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22 octobre 2010 - Conseil de sécurité - Soutien des Nations unies aux opérations de maintien de la paix de l’Union africaine - Intervention de M. Martin Briens, chargé d’affaires a.i. de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais en premier lieu remercier M. Khare de la présentation qu’il vient de nous faire du rapport du Secrétaire général. Je voudrais également saluer la présence et l’intervention de M. Lamamra, pour l’Union africaine.

Ma délégation s’associe à la déclaration qui sera prononcée tout à l’heure par le Représentant de l’Union européenne. Je voudrais, pour ma part, souligner les points suivants.

1. Tout d’abord, rendre hommage aux efforts entrepris sur l’année écoulée par l’Union africaine, souvent dans les conditions les plus difficiles.

L’Union africaine joue ainsi un rôle considérable au Soudan en contribuant à la Force hybride ONU-UA au Darfour, au travers du panel de haut niveau de l’Union africaine, conduit par le Président Mbeki, qui joue un rôle de facilitation tant sur la question du Darfour que du Sud-Soudan, et enfin par le médiateur conjoint Djibrill Bassolé, qui conduit le processus de paix de Doha.

En Somalie également où la mise en place par l’Union africaine de l’AMISOM a permis d’éviter la prise de Mogadiscio par les extrémistes. Les contingents d’Ouganda et du Burundi fournissent un effort considérable pour endiguer les violences du Shebab et ainsi protéger les institutions de transition.


Nous relevons que l’Union africaine est l’une des organisations régionales, dans le monde, qui a le plus développé son partenariat et sa coopération avec les Nations unies. Cette relation exceptionnelle, construite aussi bien entre le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de Paix et de Sécurité qu’entre le Secrétariat et la Commission de l’Union africaine, se justifie, entre autres, par le poids qu’occupe l’Afrique dans les activités de maintien de la paix. Nous nous réjouissons de la place croissante des nations africaines au sein des opérations de maintien de la paix, qui sont elles-mêmes déployées majoritairement en Afrique. Nous pensons aussi qu’il est important de maintenir le caractère universel du personnel employé dans ces opérations.

L’Union africaine apporte beaucoup aux Nations unies. Elle apporte la proximité avec le terrain, la connaissance intime de l’environnement régional et la conviction que le continent prend en charge sa propre sécurité, dans le respect de la Charte des Nations unies. Inversement, les Nations unies apportent à l’Union africaine une légitimité dans le cadre de la Charte, des compétences, des ressources et des partages d’expérience qui peuvent l’appuyer dans ses missions de prévention et de gestion des crises sur le continent. Aujourd’hui, tous nos efforts visent à ce que ce partenariat original et mutuellement enrichissant, et pleinement dans l’esprit du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, perdure et s’améliore.

A cet égard, nous pensons que la mise en place du nouveau bureau des Nations unies auprès de l’Union africaine à Addis Abeba, officielle depuis le mois de juillet 2010, contribuera à renforcer ce partenariat en intégrant davantage les activités des Nations unies. Je souhaite féliciter le sous-secrétaire général, M. Zachary Muburi Muita, pour sa nomination à la tête de ce bureau.

2. La France, comme ses partenaires de l’Union européenne, est massivement engagée dans le soutien au maintien de la paix des organisations régionales et sous-régionales africaines, à commencer par l’Union africaine. Ainsi que le Président de la République l’avait annoncé au Sommet Afrique-France de Nice, en mai dernier, nous prévoyons d’apporter une aide de 300 millions d’euros sur les trois prochaines années pour le soutien à l’Architecture de Paix et de Sécurité, hors notre contribution bilatérale à la Facilité de Paix européenne, et nous avons également l’intention de contribuer à la formation de 12 000 hommes.


Nous accordons une importance particulière au renforcement des capacités africaines en matière de formation et de déploiement. Le réseau d’écoles nationales à vocation régionale, que nous appuyons, constitue un outil efficace dans la perspective de la formation des différentes composantes de la Force africaine en attente et au renforcement des capacités aussi bien militaires que policières ou civiles.

La France contribue également de manière importante à l’aide européenne en matière de paix et de sécurité sur le continent africain, qui, pour sa part, dépasse le milliard d’euros. Comme l’a souligné le Secrétaire général dans son rapport, l’Union européenne est devenue un partenaire-clef de l’Union africaine, en matière de renforcement de capacités comme de soutien aux opérations de paix déployées. Je rappellerai par exemple qu’en Somalie la Facilité de Paix de l’UE a engagé près de 95 millions d’euros au profit de l’AMISOM et une décision de financement supplémentaire de 47 millions d’euros a été adoptée en juillet dernier. Nous devons néanmoins respecter les règles de fonctionnement de l’Union européenne dans cet engagement, ce qui explique par exemple qu’aujourd’hui nous ne pouvons financer du matériel létal à travers la Facilité de Paix.

