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23 janvier 2013 - Conseil de sécurité - Situation au Proche Orient - Déclaration de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies


Monsieur le Président,

Je remercie M. Robert Serry, Coordinateur spécial des Nations unies pour le Processus de Paix, ainsi que M. le Ministre des Affaires étrangères de Palestine, M. Riyad el-Malki, et le Représentant permanent d’Israël, pour leurs interventions.

En ce début d’année 2013, le Moyen-Orient est miné par deux crises, qui appellent, après une nouvelle année de blocage et d’immobilisme, une action résolue de la communauté internationale.

Le conflit israélo-palestinien, tout d’abord.

Le Secrétaire général n’a cessé de nous mettre en garde l’an dernier : les portes sont en train de se refermer sur la solution des deux Etats. Désormais, l’alternative est simple.

Soit 2013 sera l’année où pourront démarrer des négociations substantielles menant à un accord final réglant l’ensemble des questions et mettant un terme à toutes les demandes.

Soit 2013 verra disparaître cette chance unique de faire la paix à travers un Etat palestinien viable, indépendant, souverain et contigu, vivant dans la paix, la sécurité et des frontières reconnues aux côtés de l’Etat d’Israël avec Jérusalem comme capitale des deux Etats.

En effet, la réalité sur le terrain ne peut plus être niée avec les dernières annonces du gouvernement israélien de construction de colonies, en particulier E1 dont la réalisation séparerait Jérusalem du reste de la Cisjordanie, c’est-à-dire de l’Etat dont la partie est de la ville devrait être la capitale. Nous condamnons cette politique de colonisation qui est illégale et qui est un obstacle majeur à la paix.

Dans ce contexte, la rétention par Israël des droits et taxes collectés pour le compte de l’Autorité palestinienne relève d’une logique contre-productive de représailles que nous avions appelé Israël à ne pas choisir après le vote souverain de l’Assemblée générale. Elle doit être levée. Elle vient aggraver une crise financière de l’Autorité palestinienne qui menace les acquis des réformes institutionnelles. Les donateurs doivent se remobiliser pour y faire face. L’UE versera rapidement une large part de sa contribution annuelle au budget palestinien. La France s’efforcera également de verser une première tranche de son aide budgétaire le plus rapidement possible.

Mais il n’est plus temps de préserver cette solution à deux Etats ; il faut travailler à la réaliser en 2013. Nous savons quelles énergies ont été dépensées depuis les accords d’Oslo, en premier lieu par les Etats-Unis. Nous reconnaissons aussi le courage nécessaire aux dirigeants en Israël comme en Palestine. Mais, pour que les efforts à venir portent leurs fruits, il est crucial de définir un cadre susceptible de relancer des discussions substantielles sur l’ensemble des questions du statut final dans un environnement de confiance suffisant et dans un calendrier réaliste.

Avec nos partenaires européens, nous avons déjà proposé des paramètres pour définir ce cadre. Nous appelons tous les acteurs clefs d’un tel processus, la nouvelle administration américaine, mais aussi les partenaires régionaux, à se réengager sur la base de ces principes, avec le soutien actif de l’ensemble de la communauté internationale.

Une approche nouvelle est nécessaire avec le soutien actif des Etats-Unis, de sEuropéens et des Arabes.

La France ne ménagera pas son soutien à ses efforts, y compris au sein de ce Conseil et de l’Union européenne.

Toutefois, aucun processus ne se matérialisera sans la volonté des parties de reprendre des négociations substantielles immédiatement et sans condition. Cela implique également du côté des Palestiniens qu’ils fassent un usage constructif du statut résultant de la résolution adoptée le 29 novembre par l’Assemblée générale, et du côté israélien que le prochain gouvernement manifeste concrètement sa volonté de paix afin de rétablir la confiance entamée notamment par les mesures unilatérales.

Pour parvenir à un règlement final, une réconciliation inter-palestinienne sous l’égide du Président Abbas conforme aux principes de l’OLP est une nécessité. Nous saluons les efforts égyptiens en ce sens : il importe de soutenir les partenaires de la paix et de ne pas offrir de tribune aux radicaux du Hamas dont nous condamnons les déclarations à l’encontre d’Israël, comme nous avons toujours fait, en français et en hébreux, sur le site de notre ambassade à Tel-Aviv.

Nous nous félicitons que le cessez-le-feu tienne à Gaza, mais il doit être consolidé, ce qui passe par la lutte contre le trafic d’armes et la levée du blocus de Gaza, pour offrir d’autres horizons politiques aux Gazaouis et garantir la sécurité d’Israël à long terme. La France et ses partenaires européens sont prêts à y contribuer, notamment au travers de la réactivation et du renforcement de la mission Eubam Rafah.

2013 doit aussi marquer la libération du peuple syrien.

