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26 mai 2010 - Conseil de sécurité - Dialogue interculturel en faveur de la paix et de la sécurité - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Au nom de la France, je remercie le Liban pour avoir pris l’initiative de nous réunir sous sa présidence du Conseil de sécurité sur la contribution du dialogue des cultures à la paix et à la sécurité. Je remercie également le Secrétaire général pour sa présentation.

Ainsi que le président de la République Nicolas Sarkozy l’a souligné lors de son dernier passage à Beyrouth, le Liban est pour nous, Français, le plus beau creuset des civilisations et des religions, le symbole même de l’ouverture et de la diversité assumée. Le Liban, qui fait vivre et gouverner ensemble, dans le dialogue et la recherche permanente de l’accord au bénéfice de tous, des communautés différentes, incarne à lui seul ce que la paix peut devoir à la tolérance, au respect de l’autre et à l’acceptation de la différence.

Monsieur le Président,

Depuis le 11 septembre 2001, le dialogue des cultures ou des civilisations s’est imposé à l’agenda international, pour le meilleur et pour le pire. Nul ne peut nier les bénéfices du dialogue entre les individus et les groupes dans un monde globalisé où le facteur identitaire et culturel a pris une importance croissante. Oui, le dialogue interculturel peut être un instrument de prévention des conflits, de résolution des crises et de construction de la paix. Mais le dialogue interculturel ne peut pas être une fin en soi. Les cultures ne sont pas des entités autonomes, homogènes ou figées que l’on pourrait réunir autour d’une table. Chaque individu peut légitimement revendiquer plusieurs appartenances culturelles ou au contraire s’en affranchir. Enfin le dialogue interculturel ne doit pas conduire à une instrumentalisation politique des cultures, qui n’appartiennent à personne, qui ne sont ni fixes, ni exclusives et qui sont des ponts, et non des forteresses ou des armes.

La tolérance et le respect mutuel sont au cœur du mandat de notre organisation et on peut donc se féliciter que les initiatives visant à développer le dialogue interculturel se développent sous ses auspices. L’UNESCO, qui œuvre depuis sa création à favoriser le rapprochement et la compréhension entre les peuples, à la promotion d’une culture de paix et de la diversité culturelle, dont la déclaration universelle sur la diversité culturelle et la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sont des instruments essentiels, a vocation à en être l’enceinte privilégiée.

De notre côté, en tant qu’Etat membre du Conseil de sécurité, il est de notre responsabilité d’agir pour prévenir les conflits ou y mettre fin. Ce qui suppose de prendre en compte les nombreux facteurs qui peuvent susciter des tensions entre communautés, dont le facteur culturel. Mais le facteur culturel constitue cependant rarement le fait générateur direct et unique des conflits. Le facteur culturel est en réalité le plus souvent instrumentalisé par les radicaux de tous ordres.

C’est dans ce contexte, Monsieur le Président, que la France soutient le dialogue entre les cultures. Parce que la diversité culturelle est au cœur de l’identité nationale française, cette France atlantique et méditerranéenne, maritime et continentale, méditerranéenne et africaine. La France est faite d’une multitude de traditions, de coutumes, de croyances. La laïcité vise à organiser au sein de la communauté nationale française la cohabitation pacifique de toutes les croyances et non-croyances qui doivent rester dans la sphère privée afin de faire de la vie publique le lieu de rencontre de tous autour des valeurs de la République. Nous ne sommes ni catholiques ni athées, ni juifs ni musulmans, mais des citoyens français, fils de la nation. D’ailleurs, la diversité est un fait aujourd’hui dans nos villes, est au cœur de la construction européenne. Cette diversité, nous devons la reconnaître. De vieux pays de tradition chrétienne doivent permettre à leurs citoyens musulmans de pratiquer et de vivre leur religion comme les pays musulmans doivent en faire autant avec les Chrétiens et les Juifs.

La mise en place réussie de l’Union pour la Méditerranée, que la France co-préside avec l’Egypte, illustre cette détermination à construire concrètement un avenir commun dans un espace de grande diversité humaine, religieuse et culturelle.

Notre action dans le cadre de la Francophonie, qui est engagée en faveur des droits de l’Homme, de la démocratie et de la consolidation de la paix, témoigne également de notre détermination à poursuivre par le dialogue des objectifs politiques communs dans le respect des différences culturelles.

Enfin, la France est membre du groupe des amis de l’Alliance des civilisations, dont les projets sont des outils de la diplomatie préventive que nous appelons de nos vœux. Nous nous félicitons à cet égard de la tenue du prochain forum ministériel de l’Alliance, à Rio ce 28 mai.

Monsieur le Président,

Le respect des valeurs et des principes universels des droits de l’Homme constitue le socle indispensable sur lequel doit se bâtir et se renforcer le dialogue entre les cultures. Ce dialogue ne peut exister en dehors de la société civile. Il doit permettre la participation des femmes. Il doit associer les représentants de toutes les religions, de toutes les traditions spirituelles, philosophiques et humanistes, dans leur diversité et la multiplicité de leurs dimensions. Ils ne doivent mettre aucune discrimination, que ce soit sur la base de la religion, de l’opinion publique, de l’orientation sexuelle, du sexe ou de la nationalité.

Pour dialoguer, il faut être capable d’entendre les opinions contraires et la critique. L’exercice de la liberté d’expression est la condition sine qua non du dialogue interculturel. Cette liberté d’expression, Monsieur le Président, ne se divise pas. Elle est ou elle n’est pas. La limiter, pour quelque raison que ce soit, de quelque façon que ce soit, ce serait la nier. C’est dans ce cadre et dans son attachement indéfectible et intransigeant à la liberté, que la France continuera à se consacrer, Monsieur le Président, au dialogue des cultures et des civilisations.

Je vous remercie.



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