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30 juillet 2014 - Conseil de sécurité - Réunion de synthèse mensuelle - Intervention de M. Philippe Bertoux, conseiller politique de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier l’Ambassadeur Gasana et toute son équipe. Cette seconde présidence, tout aussi professionnelle que la première, aura été marquée par les tragédies, en Ukraine et au Proche-Orient. Dans une actualité très chargée, vous avez conduit les travaux avec beaucoup de sang-froid, de jour comme de nuit, 7 jours sur 7. Soyez-en remercié. Je souhaite aussi vous féliciter d’avoir fait de ce débat, de synthèse mensuelle, une séance publique, et je suis sûr que les prochaines présidences auront à cœur de reprendre la formule.

M. le Président,

Les combats se sont poursuivis en Ukraine à la suite du refus des séparatistes de déposer les armes. Plus grave encore, les indices d’appui extérieur aux séparatistes se sont multipliés, avec notamment des transferts d’armement à long rayon d’action. D’un côté la Russie fait mine d’ouvrer à l’apaisement, de l’autre elle arme et soutient des voyous. Ce double jeu doit cesser. Car lorsqu’on arme des bandits, tout peut arriver. C’est dans ce contexte que l’Union européenne a décidé de renforcer de façon très significative ses sanctions. Le double jeu doit cesser, car lorsque l’on arme des bandits, tout peut arriver.

Hélas le crash du vol de la Malaysian Airlines le 17 juillet en est la tragique illustration. Le Conseil s’est réuni en urgence le lendemain pour exprimer son horreur et son émotion face à cette catastrophe. De nombreux pays ayant perdu des ressortissants ont participé à cette réunion, marquant ainsi la dimension internationale prise par la crise ukrainienne. Nous voulons une fois de plus leur témoigner notre entière solidarité dans l’épreuve. Une résolution a pu être adoptée à l’unanimité qui confirme la responsabilité de l’Ukraine pour la conduire l’enquête et demande au Secrétaire général d’en rendre compte régulièrement. La présence, lors de cette adoption, de trois ministres des Affaires étrangères a démontré le très grand attachement des opinions publiques à ce que toute la lumière soit faite. Faute d’un niveau de sécurité suffisant, les enquêteurs n’ont pas encore pu débuter leur mission. Il est urgent d’établir les conditions nécessaires pour que la mission internationale puisse mener son enquête, et qu’à cette fin, les parties respectent un cessez-le-feu.

Les victimes doivent trouver une sépulture digne ; l’enquête doit pouvoir être menée sans entrave ; la justice doit être rendue.

M. le Président,

Le drame de la crise à Gaza nous impose la plus grande fermeté. Le bilan humain catastrophique, avec plus de mille deux cents victimes côté palestinien, en grande majorité des civils, nous appelle à accroître la pression sur les parties. Comme l’a dit le Ministre des affaires étrangères M. Fabius lors de la réunion de Paris le 26 juillet, l’urgence va à la conclusion immédiate et sans conditions d’un cessez-le-feu humanitaire renouvelable, qui permettra de soulager les populations civiles et de leur apporter l’aide dont elles ont besoin.

Cela ne doit être qu’une première étape. L’objectif de tous doit être obtenir aussi rapidement que possible un cessez-le-feu durable, négocié, qui réponde aux besoins légitimes des israéliens en termes de sécurité comme aux besoins légitimes des palestiniens en termes de protection des civils, d’accès et de reconstruction socio-économique. Il faut associer l’Autorité palestinienne à cet objectif, sur la base de l’initiative égyptienne.

Enfin, cette crise souligne une nouvelle fois l’urgence de redonner un horizon politique aux Palestiniens et aux Israéliens : seules des négociations crédibles entre les parties pourraient permettre la signature d’un règlement juste et définitif, établissant deux Etats démocratiques vivant côte à côte dans la paix et la sécurité et au sein de frontières reconnues.

M. le Président,

Malgré tous les efforts qui ont été déployés jusqu’à présent, la voie des armes continue de prévaloir en Syrie sur celle du dialogue politique. Le régime syrien porte une responsabilité écrasante à cet égard. Il n’a jamais envisagé autre chose qu’une victoire militaire. Il a refusé de s’engager dans une négociation, préférant continuer à assiéger, à bombarder, torturer tous ceux qui lui résistent ou qui revendiquaient, pacifiquement au début, des réformes. La Commission d’enquête de M. Pinheiro que nous avons entendu vendredi dernier nous l’a répété. Le régime a préféré favoriser l’essor de groupes terroristes dont il perd aujourd’hui le contrôle et qui menacent la stabilité de la région. Face à cela, l’opposition modérée continue, seule, de combattre deux extrémismes : elle lutte contre le régime d’une part et contre les terroristes de l’autre. C’est uniquement en la soutenant davantage que nous pourrons favoriser l’émergence d’une Syrie libre et démocratique, respectueuse de tous ses citoyens.

La population civile paye le plus lourd tribut à la situation actuelle. L’aide humanitaire doit lui parvenir sans entraves, sans considération politique et par les voies les plus directes, comme l’ont demandé les résolutions 2139 et 2165. Il faut aussi relancer un processus de sortie de crise dans l’objectif de parvenir à une solution de transition politique sur la base du communiqué de Genève. La France se félicite à cet égard de la nomination de M. Staffan di Mistura comme envoyé spécial pour la Syrie, en succession à M. Brahimi que nous remercions pour ses efforts.

M. le Président,

La France est vivement préoccupée par les avancées de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui constituent une menace pour l’intégrité de l’Irak et la stabilité de l’ensemble de la région. Nous avons condamné avec la plus grande fermeté les exactions commises par l’EIIL contre les minorités ethniques et religieuses et tous ceux qui n’adhèrent pas à son idéologie barbare, ainsi que l’ultimatum lancé aux chrétiens de Mossoul. Il s’agit d’une nouvelle illustration de la véritable nature de cette organisation terroriste. Le Conseil s’est exprimé à l’initiative de la France sur ce sujet. C’est une tradition multiséculaire qu’EIIL a entrepris d’effacer en Irak.

Le Conseil a utilement rappelé les obligations des Etats en matière de lutte contre le financement du terrorisme, et exprimé sa préoccupation devant l’accès aux zones pétrolifères et aux raffineries par les groupes terroristes sous sanctions du régime contre Al-Qaïda notamment EIIL et le Front al-Nusra.

La France soutient l’Etat irakien dans sa lutte contre le terrorisme mais estime qu’une réponse pérenne à la crise doit être avant tout politique. Seule la formation d’un gouvernement d’union nationale autour d’un projet associant toutes les communautés permettra une solution politique.

Enfin, dans ce panorama de la zone Afrique du Nord – Moyen orient, le cas de la Libye constitue un autre exemple de dégradation sécuritaire et de confusion politique continue. Nous avons demandé à ses ressortissants de quitter la Libye et les locaux de notre ambassade ont été provisoirement fermés. Après les élections, notre priorité doit être d’aider les Libyens à relancer un processus politique. Il faut qu’ils se rassemblent aujourd’hui autour d’un projet politique commun à travers un processus de réconciliation national inclusif. La violence menace aujourd’hui cette perspective institutionnelle. Nous devons donc aider les Libyens à conclure un cessez-le-feu dans les plus brefs délais. Pour ce faire, les Libyens ont besoin du soutien renforcé de la communauté internationale. Nous devons néanmoins agir de manière cohérente et coordonnée. Les Nations Unies ont un rôle central à jouer dans ce processus. Il faut qu’elles poursuivent leur engagement en Libye et fassent converger encore davantage les efforts de la communauté internationale.

Monsieur le Président,

Les rares bonnes nouvelles du mois sont venues d’Afrique, et il faut le souligner.

Du Mali tout d’abord, avec l’adoption consensuelle à Alger de la feuille de route sur les négociations inter-maliennes. C’est une étape encourageante que le conseil a salué et qu’il faut prolonger.

De République Centrafricaine d’autre part, puisque les efforts ont abouti à la tenue du Forum de réconciliation entre le 21 et le 23 juillet. Ceci conjugué avec la montée en puissance et la préparation de la force des Nations-Unies qui permet de redonner un horizon à une transition pacifique dans ce pays.

Mais je voudrais conclure, M. le Président, en lançant un avertissement sur le Soudan du Sud. Depuis plus de six mois, le Conseil de sécurité a multiplié les initiatives pour essayer de contribuer au règlement de la crise : en doublant les effectifs de la Mission, en décembre dernier sous présidence française du Conseil, en renforçant ses capacités, en révisant le mandat, en soutenant la médiation de l’IGAD, en intégrant de contingents des pays de la région pour essayer d’avoir un effet sur le respect du cessez-le-feu. Mais malheureusement, l’expérience montre que les partis ne veulent pas la paix.

Nous avons entendu Mme Amos et son cri d’alarme pour les populations du Soudan du Sud. Le million de personnes déplacées et les centaines de milliers de réfugiés, c’est désormais la famine qui menace. Le mandat de la mission a d’ores-et-déjà été resserré sur la protection des civils, les droits de l’Homme et la facilitation de l’accès de l’aide humanitaire. Mais nous devons continuer de réfléchir ensemble aux meilleurs moyens pour le Conseil d’avoir une influence sur la situation catastrophique dans ce pays et de sauver des vies. Nous devons réfléchir à des initiatives humanitaires concrètes, d’urgence. Et prendre des sanctions contre ceux qui font payer aux civils le lourd prix de leur soif inextinguible de pouvoir et de prébendes.

Je vous remercie de nouveau Monsieur le Président pour votre action au cours du mois et je souhaite au Royaume-Uni, en français dans le texte : Good Luck.



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