Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

24 octobre 2011 - Conseil de sécurité
Débat sur le Moyen Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie M. Lynn Pascoe pour son intervention. J’évoquerai les points suivants :

Il y a trois mois la France exprimait ici l’espoir que les aspirations légitimes exprimées par les peuples de la région en faveur de la liberté et de la démocratie trouvent une traduction rapide et pacifique.


L’Egypte, la Tunisie et la Libye, font aujourd’hui face aux défis nombreux d’une démocratie à bâtir dans la concorde civile et le respect du pluralisme, et la France continuera de leur apporter tout son soutien. Nous nous félicitons que les Tunisiens se soient hier rendus en masse aux urnes pour s’exprimer sur l’avenir politique de leur pays. Une nouvelle page s’ouvre également pour la Libye, où nous appelons le Conseil National de Transition à continuer à œuvrer pour une Libye démocratique et plurielle, dans le respect de l’Etat de droit, de la lutte contre l’impunité et des libertés fondamentales.


Au Yémen, nous espérons qu’une transition politique pacifique pourra intervenir sans délai. Ce Conseil s’est saisi de ses responsabilités en appelant vendredi dernier le Président Saleh à un transfert pacifique du pouvoir, sur la base de l’initiative lancée par le Conseil de Coopération des Etats Arabes du Golfe.


En Syrie, des dirigeants qui ont perdu toute légitimité s’accrochent au pouvoir, entraînant leur pays dans une spirale sanglante. Le peuple syrien pleure déjà plus de 3 000 victimes ; des dizaines de milliers de manifestants pacifiques ont été arrachés à leur famille, tenus au secret, torturés. Les responsables de ces violences seront tenus responsables de leurs actes devant la justice. La répression doit cesser pour permettre à la Syrie de s’engager dans un processus de transition pacifique qui réponde aux aspirations du peuple syrien. Il s’agit là de la seule voie susceptible de ramener la stabilité en Syrie et de préserver celle de la région, que menacent les incursions syriennes au Liban, le flux des réfugiés dans les pays avoisinants, comme la tentative du régime syrien d’instrumentaliser les revendications palestiniennes.


Les membres du Conseil qui se sont opposés à un projet de résolution ou ne l’ont pas voté devront expliquer face à l’histoire, face à l’opinion syrienne, face à l’opinion publique internationale et face à leur propre opinion publique ce qu’ils proposent de concret pour mettre un terme au bain de sang. Le temps n’est plus aux mots que le régime n’écoute pas, il est aux actes. Choisir l’immobilisme du Conseil c’est soutenir le régime d’Assad, c’est choisir son camp, le peuple syrien l’a compris.


Dans ce contexte volatile, il importe, s’agissant du Liban, que les parties s’en tiennent à la plus grande retenue et continuent de coopérer dans le cadre de la commission tripartite pour éviter tout nouveau dérapage le long de la ligne bleue. Nous réitérons notre appel au gouvernement libanais à respecter toutes ses obligations internationales, en particulier en ce qui concerne le Tribunal Spécial et à la résolution 1701.


Madame la Présidente,

Les revendications du peuple palestinien ne sont pas moins légitimes que celles qui s’expriment dans le reste de la région. Que le peuple palestinien demande à ce qu’un Etat palestinien voie le jour est légitime et naturel alors que la solution des deux Etats pour deux peuples et le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien recueillent le consensus de la communauté internationale.

C’est dans ce contexte que le président Abbas a présenté une demande d’admission pleine et entière aux Nations unies le 23 septembre dernier. Je ne m’étendrai pas sur l’examen de cette demande qui est encore en cours au sein du comité d’admission et qui fera prochainement l’objet d’un rapport au Conseil de sécurité.

Mais chacun le sait, la voie vers l’admission aux Nations unies se heurte aujourd’hui à des obstacles. C’est pourquoi le 21 septembre dernier, le Président de la République a proposé une étape intermédiaire susceptible de constituer un progrès tangible pour les Palestiniens en rehaussant le statut de la Palestine aux Nations unies à celui d’Etat observateur. Il s’agit du meilleur moyen dont nous disposions aujourd’hui pour sortir par le haut de l’impasse actuelle.


