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26 janvier 2012 - Conseil de sécurité
Paix et sécurité en Afrique/Sahel - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Je remercie M. Lynn Pascoe pour son intervention et pour le travail d’évaluation mené par les Nations Unies, en étroite collaboration avec l’Union africaine et en s’appuyant sur les inquiétudes et les besoins exprimés par les autorités des Etats de la région.

La présentation du rapport d’évaluation sur l’impact de la crise libyenne dans la région du Sahel nous permet de faire deux constats :
— celui de la gravité et de la multitude des défis sécuritaires comme humanitaires qui se posent dans la région, et ;
— celui de la nécessité, pour les Nations Unies, d’adopter une approche plus intégrée pour aider les Etats de la région à les relever.

Premièrement, les difficultés de la région.

Tant sur le plan humanitaire que sécuritaire, les Etats de la zone sahélienne font face à des problèmes récurrents, qui réclament, pour être bien traités, des solutions de fond et une coordination accrue.

Les mouvements de populations, composées souvent de migrants retournés dans leurs pays d’origine à la suite de la crise en Libye ainsi que la dissémination d’armes dans la région constituent des facteurs de déstabilisation supplémentaires dans une région fragile. Car les problèmes du Sahel sont évidemment antérieurs à la crise libyenne et n’avaient pas reçu de réponses pleinement efficaces. Parmi ces défis de fond, peuvent être cités les crises alimentaires récurrentes, le terrorisme d’AQMI et de Boko Haram, les trafics d’armes, de drogues, voire d’être humains.

Tous ces phénomènes ont pour point commun d’être des questions transnationales, qui concernent, certes à des degrés divers, l’ensemble des Etats du Sahel. Or bien souvent, ces Etats se trouvent démunis pour faire face à des problématiques qui dépassent le cadre de leurs frontières et contribuent à déstabiliser la région. A cet égard, il est donc particulièrement pertinent pour le Conseil de sécurité de se pencher sur la question sahélienne sous tous ces aspects, ce qu’il n’avait jamais fait.

Face au caractère transnational de ces menaces, il est indispensable que les Etat de la région renforcent leur coopération en faveur de la sécurité mais aussi du développement, notamment pour le contrôle aux frontières. Les solutions doivent venir en effet, en premier lieu, des Etats eux-mêmes. La dernière réunion ministérielle de Nouakchott, tenue cette semaine, montre que ce processus est en marche. La communauté internationale doit intervenir en appui, en soutenant les gouvernements de la région et en apportant une aide à leurs initiatives. La question du rôle crucial de la coordination me conduit à mon deuxième point, le rôle particulier des Nations Unies.

Nous sommes convaincus que les Nations Unies ont un rôle à jouer au Sahel.

A l’heure actuelle, aucune organisation régionale en Afrique ne regroupe l’ensemble des pays concernés par les problématiques sahéliennes. Seules les Nations Unies, en raison de leur universalité, de leur neutralité, regroupent tous les Etats du Sahel ainsi que les Etats voisins de la zone. Il est donc indispensable que les Nations Unies se dotent d’une approche interne plus intégrée pour assister les Etats de la région sur la sécurité et le développement, en orientant les agences, fonds et programmes dans la même direction. Pour autant, nous estimons que cette stratégie ne doit pas se traduire par la création de mécanismes bureaucratiques supplémentaires. L’idéal serait de s’appuyer sur les structures existantes et de les renforcer. Nous invitons à cet égard le Secrétariat à tenir informé le Conseil des efforts qui auraient été menés en ce sens.

Par ailleurs, je rappelle que l’Union européenne a lancé en 2011, avec des moyens budgétaires importants, à court et moyen terme, une stratégie pour le Sahel qui prévoit de nombreux projets concrets de partenariats, articulés autour du développement, de la sécurité et du dialogue politique. L’Union européenne est donc engagée, elle a nommé un coordinateur et mobilise actuellement tous les instruments à sa disposition, avec comme principe directeur celui de l’appropriation nationale. Les Nations Unies, dans leur approche, doivent donc prendre en compte l’initiative européenne afin d’éviter les duplications inutiles. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons assurer l’adéquation de l’action des Nations Unies aux réalités de l’action et également à l’action des autres partenaires de la communauté internationale.

Enfin, je signale que la France a diffusé un projet de déclaration à la presse sur le Sahel qui nous espérons pourra être adopté ultérieurement en montrant l’engagement du Conseil de sécurité sur cette question.

Je vous remercie.



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