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26 octobre 2009 - Conseil de sécurité : Paix et sécurité en Afrique - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais naturellement remercier M. Le Roy de la présentation qu’il vient de nous faire du rapport du Secrétaire général. Je voudrais également saluer la présence parmi nous du Président Prodi.

Ma délégation s’associe à la déclaration qui sera prononcée tout à l’heure par la présidence de l’Union européenne. Je voudrais pour ma part souligner les points suivants.


Tout d’abord, le diagnostic sur lequel se fonde notre discussion d’aujourd’hui est connu, et partagé.

La croissance des activités de maintien de la paix au cours des dernières années est un défi considérable, puisque les Nations Unies doivent aujourd’hui gérer le déploiement de huit fois plus de casques bleus qu’il y 10 ans. C’est pour faire en sorte que les Nations Unies soient mieux à même de relever ce défi que la France a lancé au début de cette année, avec le Royaume-Uni, un exercice de réflexion et de modernisation sur le maintien de la paix dans le cadre des Nations Unies.

L’Afrique occupe une place singulière dans cette évolution.

D’un côté elle est la première destination des soldats de la paix. De l’autre elle prend des responsabilités croissantes dans cet effort de maintien de la paix.

Cet effort africain est d’abord réalisé dans le cadre des Nations Unies, puisque le tiers des casques bleus est aujourd’hui fourni par des pays africains. Mais cet effort africain se déploie aussi dans le cadre de l’Union africaine, avec la mise en place progressive de l’Architecture africaine de paix et de sécurité.

Cette montée en puissance des instruments africains de prévention et de gestion des crises est tout-à-fait dans l’esprit du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, et mérite donc le plein soutien de la communauté internationale. Elle mérite d’autant plus ce soutien que l’Union africaine, dans le domaine du maintien de la paix, est confrontée à des défis qui lui sont propres, et qui tiennent notamment au caractère encore récent de ses capacités institutionnelles.


La France, comme ses partenaires de l’Union européenne, entend prendre toute sa part dans le soutien au maintien de la paix par les organisations régionales et sous-régionales africaines.

Ce soutien doit comporter deux volets : le renforcement des capacités, et le soutien aux opérations.

L’Union européenne s’est dotée d’un plan d’action pour le renforcement des capacités de l’Union africaine. Le programme EURORECAMP, en particulier, vise à aider l’Union africaine à valider en 2010 la Force Africaine en Attente. La France contribue en outre au développement des capacités africaines par de nombreuses actions de formation orientées vers les capacités régionales, sous-régionales et nationales de maintien de la paix.

La France et ses partenaires de l’UE soutiennent également les opérations menées par les organisations africaines. Ce soutien est connu. Ce que je voudrais souligner aujourd’hui, c’est que ce soutien prend des formes de plus en plus variées, ce que le cas de l’AMISOM illustre de façon frappante :
- la France a contribué à la préparation et au déploiement du contingent burundais,
- l’opération navale Atalante de l’Union européenne contribue à la sécurisation des approvisionnements de l’AMISOM,
- les pays européens sont parmi les principaux financeurs de l’AMISOM,
- la France a également fourni un soutien sanitaire à l’opération lors de l’attentat de la mi-septembre.


Monsieur le Président,

Comme le souligne le rapport du Secrétaire général, l’appui international au maintien de la paix en Afrique doit continuer et s’intensifier, et les Nations Unies ont un rôle à jouer à cet égard.

La France souscrit à l’avis du Secrétaire général, selon lequel notre objectif doit être l’appropriation par l’Union africaine de ses instruments de maintien de la paix, dans le respect de la Charte des Nations Unies. Je pense en particulier à l’article 24 sur la responsabilité principale du Conseil de sécurité pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales, et au chapitre VIII sur le rôle des organisations régionales.

Dans cet esprit, nous convenons de l’intérêt d’approfondir le partenariat stratégique entre l’Union africaine et les Nations Unies.

A cet égard, nous remercions le Secrétaire général pour son évaluation des différentes modalités possibles pour le financement des opérations de maintien de la paix de l’Union africaine. Il est en effet nécessaire, au rythme du renforcement des capacités africaines, d’améliorer les modalités du financement des opérations.

Dans ce contexte, il faudra tirer les enseignements des " modules de soutien " mis en place au Darfour hier et en Somalie aujourd’hui. Ceux-ci sont par nature exceptionnels, à la fois pour des raisons financières - le contexte de crise et l’accroissement substantiel des besoins des Nations Unies elles-mêmes - et pour des raisons de gouvernance - chaque organisation, les Nations Unies au premier chef, ayant la responsabilité première du financement de leurs activités.

C’est la raison pour laquelle le recours au financement par les Nations Unies sur contribution obligatoire pose des problèmes juridiques, politiques et financiers qui nous paraissent sérieux.

D’autres modalités efficaces et réalistes existent. Elles doivent être utilisées. L’Union européenne a joué un rôle pionnier, en mettant en place en 2004 la Facilité de Paix pour l’Afrique, à laquelle elle a alloué depuis lors 740 millions d’euros. Nous accueillons avec beaucoup d’intérêt par ailleurs les réflexions du Secrétaire général sur la façon de mobiliser l’ensemble des donateurs potentiels à l’Union africaine et d’homogénéiser leurs procédures, notamment en aidant l’Union africaine à mettre en place un fonds fiduciaire.

Nous reconnaissons enfin l’intérêt de faire bénéficier l’Union africaine de l’expérience des Nations Unies dans le domaine institutionnel, c’est-à-dire en ce qui concerne les capacités du siège de l’UA à planifier, déployer, soutenir et gérer des opérations de maintien de la paix. Mais nous ne devons pas oublier naturellement les responsabilités propres des Etats africains pour le renforcement de leurs capacités en tant que contributeurs de troupes.

Cela me permet de conclure en soulignant que le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix n’est pas seulement l’affaire des Nations Unies, mais de l’Afrique et de l’ensemble des partenaires internationaux de l’Afrique. La France en fait partie et restera engagée vers cet objectif.

Je vous remercie./.



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