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22 octobre 2013 - Conseil de sécurité - Situation au Proche Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie M. Jeffrey Feltman, Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur Permanent de Palestine pour leurs interventions.

Je m’associe à la déclaration que fera le représentant de l’Union européenne.

S’agissant, en premier lieu, du processus de paix au Proche-Orient :

Les négociations entre Israéliens et Palestiniens ont repris après trois ans d’interruption. La viabilité de la solution des deux Etats, qui constitue la seule issue juste et durable au conflit est en jeu.

C’est dans ce contexte que nous nous félicitons de l’initiative et de l’engagement du Secrétaire d’Etat américain, M. John Kerry. Les représentants du Quartet, réunis au niveau ministériel le 27 septembre dernier, se sont accordés pour soutenir l’objectif assigné à ces négociations – la conclusion d’un accord sur l’ensemble des questions du statut final – et la méthode retenue – des rencontres régulières devant aboutir dans un délai prédéterminé de neuf mois. Vingt ans après Oslo, un nouvel accord intérimaire ne serait pas satisfaisant, pas plus que la poursuite de négociations sur une période indéterminée.

Nous nous félicitons également du sens des responsabilités dont ont fait preuve les dirigeants des deux parties, M. Netanyahou et M. Abbas, dans leur décision de retourner à la table des négociations. Nous les appelons à maintenir ce même sens des responsabilités dans la conduite des négociations.

Pour vaincre le scepticisme et la tentation du repli, les deux parties doivent adopter des mesures de confiance pour faire évoluer la situation sur le terrain et tracer le chemin d’une paix juste et durable, et elles doivent s’abstenir de toute décision qui constituerait un obstacle au progrès des négociations. A cet égard, notre position est constante :

— la poursuite de la colonisation est contraire au droit international et met en cause la viabilité de la solution des deux Etats. L’Union européenne en a d’ailleurs tiré les conséquences qui s’imposaient ;

— les actes de violence, sous toutes leurs formes, doivent cesser. La sécurité d’Israël, comme le respect des droits fondamentaux des Palestiniens, ne peuvent souffrir aucun compromis. La France regrette à cette égard les pertes humaines dans les deux camps qui résultent d’incidents trop réguliers entre Israéliens et Palestiniens ;

— la situation des prisonniers palestiniens ainsi que la question de la détention administrative, en dépit de progrès récents sur la seconde demeurent préoccupants. Nous appelons à la libération du second groupe de prisonniers palestiniens, qui constitue un des fondements de la reprise des pourparlers de paix et qui a été repoussée encore au 29 octobre.

— il importe également de permettre un développement économique soutenable en Palestine pour renforcer, côté palestinien, le camp de la paix, qui est celui du Président Abbas. Le blocus de Gaza, qui profite au Hamas, n’y contribue pas. Les difficultés financières de l’Autorité palestinienne et le ralentissement de la conjoncture économique dans les Territoires palestiniens non plus.

Il nous faut aider le Président Abbas sur ces volets. Les mesures d’assouplissement prises par Israël au cours des derniers mois (permis de travail, accès à l’eau) vont dans le bon sens. Elles doivent être poursuivies et approfondies, y compris en zone C et à Gaza.

Monsieur le Président,

En Syrie, au-delà du processus de démantèlement chimique, ce Conseil doit rester mobilisé pour répondre à la tragédie qui se poursuit.

Face à l’évidence et à l’horreur du massacre à l’arme chimique du 21 août dernier, le Conseil de sécurité a exigé que les stocks d’armes chimiques syriens soient neutralisés. Comme la France l’avait demandé, cette décision prévoit un suivi par le Conseil et des mesures sous chapitre VII en cas de non-respect par le régime de Damas de ses obligations internationales.

Le Conseil doit donc veiller à la mise en œuvre rigoureuse de cette décision. Je salue la coopération qui existe entre les Nations unies et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) qui en sont chargées, et le courage de leurs personnels qui sont déjà déployés en Syrie. J’exprime notre soutien et notre confiance à Mme Sigrid Kaag qui a été choisie par le Secrétaire général pour assurer la coordination de cette mission conjointe.

Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter de cette avancée. L’essentiel est que chaque jour de nouveaux civils et innocents meurent sous les assauts portés par le régime syrien.

La France appelle de ses vœux une solution politique. Dans ce cadre, elle soutient la tenue, à Genève, d’une conférence menant à une transition politique en Syrie sur la base d’une pleine mise en œuvre du communiqué de Genève du 30 juin 2012. Les Etats participant à Genève II doivent souscrire pleinement à cet objectif. Il importe que ce processus soit crédible et aboutisse rapidement à la mise en place d’un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs, y compris les pouvoirs de la présidence sur les services de sécurité, de renseignement et les forces armées.

Le Secrétaire général et le Représentant spécial conjoint M. Brahimi sont mobilisés pour la préparation de la conférence de Genève II. La France prend toute sa part dans ces efforts, en lien avec ses partenaires. Le succès de la réunion ministérielle organisée par la France en marge de l’Assemblée générale des Nations unies autour du Président Al Jarba témoigne du soutien de la communauté internationale à la Coalition nationale syrienne, qui représente l’opposition modérée au régime de Bachar al-Assad, et doit donc conduire la délégation de l’opposition à Genève.

Dans l’attente de cette conférence, le Conseil de sécurité doit faire en sorte que la déclaration présidentielle sur l’accès humanitaire en Syrie du 2 octobre dernier permette des changements concrets sur le terrain. Force est de constater que trois semaines après son adoption, il n’y a pas d’amélioration de la situation humanitaire en Syrie. Le régime continue d’interdire aux agences des Nations unies et aux autres acteurs humanitaires un accès libre, immédiat et sans entrave aux populations dans le besoin. La France est favorable à ce que la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires des Nations unies et Coordonnatrice des secours d’urgence, Mme Valérie Amos, soit invitée à venir s’exprimer devant ce Conseil pour un premier bilan de la mise en œuvre de la déclaration présidentielle.

Monsieur le Président,

Je dirai enfin un mot du Liban, qui subit les conséquences du conflit en Syrie.

Le Liban fait face aux défis et aux dangers auxquels l’expose la guerre en Syrie :
les réfugiés venus de Syrie, dont le flux ne cesse de croître et qui représentent aujourd’hui près de 30% de la population libanaise ;

la dégradation de la situation sécuritaire, liée aux retombées de la crise syrienne et à l’aggravation consécutive des tensions communautaires, dont les deux attentats des 15 et 23 août à Roueiss et à Tripoli sont des illustrations tragiques ;

la crise politique et institutionnelle, alors que les institutions sont paralysées dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement ;

enfin, la crise économique qui pèse lourdement sur les équilibres internes ;

Face à ce péril, la politique de dissociation du Président Sleimane doit à tout prix être préservée et respectée par tous les acteurs libanais qui y avaient collectivement adhéré le 11 juin 2012 en signant la déclaration de Baabda.

Le Liban doit être soutenu. Nous nous félicitions du lancement, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, du groupe international de soutien au Liban qui a permis d’afficher un soutien unanime à la stabilité du Liban, à son indépendance et au respect de sa souveraineté. Nous estimons qu’il est aujourd’hui essentiel de poursuivre cette mobilisation avec les Nations unies. Les travaux du groupe se poursuivent, notamment à Beyrouth, pour témoigner de notre solidarité avec ce pays ami, pour l’aider à faire face à cette crise globale, qui n’est pas seulement humanitaire, mais aussi politique et sécuritaire.

Je voudrais enfin rappeler notre soutien au Tribunal spécial pour le Liban dont le fonctionnement est affecté par la situation difficile à laquelle ce pays doit faire face et dont le rôle est pourtant essentiel pour soutenir le Liban dans ses efforts pour lutter contre l’impunité.

Je vous remercie.


En savoir plus sur Israël/Palestine, le Liban et la Syrie.



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