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27 février 2012 - Conseil de sécurité
Piraterie et brigandage armé dans le Golfe de Guinée - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir pris l’initiative de ce débat qui nous permet de faire le point sur l’insécurité maritime dans le Golfe de Guinée, sur la base du rapport de la mission d’évaluation des Nations Unies.

Je remercie aussi M. Pascoe de sa présentation ainsi que les honorables représentants de la CEDEAO et de la Commission du Golfe de Guinée.

Monsieur le Président,

La piraterie et le brigandage armé dans le Golfe de Guinée constituent un sujet de préoccupation récent pour notre Conseil. Les Etats africains et les opérateurs maritimes en subissent toutefois les conséquences depuis plusieurs années.

Contrairement à la situation en Somalie, les attaques dans le Golfe de Guinée sont souvent conduites dans une frange proche du littoral et relèvent plus d’actions d’opportunité que d’opérations planifiées. Pour autant, leurs impacts sur l’économie des Etats côtiers est substantiels en raison du surenchérissement des coûts pour le commerce maritime et les activités extractrices. Le rapport de la mission d’évaluation l’a amplement démontré dans le cas du Bénin.

Monsieur le Président,

Le principe de notre politique doit être évidemment le soutien aux Etats du Golfe de Guinée, auxquels revient la responsabilité première d’assurer la sécurité des espaces maritimes qui sont sous leur juridiction.

Dans ce contexte, il appartient à ces mêmes Etats et aux organisations régionales concernées, la CEDEAO, la CEEAC, la Commission du Golfe de Guinée, de définir une stratégie régionale que les Nations Unies appuieront. Dans sa résolution 2018 du 31 octobre 2011, le Conseil avait déjà salué les intentions des Etats du Golfe de Guinée de réunir une conférence régionale. Nous réitérons ici nos encouragements à ce type d’initiative.

Nous saluons par ailleurs les mesures prises par les organisations régionales, en particulier la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), avec sa stratégie de sécurité maritime et son Centre de coordination régionale pour la sécurité maritime basé à Pointe-Noire, au Congo. Ce sont là de bonnes pratiques qui mériteraient d’être examinées au niveau de la CEDEAO. Nous appelons aussi ces différentes organisations régionales à mieux coordonner leur action et leurs moyens, l’objectif étant que l’ensemble de la zone maritime du Golfe de Guinée, et non de simples parcelles, soit placé sous surveillance.

Monsieur le Président,

La France agit contre l’insécurité maritime dans le Golfe de Guinée. Les bâtiments de la Marine nationale française mettent à profit leurs escales dans la région pour conduire des activités de formation et d’entraînement. En octobre 2011, les autorités de Guinée équatoriale ont inauguré à Bata la nouvelle Ecole navale nationale à vocation régionale soutenue par la coopération française.

La France est également à l’origine de plusieurs initiatives destinées à renforcer la coopération régionale dans le Golfe de Guinée. Elle a organisé un séminaire régional en novembre dernier à Cotonou afin de réaliser un état des lieux des besoins des Etats de la CEDEAO et de la CEEAC elle-même. Ses recommandations seront mises en œuvre à travers un programme doté de 1 600 000 $ pour la réforme des secteurs de sécurité dans le domaine maritime au profit du Togo, du Bénin et du Ghana. La première action a consisté à financer une mission d’experts maritimes de la CEDEAO à Libreville et Douala la semaine dernière afin de leur permettre de s’inspirer des structures maritimes mises en place par la CEEAC depuis quelques années, ce qui facilitera la coopération entre les deux organisations à l’avenir.

La France a également proposé, en tant que présidente du groupe d’experts « maintien et consolidation de la paix » du G8, l’instauration d’un mécanisme de coordination entre ses membres (qui comprennent les Nations Unies et l’Union européenne) qui œuvrent au renforcement des capacités en matière de sûreté maritime. Il s’agira d’éviter la duplication des efforts et les déficits de formation dans certains domaines.

A l’Union européenne, des études en vue de financer la mise en place de structures régionales de formation, de partage d’information et de renforcement de la fonction garde-côtes dans les Etats du Golfe de Guinée sont en cours. Le projet européen SEACOP vise aussi à renforcer la lutte contre les trafics en mer et la sécurisation des activités portuaires.

Toutefois, je le répète, ces aides ne seront efficaces à long terme que si elles s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie régionale, d’initiatives de coopération entre les Etats du Golfe de Guinée et de politiques publiques nationales contre les causes du brigandage en mer, notamment la corruption comme le rapport de la mission d’évaluation l’a souligné. Ce Conseil, les Etats riverains et les bailleurs internationaux ont chacun un rôle à jouer.

Nous souhaitons dans ce contexte que le Secrétaire général continue de nous informer de la situation dans le Golfe de Guinée. Nous lirons notamment avec attention les prochains rapports des bureaux régionaux des Nations Unies à Dakar et Libreville.

Nous sommes reconnaissants au Togo du projet de résolution qu’il a diffusé et qui est en cours de discussion. Nous y apportons notre plein soutien et espérons une adoption dans les meilleurs délais.

Je vous remercie.



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