Madame la Présidente,

Une réponse tangible aux demandes palestiniennes passe par la constitution de conditions politiques rendant l’avènement de cet Etat palestinien possible sur le terrain et c’est ce à quoi nous devons travailler en priorité.

Pour ce faire, le Président de la République a appelé à un changement de méthode. L’appel à ce changement de méthode repose sur la conviction que se priver d’enceintes multilatérales, comme celle de ce Conseil, ou de l’appui des partenaires, régionaux ou européens notamment, ne fonctionne pas. Il s’agissait également de souligner la nécessité d’un cadre crédible, tels que les paramètres définis par les Européens ici même en février dernier ou ceux énoncés par le Président Obama en mai. Cadre crédible qui devrait s’appuyer sur un calendrier précis de négociation, de façon à permettre aux parties de reprendre les négociations sur des bases saines et d’évacuer ainsi les préalables.

Le 23 septembre dernier, le Quartet a fixé ce calendrier de négociations. Nous nous félicitons que les parties y aient répondu favorablement. Dans deux jours, des représentants palestiniens et israéliens rencontreront les membres du Quartet à Jérusalem pour une nouvelle tentative de relance des négociations directes, qui débuteraient par une première phase consacrée aux frontières et à la sécurité et s’achèveraient par un accord sur l’ensemble des questions du statut final dans un an. Les chances de réussite sont minces tant la confiance est profondément ébranlée entre les parties et c’est pourquoi la communauté internationale doit conjuguer ses efforts et appeler unanimement les deux parties à éviter les actions provocatrices. La France se propose de tenir une conférence des donateurs à Paris qui viendrait appuyer la relance du processus et soutenir la consolidation des institutions palestiniennes.

C’est dans ce contexte que de nouveau nous condamnons les dernières annonces d’expansion de la colonisation israélienne qui minent ces efforts et représentent un obstacle à la solution à deux Etats. Après les décisions de constructions à Gilo prises au lendemain de la déclaration du Quartet, c’est à Givat Hamatos qu’un nouveau projet est annoncé. Ce projet menace la contiguïté des territoires palestiniens entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie, et menace donc l’avènement de la solution des deux Etats, dont Jérusalem a vocation à être la capitale. Cette annonce apparaît non seulement comme une provocation qui vient saper la confiance mais semble s’inscrire dans un projet délibéré pour rendre impossible la création d’un Etat palestinien. Combien de fois devons-nous le dire et le répéter : la colonisation, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, est une violation patente du droit international et des résolutions pertinentes de ce Conseil. Israël doit cesser toute activité de colonisation et abandonner les projets annoncés. Dans le même sens, nous ne pourrions que condamner une décision de légalisation des avant-postes. La colonisation représente aujourd’hui une manifestation majeure du conflit, la négation concrète de tout discours sur la volonté de recherche d’une solution pacifique.

Nous nous félicitons en revanche de l’accord qui a permis la libération de Gilad Shalit et de prisonniers palestiniens. Nous espérons que cet accord permettra de faire avancer le processus de réconciliation palestinienne, sous l’autorité du président Abbas et dans le cadre des engagements pris par l’OLP et rappelés le 21 septembre devant l’Assemblée générale. Car Gaza ne peut être en reste des efforts visant à établir les bases tangibles d’un Etat palestinien. Et à ce titre, la pleine mise en œuvre de la résolution 1860 reste une exigence, avec la levée du blocus qui pèse sur la population civile de Gaza et la cessation des tirs inacceptables à destination d’Israël.

Madame la Présidente,

Les peuples de la région revendiquent le droit à s’exprimer et à participer à la conduite de leurs destin. Ce Conseil a entendu cet appel dans le cas de la Libye et du Yémen, et il y a répondu avec clarté. La situation en Syrie ne doit pas être traitée autrement et ce Conseil doit sortir de son silence, doit sortir de son inactivité, doit sortir de sa complaisance pour exercer la pression nécessaire sur le régime syrien. Enfin, je reprendrai les mots du Président de la République devant l’Assemblée générale pour conclure que « le printemps des peuples arabes nous impose une obligation morale, une obligation politique de résoudre enfin le conflit du Proche-Orient ». Ce Conseil, dont le mandat au titre de la Charte est le maintien de la paix et de la sécurité internationales, ne saurait par principe en être exclu.


Je vous remercie.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU