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23 juillet 2013 - Conseil de sécurité - Situation au Proche Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie M. Robert Serry, Coordinateur spécial pour le processus de paix, ainsi que l’Observateur Permanent de Palestine, M. Riyad Mansour, et le Représentant permanent d’Israël, M. Ron Prosor, pour leurs interventions.

Le Moyen-Orient reste miné par deux crises, qui appellent d’urgence une réponse déterminée de la communauté internationale.

Le processus de paix israélo-palestinien, tout d’abord.

Nous l’avons dit à plusieurs reprises : la solution à deux Etats constitue la seule issue juste et durable au conflit. En 2013 la seule manière d’en préserver la viabilité est la réaliser.

Nous nous réjouissons de l’accord de principe, conclu grâce aux efforts du Secrétaire d’Etat américain, en vue d’une reprise des négociations israélo-palestiniennes. Nous saluons le sens de responsabilité dont ont su faire preuve les des deux parties. Le processus appelle à un engagement des parties à reprendre des négociations directes sans conditions préalables et sur des bases crédibles.

Car l’alternative est simple : 2013 sera l’année où pourront démarrer des négociations substantielles menant à un accord final réglant l’ensemble des questions.

Ou bien 2013 risque de voir disparaître cette dernière chance de faire la paix à travers un Etat palestinien viable, indépendant souverain et contigu, vivant dans la paix, la sécurité et des frontières reconnues aux côtés de l’Etat d’Israël avec Jérusalem comme capitale des deux Etats.

Le processus appelle également un environnement politique viable pour ces négociations, ce qui passe notamment par l’adoption des mesures de confiance permettant de casser la logique de défiance entre les parties :

Dans ce contexte, nous sommes préoccupés par les nouvelles constructions dans les colonies, qui se poursuivent en violation du droit international, qui ne peuvent que compliquer l’entrée en négociation. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne a décidé de mettre ses actes en accord avec le droit international et de rappeler que la force ne fait pas le droit. Un changement de politique israélienne vis-à-vis de la bande de Gaza et la levée du blocus sont également des impératifs pour consolider le soutien aux partisans de la paix de la part d’une population aujourd’hui sous le joug exclusif du Hamas, dans le respect de la sécurité d’Israël. A cet égard, la France a fermement condamné les tirs de roquettes et rappelé son attachement au strict respect de la trêve.

De l’Autorité palestinienne, nous attendons qu’elle fasse un usage constructif de son nouveau statut aux Nations unies.

En conclusion sur le processus de paix, je voudrais marquer à nouveau la disponibilité de la France à contribuer à un règlement final, notamment avec ses partenaires européens, pour faciliter les négociations et participer, le moment venu, à la mise en œuvre d’un accord de paix.

2013 doit aussi marquer la libération du peuple syrien.

La situation est tragique. Mme Amos, M. Gutteres et M. Simonovic nous décrivaient encore la semaine dernière, le calvaire de la population syrienne. Les chiffres sont épouvantables. Le bilan humain depuis le début de la crise approche les 100 000 victimes, en majorité des civils, ainsi que des dizaines de milliers de disparus. Il y a 1,8 millions de réfugiés. 6.8 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.

Les assauts menés à Qussair, Alep et Homs, montrent que le régime de Damas continue sur la voie de l’escalade militaire contre sa propre population et poursuit ses bombardements massifs dans des zones peuplées de civils. Le régime ne connaît plus aucune limite dans le choix des armes. Il utilise des bombes à sous-munition et des bombes incendiaires. Un nombre croissant d’informations montrent que le régime syrien a utilisé et continue d’utiliser des armes chimiques, y compris du gaz sarin, ce qui constitue un crime de guerre. Nous appelons la Syrie à autoriser l’accès sans entrave de la mission d’enquête de l’ONU sur les allégations d’emploi d’armes chimiques pour enquêter sur les incidents. Nous attendons les résultats de la visite de cette mission à Damas cette semaine.

Il est plus que temps pour le Conseil de prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme au calvaire du peulple syrien dont la responsabilité première et massive est imputable au régime de Bachar al-Assad. Ces mesures, nous les connaissons tous :

Tout d’abord, la saisine de la cour pénale internationale pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par toutes les parties en Syrie ;

Deuxièmement, une action humanitaire accrue pour permettre un accès sans entrave à toutes les populations dans le besoin. Mme Amos a identifié devant ce Conseil une liste de mesures nécessaires pour répondre aux besoins en Syrie. Sur cette base, le Conseil devrait adresser un message clair et unanime sur l’application du droit international humanitaire, et sur la nécessité pour le régime d’autoriser l’accès humanitaire à l’ensemble du pays et de la population syrienne. Troisièmement,, une transition politique est nécessaire.. Nous soutenons les efforts internationaux, en particulier ceux qui sont conduits par les Etats-Unis et la Russie pour une solution politique pour la Syrie, qui acte les principes d’une transition politique et débouche sur la base du communiqué de Genève sur son premier acte, à savoir le transfert de l’ensemble des pouvoirs présidentiels à un gouvernement de transition.

De notre côté, nous continuons à travailler à la structuration de l’opposition.

L’élargissement de la coalition nationale syrienne, l’élection d’un nouveau Président constituent des décisions importantes. La Coalition renforce ainsi son statut de représentant légitime du peuple syrien et poursuit son mouvement de structuration et de rassemblement. Nous appelons la communauté internationale à lui apporter son soutien pour nourrir la seule dynamique à même de préparer une transition politique. Nous réclamions un interlocuteur crédible ; nous en avons un, reconnu par la Ligue arabe et par une large majorité de la communauté internationale, qui cherche à former un gouvernement à même de rassembler effectivement les différentes composantes de la société syrienne.

Madame la Présidente,

Je dirai enfin un mot du Liban, pris au milieu de cette tourmente.

Nous nous félicitons du soutien unanime exprimé le 10 juillet par ce Conseil au Liban. La déclaration présidentielle, adoptée à l’initiative de la France, a permis de marquer l’attachement unanime de la communauté internationale à la souveraineté, à l’intégrité, à l’indépendance et à la stabilité du Liban. Alors que les effets de la crise syrienne se font de plus en plus ressentir au Liban, il était important de réitérer notre soutien collectif aux institutions de l’Etat libanais, garantes de la stabilité du pays et en premier lieu au Président Sleiman et aux forces armées libanaises, qui portent aujourd’hui avec courage la politique de dissociation. Il faut éviter que le Liban ne soit entraîné dans le conflit syrien.

En conclusion, nous contemplons aujourd’hui une région au bord du basculement du fait de l’impact de la crise syrienne, du poids des réfugiés, du terrorisme radical qui prolifère sur le charnier syrien. Ne rien faire pour régler la crise syrienne, c’est abandonner cette région stratégique pour la paix et la sécurité à des décennies d’un chaos qui ne restera pas circonscrit au Moyen-Orient. Je vous remercie.


En savoir plus sur Israël/Palestine, le Liban et la Syrie.



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