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24 juin 2011 - Conseil de sécurité - Trafic de drogue et criminalité organisée - Intervention de Mme Béatrice Le Fraper, conseillère juridique à la représentation permanente de la France auprès des Nations unies



Monsieur le Président,

Je voudrais remercier le Gabon pour l’organisation de ce débat et plus largement pour avoir braqué le projecteur sur le trafic de drogues et la criminalité organisée comme facteurs d’émergence et de persistance de conflits. Il est tout à fait souhaitable que le Conseil suive de près l’évolution de cette menace.

Je remercie bien sûr le Directeur exécutif de l’ONUDC pour son intervention éclairante sur les conséquences du trafic de drogues et de la criminalité organisée sur la paix et la sécurité internationales. Le rapport mondial sur la drogue que vous avez présenté hier vient une nouvelle fois nous rappeler qu’il s’agit d’une menace globale.

Depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité sur ce thème, en février 2010, plusieurs éléments sont venus renforcer nos craintes.

Notre analyse des effets du trafic de drogues et de la criminalité organisée sur la sécurité internationale s’est beaucoup affinée et, il faut le souligner, notamment grâce au travail fait par l’ONUDC.

Le rapport sur la mondialisation de la criminalité, qui avait été publié à l’occasion de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale de juin 2010, a montré de manière très documentée comment le trafic de drogue et la criminalité organisée mettent en péril la gouvernance et la stabilité des Etats. L’argent de la drogue constitue une source de revenu pour des groupes armés, nous le savons tous. Il vient financer des réseaux de criminalité impliqués dans des trafics illicites. Ces organisations criminelles ont dans certains cas acquis des capacités opérationnelles d’une telle ampleur qu’elles en deviennent parfois largement supérieures aux moyens des services répressifs des pays concernés. Il en résulte un développement de la corruption et de la violence qui viennent mettre à mal l’autorité des Etats, en particulier celle des Etats les plus vulnérables.

Les faits sont venus malheureusement confirmer cette analyse. Le Conseil de sécurité s’est de nouveau déclaré vivement préoccupé par la montée persistante du trafic de drogues et de la criminalité organisée en Guinée Bissau. Concernant l’Afghanistan, nous avons une nouvelle fois appelé à renforcer la coopération internationale et régionale pour faire pièce à la menace que le trafic de l’héroïne fait peser sur l’ensemble de la communauté internationale. Un exemple très concret a été donné par le conflit qu’a connu le Kirghizstan en juin 2010. Si ce conflit, qui a fait plusieurs centaines de morts et des milliers de déplacés, avait de nombreuses causes, il est clair que l’une de ces causes est sans conteste la lutte entre réseaux criminels pour le contrôle des revenus issus du trafic de drogues.

Dans ce contexte, il est essentiel, comme l’a affirmé le Conseil dans la déclaration présidentielle du 24 février 2010, que nous apportions une plus grande attention aux menaces transversales à la fois dans l’analyse des menaces et des stratégies.

La France tient à saluer la mise en place par le Secrétaire général d’un groupe de travail sur la criminalité organisée et le trafic de drogues, co-présidé par l’ONUDC et le Département des Affaires politiques. C’est un instrument qui nous parait très pertinent pour permettre une prise en compte à la fois politique et intégrée des menaces transversales dans l’action des Nations unies.

Le défi est d’autant plus grand que nous faisons face à une menace multiforme et changeante. Les réseaux criminels ont une capacité d’adaptation, une imagination sans limite pour identifier de nouveaux circuits et de nouveaux modes de transport. Si nous ne voulons pas que le trafic de drogues et la criminalité organisée conservent une longueur d’avance, nous devons renforcer la coopération entre les Etats, à tous les niveaux.

C’est tout le sens de l’initiative qu’a pris la France dans le cadre de sa présidence du G8 en réunissant à Paris, le 10 mai 2011, vingt-deux Ministres chargés de la lutte contre la drogue venant d’Europe, d’Amérique et d’Afrique pour traiter de la lutte contre le trafic transatlantique de cocaïne.

Cette réunion ministérielle a montré une convergence de vues dans l’analyse et dans la réflexion sur les moyens.

Les discussions ont débouché sur l’adoption d’un plan d’action qui permettra d’agir de manière mieux coordonnée :
- en améliorant tout d’abord notre capacité de renseignement, en renforçant les moyens de mutualisation et d’échanges d’informations entre Etats face à des réseaux criminels qui ne connaissent pas de frontières.
- en intensifiant la coopération maritime afin de faciliter les interceptions des cargaisons de drogues.
- en renforçant les mécanismes pénaux afin que nul ne puisse exploiter des zones de non-droit comme base arrière de réseaux criminels.
- en confisquant enfin les avoirs pour priver les narcotrafiquants du produit de leur crime.


Monsieur le Président,

Le thème du trafic de drogues et de la criminalité transnationale organisée sont traités par différents organes des Nations unies : l’Assemblée générale, le Conseil économique et social, la Commission des stupéfiants, la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale et plus récemment la Commission pour la consolidation de la paix. Chacun a un rôle à jouer dans la lutte contre un phénomène qui présente des enjeux économiques, sociaux et sanitaires. Mais nous ne devons pas sous-estimer l’aspect sécuritaire et donc le rôle du Conseil de sécurité.

Nous souhaitons donc que le Conseil reste investi de cette question et que des exposés réguliers puissent être présentés par le Directeur exécutif de l’ONUDC.

Avant de conclure, Monsieur le Président, je voudrais d’une manière plus générale, dire à Monsieur Fedotov notre appréciation pour le travail multiforme de l’ONUDC dans des domaines extrêmement importants : la lutte contre le trafic des êtres humains mais également le renforcement des capacités nationales des Etats qui doivent lutter contre la piraterie. Nous apprécions cette action, nous apprécions également le dynamisme de votre équipe à New York.

Je vous remercie.



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