qui n’était d’ailleurs pas française mais qui était francophone qui était candidate à toutes les missions de maintien de la paix. Elle a été envoyée à Abiyei, où naturellement elle doit utiliser son français tous les jours !

Je fais cette sortie, peut-être inhabituelle dans cette enceinte, mais je sais que cela n’aura aucune conséquence sur le comportement du Secrétariat qui continuera imperturbablement d’envoyer des anglophones dans des zones francophones. Je le regrette mais il faut de temps en temps admettre les limites des pouvoirs d’un représentant permanent.

Pour conclure, nous voudrions rappeler que le succès d’une mission de maintien de la paix est le résultat d’efforts partagés par les pays membres du Conseil, les pays contributeurs financiers, les pays contributeurs de troupes et de police et le Secrétariat des Nations unies. Mais ces efforts ne seraient rien sans un engagement solide du pays hôte.

Avant de terminer, la France salue l’engagement des casques bleus de toutes les nationalités, qui payent parfois de leur vie leur dévouement au service de la paix. Je pense en particulier aux sept casques bleus de l’ONUCI, aux cinq casques bleus de la MINUAD et aux quatre pilotes de la MINUSS morts au cours du semestre dernier. La France leur rend hommage.

Je vous remercie.

En savoir plus sur les opérations de maintien de la paix.



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