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26 juillet 2011 - Conseil de sécurité - Situation au Moyen Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le coordinateur spécial Robert Serry pour son exposé. Je remercie également le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine pour leurs interventions. La France s’associe à l’intervention que prononcera le chef de la délégation de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Depuis le début de l’année, le monde arabe se trouve au cœur de bouleversements historiques dont la région sortira transformée. Ces évolutions sont le signe de l’aspiration à la liberté des sociétés arabes. La France a salué ce mouvement et réaffirme à nouveau son soutien à tous les efforts déployés pour des transitions démocratiques, pacifiques et négociées.

Cet élan régional nous semble offrir une opportunité unique pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Pour y parvenir la position de la France est fondée sur quelques convictions simples : le statu quo est intenable ; seul le dialogue permettra d’aboutir à l’unique solution légitime : deux Etats pour deux peuples ; la relance du processus de paix doit être fondée sur des paramètres équilibrés et agréés par les deux parties. Ces paramètres, nous les avons énoncés ici même le 18 février. Permettez-moi de les rappeler :

— Un accord sur les frontières des deux Etats, sur la base des lignes du 4 juin 1967, avec des échanges de territoire équivalents sur lesquels les parties devront s’accorder ;

— Des arrangements de sécurité qui, pour les Palestiniens, respectent la souveraineté de l’Etat de Palestine et manifestent la fin de l’occupation ; et, pour les Israéliens, protègent leur sécurité, préviennent la résurgence des actes de terrorisme et prennent en compte les menaces nouvelles et émergentes ;

— Une solution juste, équitable, réaliste et agréé de la question des réfugiés ;

— La satisfaction des aspirations des deux parties en ce qui concerne Jérusalem. Une voie doit être trouvée au travers des négociations pour résoudre le statut de Jérusalem en tant que future capitale des deux Etats.

C’est dans cet esprit que la France a proposé une initiative visant à relancer des négociations sur la base de ces paramètres clairs et équilibrés qui reflètent un large consensus international et qui répondent aux principales attentes des deux parties. Nous regrettons que le Quartet pour le Moyen-Orient, lors de sa réunion du 11 juillet, n’ait pas endossé ces paramètres et n’ait pas lancé un appel à la reprise du processus de paix. Malgré cet échec, nous appelons les parties à s’abstenir de toute action qui pourrait nuire à la relance de négociations bilatérales et à ne pas se résigner à la dangereuse impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Nous nous félicitons des progrès accomplis par l’Autorité palestinienne dans la construction des institutions du futur Etat palestinien et appelons l’ensemble des donateurs à poursuivre leurs efforts en matière d’aide budgétaire.

La situation humanitaire dans la bande de Gaza reste préoccupante. Nous appelons à nouveau les autorités israéliennes à un changement de politique vis-à-vis de Gaza, sans transiger sur leurs préoccupations sécuritaires légitimes.

Notre position sur la colonisation demeure inchangée : illégale au regard du droit international, obstacle à la paix fondé sur la spoliation des populations palestiniennes, elle sape la confiance entre les parties et constitue une menace pour la solution des deux Etats. Nous condamnons la poursuite de la colonisation, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, et appelons Israël à abandonner ses projets de construction.

Enfin, Monsieur le Président, nous ne pouvons ignorer le contexte régional du processus de paix. Au Liban, les événements survenus à la frontière ont suscité l’inquiétude de la communauté internationale. Nous condamnons l’attentat contre la FINUL survenu le 27 mai dernier et il y a quelques heures encore contre le contingent français. Dans ce contexte, la France appelle toutes les parties au respect de leurs obligations définies par la résolution 1701 du Conseil de sécurité. La formation du gouvernement libanais par le Premier ministre Najib Mikati constitue une étape importante pour le Liban et les Libanais. Il est essentiel que ce gouvernement poursuive la mise en œuvre des obligations et des engagements internationaux du Liban, notamment en ce qui concerne le Tribunal spécial pour le Liban et son financement, conformément à la résolution 1757 et aux engagements pris par le Premier ministre libanais.

Nous sommes par ailleurs préoccupés par les événements meurtriers survenus les 15 mai et 5 juin sur le plateau du Golan à la frontière syro-libanaise. La France souligne à nouveau l’absolue nécessité pour les autorités syriennes de faire respecter la zone de séparation entre Israël et la Syrie, conformément à la résolution 350 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Monsieur le Président,

Depuis plus de quatre mois maintenant, le régime syrien s’est engagé dans la répression systématique de manifestations pacifiques, ignorant les appels de la communauté internationale. Les organisations syriennes pour la défense des droits de l’Homme dénombrent aujourd’hui près de 1 500 morts et 12 000 arrestations politiques. Chaque semaine apporte son cortège de victimes civiles. Les Conseillers du Secrétaire général pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger ont indiqué le 21 juillet que des crimes contre l’humanité pourraient avoir été commis et continuer d’être commis en Syrie. Le 11 juillet dernier, les ambassades de France, des Etats-Unis et du Qatar à Damas ont été attaquées sans que les services de sécurité syriens ne tentent de les défendre. La France condamne de tels agissements qui contreviennent aux obligations de la Syrie au regard du droit international. Ce n’est pas avec de telles initiatives illégales, avec de telles manœuvres grossières que les autorités de Damas parviendront à détourner l’attention du problème de fond : la fin de la répression contre la population syrienne et la mise en œuvre d’une transition démocratique. Nous espérons que le Conseil de sécurité saura enfin prendre ses responsabilités pour condamner la violente répression que subit le peuple syrien.

Monsieur le Président,

Les événements que connaît aujourd’hui le monde arabe, Territoires palestiniens compris, sont là pour nous signifier l’urgence et la force de l’aspiration des sociétés arabes à la liberté et à la démocratie. Dans quelques semaines, nous atteindrons l’échéance définie par le plan Fayyad. Les attentes de la société civile palestinienne n’ont jamais été aussi élevées. Nous ne devons pas ignorer ce signal et risquer de retomber dans une impasse, avec la menace toujours présente d’une nouvelle escalade de la violence. Nous devons y trouver l’occasion de relancer le dialogue sous les auspices de la communauté internationale. C’est au regard des propositions des parties, c’est au regard de leurs initiatives pour relancer le processus de paix que la France prendra ses responsabilités, dans le souci constant et unique de faire avancer la paix.

Je vous remercie.



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