Dans le cadre de cette action en Somalie, je souhaite d’ailleurs rendre hommage à la mobilisation exemplaire de l’Ouganda qui accueille la mission EUTM sur son sol et fournit les troupes de l’AMISOM, aux côtés du Burundi.

Monsieur le Président,

3. Le soutien des Nations unies aux opérations de l’Union africaine appelle de notre part des réponses innovantes aux défis externes et internes qui nous sont posés.

Sur le plan sécuritaire, la difficulté, aujourd’hui, réside dans la capacité de répondre aux nouvelles formes de menaces transversales auxquelles les Nations unies et l’Union Africaine font face. La palette de moyens du maintien de la paix ou de la médiation politique est souvent peu adaptée dans ce genre de situation. Au Sahel et sur la côte Ouest de l’Afrique, on observe une multiplication et une imbrication croissante des facteurs d’instabilité, du terrorisme, des trafics, des rébellions, qui portent atteinte à la sécurité et à l’intégrité des Etats. C’est pourquoi l’appui à la réforme des secteurs de la sécurité et la promotion de l’Etat de droit doivent, à terme, devenir des compétences-clef des opérations déployées par les organisations régionales et sous-régionales africaines. Comment y arriver ? A cet égard, le travail de consolidation de la paix effectué par la MICOPAX en République centrafricaine, dans le cadre de la CEEAC et avec le concours financier de la Commission européenne, de la France et de la CEEAC, a ouvert des pistes de travail intéressantes. En outre, le projet de mission africaine d’aide à la réforme des secteurs de sécurité en Guinée-Bissao, s’il se concrétisait dans des conditions satisfaisantes, mériterait également notre attention, tout comme son interaction avec les Nations unies et l’Union européenne. En clair, tout ceci montre que les modes de soutien au maintien de la paix sur le continent africain sont loin d’être figés et uniformes.

Sur le plan interne, il est tout aussi évident que le contexte budgétaire actuellement contraint des Etats contributeurs doit nous forcer à rechercher une plus grande efficacité des opérations de maintien de la paix tout en en contrôlant plus strictement les dépenses. Si nous avons décidé de poursuivre notre travail entamé dans le cadre de l’initiative franco-britannique, qui vise un renforcement de la chaîne de commandement des opérations et une amélioration de la coopération avec les contributeurs en troupes, c’est aussi pour assurer un suivi financier plus rigoureux de ces opérations, dont le budget a cru de manière exponentielle au cours des dernières années.

Nous pensons aussi que si les Nations unies doivent être engagées dans un tel processus de réforme, ses partenaires ne peuvent rester en retrait, encore moins quand les imbrications sont fortes, comme avec l’Union africaine. A cet égard, nous relevons avec intérêt, dans le rapport du Secrétaire général, les efforts entrepris par l’Union africaine vers une réforme de ses méthodes de gestion et une plus grande diversification de ses sources de financement du maintien de la paix. Mais la question du suivi des opérations reste essentielle. Il demeure crucial, pour les Nations unies, de conserver la responsabilité première des opérations qu’elles financent.

Pour ces raisons, à la fois budgétaire et opérationnelle, nous pensons que le recours au financement par les Nations unies, sur contributions obligatoires, d’opérations qui ne sont pas sous sa direction, continue de poser des difficultés. Cette option ne devrait pas constituer la pierre angulaire de la réflexion, plus large et audacieuse, qui doit être menée autour du soutien aux capacités africaines de maintien de la paix. La nouvelle facilité de soutien à la paix pour l’Afrique de l’Union Européenne est une première réponse appropriée à la demande africaine d’un financement prévisible et pérenne des opérations de maintien de la paix conduites par l’Afrique. Il me semble que nous devons nous inspirer de cette démarche volontaire en faveur de la sécurité du continent africain.

Cela me permet de conclure en soulignant que ce soutien aux capacités africaines est bien l’affaire de tous, des Nations unies, de l’Union européenne, des partenaires bilatéraux et donateurs internationaux. Mais c’est aussi bien sûr l’affaire des Etats africains eux mêmes dont le volontarisme dans la prise en charge de leur sécurité conditionne tout succès. Soyez-en assur&, la France continuera d’être activement engagée à leurs côtés.

Je souhaite enfin apporter le soutien de ma délégation au projet de déclaration présidentielle.

Je vous remercie./.



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