La situation est tragique. Mme Amos et Mme Pillay nous décrivaient encore vendredi le calvaire de la population syrienne. 60 000 morts au moins, 600 000 réfugiés, 4 millions de personnes, le plus souvent des femmes et des enfants, dans le dénuement le plus total. Malgré les condamnations répétées de la communauté internationale, le régime de Damas continue de violer le droit international en usant de bombes à sous-munitions, de bombes incendiaires et désormais de missiles balistiques contre sa propre population. Nous rappelons que tout emploi d’armes chimiques par le régime de Bachar El-Assad serait inacceptable et entrainerait une réaction de la communauté internationale.

Dans ce contexte, l’incapacité du Conseil à agir est scandaleuse. C’est pourquoi, avec 58 autres Etats, nous avons appelé le Conseil à saisir la Cour pénale internationale de la situation en Syrie Nous ne devons pas laisser le silence recouvrir de son voile les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui sont aujourd’hui perpétrés en Syrie. Nous n’aurons de cesse de demander que les responsables syriens, leurs agents et leurs complices rendent des comptes devant le peuple syrien et la communauté internationale après la libération de la Syrie. C’est une condition de la réconciliation dans ce pays.

Au plan humanitaire, l’urgence va à une réponse qui couvre l’ensemble des populations syriennes touchées, y compris dans les zones libérées.

Nous soutenons les efforts de la Coordinatrice humanitaire, Mme Amos, ainsi que ceux des agences spécialisées, notamment l’UNRWA, pour élargir l’accès aux populations dans le besoin. Il est indispensable que les autorités syriennes autorisent tout le spectre des acteurs humanitaires à opérer sur le territoire, qu’il soit sous leur contrôle ou non.

Face à ces besoins immenses, à l’intérieur de la Syrie comme dans les pays de la région où plus de 600 000 Syriens ont trouvé refuge, les donateurs doivent se remobiliser. Nous saluons à cet égard l’organisation de la conférence de Koweït par le Secrétaire général.

La France continuera également à travailler en coordination avec la Coalition nationale syrienne et son Unité de coordination des aides pour venir en assistance aux populations vulnérables qui n’ont pas accès aux canaux d’assistance traditionnels. Nous encourageons les contacts pris par le BCAH avec la Coalition pour garantir l’accès aux zones libérées par l’opposition.

Mais au-delà de la crise humanitaire et de droits de l’Homme, les ressorts de la crise syrienne restent politiques. Nous devons donc œuvrer à l’avènement d’une transition conforme aux aspirations du peuple syrien. Nous appuyons les efforts du Représentant spécial conjoint, M. Brahimi, pour dégager une solution et nous saluons sa détermination. Hélas, dans son discours du 6 janvier, discours qui aurait pu être prononcé il y a 18 mois à l’identique, le Président Assad a une fois de plus démontré qu’il fermait la porte à une transition politique.

Pour nourrir ces perspectives, la France apporte toute son aide à l’opposition pour qu’elle se structure et se prépare activement à la transition. La création de la Coalition Nationale syrienne, reconnue par plus d’une centaine d’Etats le 12 décembre dernier à Marrakech, a constitué un tournant politique majeur, en montrant à la communauté internationale que la Coalition représentait l’alternative politique crédible que nous appelions de nos vœux, fondée sur des principes d’inclusivité, de démocratie, d’unité nationale et de respect des droits de l’Homme. Désormais une majorité des membres des Nations unies la reconnaissent et la soutiennent. C’est à ce projet représentatif des aspirations du peuple syrien que nous continuerons de soutenir. Nous encourageons tous les membres de cette organisation à faire de même.

D’une transition rapide en Syrie dépendent la sécurité et la stabilité régionales. Les déplacements de populations et les tensions socio-économiques qui résultent de la crise syrienne pour les pays voisins, la radicalisation de la violence, comme les tentations d’exportations de la crise par le régime, constituent autant de facteurs de déstabilisation. Nous rappelons une fois de plus le régime syrien à ses obligations en matière de respect de l’intégrité territoriale des Etats voisins, et en premier lieu celles du Liban et de la Turquie. De même, sur le Golan, les violations de la zone de limitation doivent cesser.

Face à ces risques de déstabilisation, la France apporte son soutien aux pays qui accueillent généreusement les réfugiés. Nous rappelons également notre solidarité avec la Turquie et l’attachement du Conseil à la fin de l’impunité au Liban, le respect de son intégrité et de sa souveraineté. La France continuera d’apporter son soutien aux efforts des autorités libanaises pour préserver l’unité et la stabilité du pays et encourage tous les acteurs politiques libanais à prendre une part constructive aux consultations menées par le Président Sleimane à cet effet.

En conclusion, Monsieur le Président,

La communauté internationale doit se remobiliser pour trouver sans délai les moyens de résoudre ces deux crises. Si 2013 ne voit pas la réalisation de la solution des deux Etats, la Cisjordanie et Gaza seront rattrapées par les troubles régionaux et la radicalisation, et les efforts menés depuis Oslo réduits à néant. Si 2013 ne voit pas la transition en Syrie, c’est de la déstabilisation de la région tout entière, dont nous porterons la responsabilité.

Je vous remercie.


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