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24 mars 2014 - Conseil de sécurité - Haïti - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie Mme Sandra Honoré pour son intervention. Je m’associe aux déclarations que feront la Délégation de l’Union européenne et le Groupe des amis d’Haïti.

Depuis la mise en place de la MINUSTAH, le chemin parcouru par Haïti est considérable. Le vote d’une loi électorale en octobre dernier est la preuve de la normalisation en cours et du renforcement progressif de l’Etat de droit. Nous nous réjouissons en outre de la tenue prochaine des élections locales et sénatoriales partielles, après leur report à plusieurs reprises.

Par ailleurs, les progrès enregistrés par la Police nationale haïtienne sont tout aussi encourageants. La baisse sensible de la criminalité, dont le rapport du Secrétaire général fait état, constitue une avancée notable. Nous nous félicitions également de constater que les promotions de cadets s’étoffent d’année en année, et comptent dans leurs rangs de plus en plus de femmes. La coopération entre la composante police de la MINUSTAH et la Police national haïtienne est fructueuse et utile. Dans un contexte de réflexion sur le format et sur le mandat des opérations de maintien de la paix, l’exemple d’Haïti pourrait nourrir nos réflexions.

Nous notons enfin avec satisfaction les progrès enregistrés sur le plan humanitaire : le retour des personnes réfugiées vers leur région d’origine ou encore la baisse du nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire sont des signes encourageants. Les stigmates du tremblement de terre s’effacent progressivement, grâce au travail conjoint du gouvernement haïtien, des populations, de la MINUSTAH et de l’équipe pays.

Madame la Présidente,

Beaucoup reste encore à faire néanmoins.

L’Etat de droit et les institutions doivent améliorer leur efficacité, leur transparence et leur accessibilité. Les nombreuses manifestations au sein de la population illustrent la frustration, voire l’exaspération des citoyens qui ont à cœur de participer à la vie politique de leur pays.

Le lancement d’un dialogue politique inter-haïtien au mois de janvier, s’il constitue une initiative louable, doit déboucher sur un accord inclusif. Nous saluons donc la signature du Protocole d’accord le 19 mars dernier et nous appelons tous les partis à s’engager résolument dans la feuille de route qu’il définit.

En matière de droits de l’Homme, nous saluons la désignation d’un Défenseur des droits le 4 décembre, la volonté des autorités de renouveler le mandat de l’expert indépendant du Conseil des droits de l’Homme ainsi que le rejet de l’appel formé par Jean-Claude Duvalier, accusé de crimes contre l’Humanité. Ces décisions sont encourageantes, mais les violations de droits de l’Homme se poursuivent, et il est de la responsabilité de l’Etat de mener une politique volontariste dans ce domaine.

Enfin, les défis humanitaires restent de taille. Nous sommes très préoccupés par une possible résurgence de l’épidémie de choléra à l’occasion de la prochaine saison des pluies. Nous soutenons l’action et l’engagement des Nations unies dans leur action pour l’éradication totale de la maladie.

Pour ces défis qui persistent, les Nations unies doivent soutenir et compléter l’action de l’Etat haïtien, mais elles ne peuvent, et ne doivent, s’y substituer. L’Etat haïtien doit se mobiliser plus fermement pour exercer ses fonctions régaliennes de façon autonome.

Madame la Présidente,

La MINUSTAH a été déployée en 2004 dans un contexte de crise aiguë. Cette crise a été aggravée quelques années plus tard par le tremblement de terre. Dix ans plus tard, comme le décrit le Secrétaire général dans son rapport, les progrès sont réels.

La MINUSTAH doit donc s’adapter et refléter cette évolution favorable, qui est la preuve même de son succès. Un plan de consolidation encadre déjà le processus de réduction engagé depuis 2013. Ce processus s’achèvera en 2016.

Nous devons aller plus loin et plus vite. Nous devons réfléchir, dès aujourd’hui, à l’après MINUSTAH et à l’avenir de la présence des Nations unies en Haïti.

A cet égard, nous saluons les cinq scénarios présentés par le Secrétaire général pour la reconfiguration de la Mission au-delà de 2016. Nous considérons qu’ils constituent le cadre de la réflexion que nous souhaitons engager.

Dans ce contexte, la conduite d’une revue stratégique par le Secrétariat devra constituer une aide précieuse pour le Conseil, conduite aussi vite que possible sur la base d’une évaluation précise des besoins sur le terrain. Présentée au Conseil dès août 2014, elle permettra au Conseil de définir quel type de mission sera mieux adapter après 2016 à la situation tant politique que sécuritaire d’Haïti. Mais elle pourra également d’ici 2016 nous dire s’il n’est pas possible d’adapter notre mission plus radicalement et plus rapidement.

Madame la Présidente,

Au-delà de sa mission de bons offices politiques, il nous semble essentiel, à ce stade, que la future mission des Nations unies en Haïti conserve une composante de police importante. Les besoins en matière d’ordre public, de formation et d’accompagnement de la police nationale haïtienne et, plus largement, de construction de l’Etat de droit sont en effet les principaux défis auxquels Haïti est confronté et pour lesquels une réponse des Nations unies est la plus pertinente. Ce sera le cœur de la future mission. Il nous appartient donc d’en déterminer les contours, en étroite concertation avec les autorités haïtiennes et le Groupe des amis d’Haïti.

Je vous remercie.


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