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21 juillet 2010 - Conseil de sécurité - La situation au Proche Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Pascoe, pour son exposé. Je remercie également la Représentante permanente de l’Etat d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine pour leurs interventions. Je voudrais évoquer quatre points :



1. D’abord la question de Gaza, qui a été sur le devant de l’actualité avec l’affaire de la flottille.


— La France avait condamné l’usage disproportionné de la force. Nous souhaitons la pleine mise en œuvre de la déclaration présidentielle du 1er juin 2010, dans laquelle le Conseil de sécurité avait appelé à " la nécessité d’une enquête prompte, impartiale, crédible, transparente et conforme aux standards internationaux ". Nous espérons que les efforts des acteurs concernés (notamment la Turquie et l’Etat d’Israël) et du Secrétaire général permettront d’atteindre cet objectif.


— Au-delà, l’affaire des flottilles a permis de mettre en lumière le constat que nous faisons depuis longtemps dans cette enceinte : le blocus de la bande de Gaza est non seulement inacceptable ; il est également contre-productif. Nous nous réjouissons de la décision israélienne de réexaminer cette politique. L’annonce par le gouvernement d’Israël en particulier de mesures d’allégement des restrictions est bienvenue et nous espérons qu’elle sera appliquée dans toutes ses dimensions.


— Nous estimons qu’il serait opportun d’aller encore plus loin avec pour objectif d’améliorer la vie des populations civiles mais aussi de permettre la reprise de l’économie de Gaza. Je pense notamment à des mesures comme l’augmentation des capacités des points de passage, la reprise des exportations ou encore la libéralisation des conditions de circulation des personnes de et vers la bande de Gaza.


— L’Union européenne suit la situation avec la plus grande attention comme l’a montré la récente visite en début de semaine, de la Haute Représentante, Mme Ashton. Les Ministres des affaires étrangères de l’UE ont ainsi fait part de leur disposition à ce que l’Union européenne contribue à un mécanisme qui permettrait la mise en œuvre complète de la R. 1860.


— Je souhaite également souligner que la cessation immédiate de toutes les violences, en particulier les tirs de roquettes vers le Sud d’Israël, est nécessaire. Nous appelons enfin à la libération sans délai et sans condition de Gilad Shalit, question qui est suivie avec la plus grande attention dans mon pays.


— Enfin, l’affaire de la flottille a également démontré la nécessité de réintégrer le territoire de Gaza dans le processus de paix. A ce titre, une de nos premières priorités doit être d’encourager les efforts de médiation actuels en faveur d’une réconciliation inter-palestinienne.



2. Deuxième point : nous ne devons pas perdre du vue que l’objectif principal demeure la relance urgente du processus de paix : il n’y a pas d’alternative à la reprise des négociations en vue de la création d’un Etat palestinien viable et contigu vivant en paix aux côtés d’Israël dans des frontières sûres et reconnues, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Initiative arabe de paix. C’est également la position de l’Union européenne, comme l’indiquera le chef de la délégation de l’UE dans son intervention, à laquelle la France s’associe.

La communauté internationale doit s’engager à accompagner les négociations et à garantir les paramètres d’un accord final pour permettre aux deux parties de s’y réengager. Nous travaillons à cet effet étroitement avec les autorités américaines et égyptiennes pour définir les termes d’un encadrement international à même de permettre une relance des négociations.



3. Troisième point : des évolutions sur le terrain sont indispensables afin de créer les conditions favorables à la reprise des négociations :

— La situation à Jérusalem reste préoccupante. Nous avons ainsi déploré les récentes destructions de maisons dans des quartiers arabes de la ville. De même que les destructions de maisons palestiniennes, les activités de colonisation à Jérusalem-Est sont inacceptables et constituent une provocation. Il ne pourra y avoir de paix excluant Jérusalem, qui a vocation, comme l’a dit le Président de la République dans son discours à la Knesset le 23 juin 2008, à devenir la capitale de deux Etats.

— La colonisation dans l’ensemble des territoires palestiniens reste un obstacle majeur sur le chemin d’un règlement : La décision du Gouvernement israélien de prononcer un moratoire de 10 mois sur les nouvelles constructions et la délivrance de permis de construire en Cisjordanie a constitué un pas dans la bonne direction, qui doit être appliqué pleinement. Aucune paix ne sera possible sans l’arrêt total des constructions dans les colonies, qui sont illégales. Comme l’a rappelé le Président de la République, la colonisation, en rendant plus difficile la perspective d’un Etat palestinien, ne contribue pas à la sécurité d’Israël mais, au contraire, accroît les dangers.


— La mise en œuvre par les autorités israéliennes de mesures de confiance sur le terrain serait de nature à encourager la reprise rapide des négociations directes, que nous appelons de nos vœux. Il s’agirait par exemple d’une libération de prisonniers, d’un élargissement des zones A ou B ou encore de la poursuite de la levée de restrictions aux accès et aux mouvements en Cisjordanie.


— L’Autorité palestinienne, de son côté, doit poursuivre ses efforts pour le renforcement du secteur de la sécurité et pour la mise en place d’un Etat de droit. La poursuite de la lutte sans merci contre le terrorisme doit rester une priorité.



4. Quatrième et dernier point : la communauté internationale doit apporter un soutien fort à l’Autorité palestinienne et au Président Abbas, afin de consolider les institutions du futur Etat palestinien. L’enjeu est aussi pour Israël d’accompagner de manière plus déterminée ce mouvement, notamment en Cisjordanie. Des gestes ont été consentis sur le terrain mais ils demeurent insuffisants.

Les Palestiniens doivent pouvoir percevoir que les évolutions sur le terrain tendent vers la fin de l’occupation, notamment en matière de liberté de mouvement et d’accès. A cet égard, nous réitérons notre soutien au plan du Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, qui s’inscrit pleinement dans la perspective de la conférence de Paris de décembre 2007, dont l’aboutissement sera l’établissement d’un Etat palestinien dans un délai fixé. Afin de maintenir la dynamique de soutien international créée par cette Conférence, le Ministre français des affaires étrangères, M. Bernard Kouchner a tenu, le 1er juillet, une nouvelle réunion de suivi avec les Co-Présidents et en présence de M. Salam Fayyad, Premier ministre palestinien, et de M.Abul Gheit, Ministre des Affaires étrangères égyptien.

Monsieur le Président,

Je le répète, la relance urgente des négociations est notre objectif majeur. Cela concerne les Israéliens et les Palestiniens mais également les autres volets régionaux du processus de paix. Dans cette perspective, nous travaillons à créer les conditions d’une reprise des pourparlers syro-israéliens. Nous poursuivons également nos efforts au Liban, en appelant les parties à mettre en œuvre la R. 1701, garantie de la paix entre les deux pays. Dans ce contexte, nous réaffirmons le rôle crucial que joue la FINUL. Il est essentiel que la Force puisse mettre en œuvre son mandat avec la pleine coopération des parties.

La communauté internationale et ce Conseil ont un rôle majeur à jouer car la situation au Proche Orient nous concerne tous. La France est prête à prendre toute sa part dans cet effort. C’est dans ce sens, que le Président de la République française a lancé l’idée d’un sommet pour la paix, qui appuierait les efforts américains, accompagnerait la reprise des négociations de paix entre les deux parties et qui serait préparé en concertation avec tous les acteurs concernés.

Je vous remercie./.



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